« ‘faut pas voir le mal partout hein ! » et «On ne peut plus rien dire !» Les sœurs la terreur du débat sur le sexisme.

1- Souligner le sexisme d’une situation ne signifie pas qu’on vous accuse d’être le grand Satan.

2 hommes très surpris
2 hommes découvrant qu’une opinion différente n’est pas une attaque personnelle.

2- Vous pouvez bien dire ce que vous voulez, on ne vous interdit pas d’exprimer votre machisme. D’ailleurs vous ne vous en privez pas.

Non mais je précise, hein, car ça n’a pas l’air clair quand je discute sur le sexisme avec différentes personnes. Bien souvent, quand on pointe du sexisme, les réactions sont des réactions de défense. L’interlocuteur se sent soudain personnellement mis en cause, accusé, surtout si on est en désaccord depuis le début de la discussion. On le traiterait de vilain sexiste qui cause tous les maux de la société incluant la fonte des glaces et la disparition des bigouden.

Non, non.

Bien souvent, dans les conversations tournant autour du genre, du féminisme, du sexisme, il est intéressant de repérer tous les recoins où le sexisme arrive à se glisser. Et je vous assure qu’avant même de savoir comment lutter contre et quelles sont les conséquence, repérer et pointer le sexisme dans différentes situations est un gros travail d’observation, d’analyse, de remise en question.  Et ce n’est pas si simple.

La plupart du temps, quand j’estime une situation/un comportement sexiste, je réalise que j’ai participé/participe à cela. Nous sommes nés et avons grandis dans une société profondément sexiste, où la nature de ton sexe passionne tes proches alors que tu n’es encore qu’un embryon de deux millimètres. Tout ça pour choisir la couleur du pyjama, on ne veut pas t’accorder l’intimité de tes parties génitales, c’est grillé et largement diffusé avant même ta naissance.

Et alors là, florilège de réactions quand on montre que telle ou telle chose est sexiste : « oh mais on ne peux plus rien faire alors ! » « mais c’est la dictature ! » « on va quand même pas nous reprocher ça ! ».

Oui, nous sommes sexistes. Nous faisons des actes, nous prononçons des paroles sexistes. Même en faisant attention, ça nous arrive super souvent ! Mais ce n’est pas ça qui pose problème en fait. Bien malin qui a grandit dans un contexte sans aucun sexisme. Le problème c’est la personne consciente de l’existence d’une discrimination, mais qui va tout faire pour la conserver parce que « c’est comme ça », « on ne peut rien y changer  » (sans même avoir essayé), « c’est du bon sens », « ça a toujours été ainsi », « c’est la tradition », « c’est bien normal ».

Nicky Larson recevant un gros coup de marteau sur la tête
Féministe légèrement irritée par la célèbre réaction « on ne peut plus rien dire »

Vous voyez, le problème, c’est quand on réalise l’existence d’une discrimination et qu’on détermine qu’on ne va rien y changer. Cela signifie que vous considérez que l’égalité entre humains, c’est en option. Et croyez le ou non il y a beaucoup de personnes que cela dérange. Nous savons bien que vous avez toujours fait comme cela. Ce n’est pas vous que nous pointons du doigt : c’est le sexisme. Après choisissez votre attitude…

Vous êtes libres. C’est assez terrible, vous êtes libres d’un tas de choses honnêtement.  Mais si vous vous dressez contre l’égalité, vous aurez des ennemis, ne soyez pas surpris. Inutile d’hurler à la censure. Il y a des actes qui causent beaucoup de souffrances, idem pour les paroles, parfois, ça tue. Qu’en face, les gens réagissent, cela vous semble donc si insolite ?

9 réflexions sur “ « ‘faut pas voir le mal partout hein ! » et «On ne peut plus rien dire !» Les sœurs la terreur du débat sur le sexisme. ”

  1. Sévère, ton anti-spam quizz 😛

    Sinon, très bon article. Je me permet aussi de citer ta réponse ici qui m’avait également semblé très pertinente sur le sujet (ouais, je cite un message de Biaise comme complément à un message de Biaise, d’abord).

    En ce qui concerne la censure, il faut aussi préciser que répondre à un message, ce n’est précisément pas censurer : la liberté d’expression est la même pour tous ; si on a le droit de dire quelque chose, mécaniquement, les autres ont le droit d’y répondre. Et si leur réponse ne vous plaît pas, vous avez aussi le droit d’argumenter pour essayer de les faire changer d’avis.

