Hôpital psychiatrique : florilège d’infantilisation TW suicide, HP, médocs, SH

Hôpital psychiatrique : florilège d’infantilisation

2015-04-30-223118

Et en plus, même envers les enfants, cette infantilisation serait intolérable…

En m’en souvenant je me demande comment j’ai pu tolérer d’être traité⋅e de la sorte, dans mon état normal j’aurais envoyé paître le personnel hospitalier; mais j’étais sédaté⋅e. Pour ne rien gâter, il m’arrivait de ne pas être bien en phase avec la réalité à cause du psychotrope qu’on m’administrait. Et bien entendu, je ne voulais pas trop les contrarier car cela aurait mis en danger mon autorisation de sortie. L’HP n’est pas un domaine d’une justice flagrante.

À l’école, c’est la norme d’interdire aux élèves d’aller aux WC quand bon leur semble Cela résulte en bien des culottes mouillées et c’est non seulement une humiliation mais aussi une tentative de plus de contrôller le corps des bambins. J’ai pu renouer avec cette frustration quand les infirmières m’ont apostrophé⋅e devant tout le réfectoire car je m’éclipsais pour soulager mes boyaux traumatisés par le changement de traitement et la surdose d’omelette en poudre réhydratée. Un interrogatoire commença et je dus expliquer pour quelle raison je sortais (j’pars faire le tour du monde à la nage car la porte du bâtiment j’en ai la clef bien entendu Neuneu), pour quelle raison j’allais aux WC (d’après toi Dugenou ?), pour quelle raison je n’y étais pas allé⋅e avant (c’est marrant d’expliquer à une infirmière que la chiasse ça ne prévient pas devant un réfectoire en train de picorer ses haricots), pourquoi je voulais utiliser les WC de ma chambre et pas ceux de l’étage qui sont tout près du réfectoire (alors d’une est-ce que vous comptez m’observer ? de deux selon la loi de Murphy il fallait que j’ai mes règles en même temps et vous êtes même pas assez malins pour mettre un distributeur de serviettes aux WC). L’interrogatoire passé je me suis finalement vu interdire d’interrompre mon festin pour chier et changer ma serviette. J’ai ensuite pu profiter, grâce à mon acuitée auditive décuplée en cas d’angoisse (en vrai chuis Daredevil tavu), de leurs commentaires outrés sur ces patient⋅es qui vraiment se croit tout permis et déjà qu’on a un déjeuner on va pas en plus les déranger pour des broutilles non mais sans blague.

J’avais passé une nuit et une journée attaché⋅e à mon lit, 4 jours en isolation et les 2 jours suivant très peu actife car comme je l’ai déjà dis, je supportais vraiment mal ce traitement. J’étais aussi dans une période de perte de poids incontrôllée. Comme je me sentais vraiment moulle et que je m’ennuyais, je décidai de faire de l’exercices. En plus, j’avais tissé quelques liens de sympathie avec Vik’, un jeune homme, suicidaire, escroc et contrebandier de son état, qui était un mordu de sport, musculation et fitness. Il m’aidait, faisait le chrono, me faisait penser à boire. Par chance, j’étais au rez de chaussé et avait le droit d’aller dans le jardin. Alors après quelques échauffement, étiremens, gainage dans ma piaule, j’allais sortais pour courir, sauter, faire des pompes et marcher un peu le temps de reprendre mon souffle à la fin. Vik courrait avec moi, nous fumes bientôt toute une petite bande à faire notre gym quotidienne ensemble dans le jardin. Je ne suis pas de nature sportife, mais là ça faisait du bien et j’en avais besoin. De toute façon il n’y avait rien d’autre à faire. Nous n’avions pas accès à la bibliothèque, les jeux étaient tellement incomplet qu’ils étaient injouables (sauf les dominos mais après 6 ou 7 parties on se lasse) et la table de ping-pong n’avait ni filet, ni raquettes, ni balles. Pas de ballon non plus bien entendu. Seulement voilà, le personnel fut bientôt incommodé. Déjà il fallait garder un œil sur nous tandis que nous faisions nous foulées au cas où quelqu’un aurait un malaise, ce qui arrive quand on est sédaté et qu’on essaye de vivre malgré cela (oui car certains d’entre nous se voient privés d’une partie de leurs facultés à cause de ce traitement mais nous avons une conscience assez complète pour nous ennuyer et nous morfondre). Ensuite, j’avais été catalogué⋅e « anorexique » car je rechignais à finir mon assiette, mon obsession pour l’exercice physique était donc vraiment mal vue. Bientôt on m’expliqua que je devrais éviter de courir, que mes séries de pompes inquiétaient, que si ça continuait on allait me retirer mes affaires de ma chambre pour s’assurer que je n’ai aucun objet, pas même ma bouteille d’eau, à soulever. Je suis potomane, la privation de ma bouteille m’effraya plus que tout le reste. J’ai donc peu à peu cessé le sport et la bande des petites foulées se disloqua. Il y a une dynamique dans les groupes de patients en HP, n’importe qui ayant séjourné une ou deux semaines s’en rend compte. Certains patients malgré leur état gardent un naturel actif, meneur, et c’était le cas de Vik’ et moi-même. Comme nous avions été enguirlandés et avions cessé nos activités, les suiveurs sont retourné à leur vieilles habitudes d’inactivité et de morfondage jour et nuit.

Je vois d’ici venir les wannabe psychiatre nous expliquer en commentaire que tout cela est bien normal car à l’HP, nous sommes censés nous confronter à nos problèmes. Par conséquent la distraction n’est pas la meilleure solution car cela ne fait que nous pousser à ignorer ce qui nous a mené ici en premier lieu. Je suis d’accord, il est important de s’ennuyer un peu pour réfléchir à tête reposé⋅e à nos soucis, aux solutions que nous pourrions mettre en place, à ce dont nous pourrions parler au psy. Cependant il y a des paliers entre être aliéné par les loisirs et ne rien foutre de la journée et de la nuit (oui car nous ne dormons pas forcément la nuit, nous sommes nombreux à connaître l’insomnie malgré la pilule magique du soir). La séance sportive représentait 45 minutes de la journée après quoi on discutait ensemble 20 minutes, car même les plus passifs avaient été remontés par l’activité. Les parties de dominos, en étant résigné, ça pouvait occupé une heure. Pour ma part j’avais droit aux effets personnels mais c’est un privilège que peu partagent. De plus, avec le médicament qu’on recevait tous à notre arrivée, la vue devient floue, impossible de bouquiner ! Alors du coup que sommes nous censés faire, autorisés à faire ? Je vous le donne dans le mille : regarder la télé. Ça, autant qu’on veut ! Tu pouvais même  passer tout ton temps éveillé hors repas sans que ça ne perturbe quiconque. Alors, c’est pas de la distraction ça, c’est pas du lavage de cerveau ? Si, mais au moins tu fous la paix là. Tous dans la même pièce en silence et regardant dans la même direction. Voilà qui plaît au personnel.

Quand on déprime, un des conseils récurrent et un bon, est d’éviter de passer sa journée en pyjama. Il faut se forcer à se laver, s’habiller, se coiffer. Même si on n’arrive finalement pas à sortir, c’est tout de même un victoire sur Dépression qui préfèrerait qu’on ne bouge pas de notre lit et notre grenouillère. En HP, s’habiller est un privilège. Le psychiatre doit valider que nous sommes aptes à nous vêtir chaque jour et ne remettre le pyjama de l’HP que pour roupiller. Pire, celleux qui, pour tromper l’ennui, se douchaient et changeaient plusieurs fois par jour, se voyaient menacés de perdre leur privilège vêtements, car tout de même c’est n’importe quoi de se laver et se changer autant. Mais bon sang on ne fait pas ça par manie de la propreté mais par en-nui ! Vous croyez que c’est si palpitant que ça Amour Gloire et Beauté ?

Mes lecteurices, je vous laisse rédiger la conclusion !

2 réflexions sur “ Hôpital psychiatrique : florilège d’infantilisation TW suicide, HP, médocs, SH ”

  1. Whoa… Ça me fait un truc de lire tout ça. Je n’ai passé que quelques jours à l’hosto mais ça correspond à ce que j’ai pu y voir. Nous, on avait cette fameuse règle de « un-e soignant-e par table » au déjeuner, sauf qu’elle était jamais respectée et pire, les soigné-e-s se faisaient engueuler s’illes le faisaient remarquer.
    La chambre d’isolement… utilisée pour un oui ou pour un non. J’ai même entendu dire un soignant qu’il allait enfermer deux soigné-e-s dedans jusqu’à ce que mort s’en suive… Chouette…
    Et franchement, le coup du pyjama, c’est à n’y rien comprendre. Sérieux, si je peux me suicider avec mes vêtements, je peux me suicider avec leur pyjama aussi…

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