  2. Salut,

    Bon billet effectivement et je rejoins tout ce que tu y dis. Il y a toutefois un truc que j’ajouterais. Amha, si quelqu’un qui se voit qualifier de sexiste réagit comme tu le décris, ce n’est pas seulement parce qu’il vit cela comme une accusation personnelle, voire une insulte dont il devrait se défendre, mais c’est aussi parce que ça objective ses façons de penser et ses façons de faire, ça lui montre combien son comportement est, pour le dire rapidement, façonné par la société. Au delà (ou en deçà) du caractère péjoratif du qualificatif de « sexiste », il y a fondamentalement une atteinte à sa liberté. Et c’est ce que ton billet explique bien d’ailleurs.

    Or, s’il y a bien une chose à laquelle on oppose spontanément une résistance, ce sont les discours « sociologisant » qui rétrécissent la « liberté » de l’acteur ou en tout cas la remet à sa juste place. Les résistances consécutives à l’emploi du qualificatif de « sexiste », sont en ce sens un peu les mêmes que celles qui vont être exprimées par quelqu’un qui a fait un brillant parcours scolaire/universitaire, et à qui on fait remarquer que ce parcours n’est peut-être pas tout à fait étranger au fait que ses parents sont professeurs d’université…

    Évidemment ce que je décris là ne s’oppose pas du tout à ce que tu expliques. Mais ça éclaire, je pense, pourquoi certains expriment des résistances alors même qu’il a été exposé très clairement que le qualificatif de sexiste n’était pas une condamnation personnelle.

  3. Pas forcément de la défensive mais de l’agacement, pour plusieurs points :
    – Qu’on te fasse culpabiliser juste pour avoir osé dire qu’il y a une différence entre un homme et une femme, ne serait-ce que biologique
    – Qu’on te traite de sexiste quand tu met sur internet une photo de ton actrice favorite
    – L’agacement quand Linuxfr te sort 4 sujets sur le sexisme en 1 mois (j’ai même failli ne plus venir tellement l’ambiance était pourrie)
    – Le fait que nana ou pas quand tu es jeune tu commences souvent avec des boulots de merde au smic, on est tous égaux devant ça (et aussi devant les clients cons)
    – Le fait que sur le web homme/femme n’a pas de sens alors qu’on vit dans un pays qui aime bien classer les gens, les lois te protégeant plus ou moins selon ta religion

    1. Sur le web, sur IRC, sur jabber, etc, si, ton genre a un sens. Que tu joues ou que tu travailles ou collabore à un projet, il suffit d’un accord grammatical pour être traitée différemment.

      Quand au fait de culpabiliser… Si on te fais remarquer que tu es sexiste, cela ne signifie pas que tu es un méchant, ça signifie que comme nous tous, tu es concerné par le sexisme, parfois t’en fais, parfois t’en es victime. Et on pointe un exemple précis. À toi de voir ce que t’en fais.

      Quand aux inégalités au travail, tu ne vas pas les nier…

  4. Ping : Anonyme
  5. « Et alors là, florilège de réactions quand on montre que telle ou telle chose est sexiste : « oh mais on ne peux plus rien faire alors ! » « mais c’est la dictature ! » « on va quand même pas nous reprocher ça ! ». »

    Je viens de réaliser, à l’instant (avec un peu d’introspection et de creusage dans mes souvenirs), ce que représentent ces réactions. (Et on obtient les mêmes réactions quand on défend le végétarisme pour raisons éthiques.)
    Quand on parle de « dictature » face à un discours éthique, qui ne parle que de ce qui Devrait être fait, de ce dont la société devrait prendre conscience pour évoluer démocratiquement (alors que ça n’a aucun rapport avec le fait d’instaurer un système fasciste qui oppresserait les citoyens pour satisfaire les dirigeants), il y a une raison.
    Ces réactions signifient simplement que l’interlocuteur prend les arguments au sérieux, admet que le comportement/la remarque identifiée est « mal » et qu’il essaie de s’imaginer soit un monde enfin éthique/égalitariste, soit qu’il soit lui-même capable de s’adapter (puisqu’il prend ces arguments au sérieux, et qu’il a la volonté de faire mieux) pour ne plus « faire le mal »…. et qu’il n’y arrive pas. Il s’impose donc lui-même, mentalement, cette oppression éthique. Cette réaction, c’est une réaction de défense, d’impuissance, de détresse, voire de souffrance, d’incapacité à voir ce qu’il FAUT faire, ce qu’il DOIT faire pour atteindre une situation stable, éthiquement acceptable.

    Donc la chose à répondre dans ces cas-là, peut-être, c’est de souligner que pour aller vers un monde plus égalitariste, plus éthique, on est obligés d’y aller progressivement, collectivement, pour en voir et accepter les failles omniprésentes, pour évoluer, et pour que tout le monde y trouve sa place. Et que ça ne peut évidemment pas se faire du jour au lendemain.
    (Ce que tu expliques dans ton article, finalement.)

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