Pauvre représentation

Beaucoup de travail est réalisé sur internet pour observer la représentation des femmes et des personnes racisées dans les médias. Cela tend à rappeler cette introduction de sketch de Coluche « C’est l’histoire d’un mec… un mec normal hein ! Pas handicapé pas noir… « . Ça fait marrer cette réplique surtout parce qu’on se surprend à ne pas être surpris. C’est toujours l’histoire d’un mec blanc cis-hétéro et valide. C’est aussi toujours l’histoire de bourgeois.

Quand les pauvres sont présents, soit c’est péjoratif, soit c’est de la pauvreté magique invisible lavable en machine. Dans un cas, les pauvres sont sales, peu fiables, paresseux, moches, roublards, malhonnêtes, désagréables, malades contagieux, ils seront au mieux des faire-valoir, aideront sans raison le héros sans attendre le moindre retour car le pauvre est une brave bête des fois. Dans un autre, ils sont présentés comme ayant un travail de pauvre, une situation de pauvre, des problèmes d’argent, mais cela n’a aucun impact sur sa vie telle qu’elle nous est présentée. Ou alors, ultime concession, le pauvre qui va devenir riche, ce héros, cette brave personne.

Ça doit vous parler tout ça si vous êtes friands de cinéma et de série TV… normal ! Tenez, une série que dont j’ai regardé les dernières saisons récemment et qui m’a bien gonflé⋅e à ce sujet : Dr House. Les deux cas minables de représentation des pauvres y sont présents en boucle. Il y a, déjà, des pauvres qui servent de paillaisson à House, car ce protagoniste irrévérencieux a besoin de se sentir supérieur et donc de qualifier le reste du monde d’inférieur, sinon il n’arrive pas à briller aussi facilement. Patients prolétaires, sans emploi, SDF, voici une grande rasades de remarques stupides sur votre odeur, votre paresse, votre scolarité forcément ratée, votre mauvaise foi (bah oué tu essaies de frauder ou un truc comme ça) votre laideur. Oui le pauvre est laid sur écran très laid, je crois que quand les maquilleurs voient « pauvre » sur le script ils se contentent d’étaler de la boue sur le visage des acteur⋅ices et du miel dans leurs cheveux, avant de trainer leurs habits dans la poussière épaisse d’un grenier pas ouvert balayé depuis deux décennies.

S’il n’y avait que la forme… mais le fond est putride ! Voici la description d’un épisode où le mépris touche le fond puis creuse. Une patiente très jeune se révèle être en fait en éclampsie, elle était enceinte et soit elle a caché sa grossesse (ou déni de grossesse, ce n’est pas clair). Elle a accouché dans un immeuble abandonné ou elle a abandonné le bébé. Super Cuddy et ses chaussures à 700$ se rendent courageusement dans l’immeuble en question qui ô malheur est fréquenter par la plus grande frayeur du personnage américain de série télé : des SDF ! Ils font peur, y a de la drogue en plus ! Elle finit par entendre un bébé, ce qui l’amène à l’abri d’un jeune couple SDF. Ils sont en train de s’occuper du bébé. La mise en scène devient alors angoissante, Cuddy tremble comme une feuille. Va savoir ce qu’elle imagine qu’il va lui arriver… Quand elle explique qu’elle veut leur prendre leur bébé, le couple n’est pas ravi, ce qui angoisse encore plus Cuddy qui se plaque au mur comme si elle voulait fusionner avec. Les SDF en question on géré le bébé depuis sa naissance et vu leurs moyens, cela signifie qu’ils ont sacrifié leurs propres besoins pour y arriver. Cependant Cuddy ne manque pas de leur expliquer qu’ils ne peuvent pas s’occuper d’un bébé, qu’il faut qu’elle le ramène à sa vraie place, là où il y a des murs propres du pognon. Finalement la famille de la patiente désormais décédée ne veut pas du bébé car c’est « trop dur ». Les deux SDF ne seront plus jamais mentionnés, et aucune aide, aucune rétribution, ne leur sera donné pour les remercier de leur aide très précieuse. Ils ont seulement sauvé la vie du gosse après tout. Quelques épisodes plus tard, nous assistons à une séance de shopping de Super Cuddy avec sa sœur et sa mère, une séquence ponctuée de bruits de caisses enregistreuses et de gros plans sur des objets luxueux. Il se trouve que dans ce magasin, pendant qu’on essaye, on peut se faire servir du champagne. N’est-pas mignon ?

Cas 1 et 3 illustrés. Et le cas 2 ? Tous⋅tes les patient⋅es de House qui n’ont pas les moyens de se payer l’hôpital (on est aux USA je vous rappelle) qui disent même clairement s’inquiéter car ils n’ont pas d’assurance, et dont la question du financement des soins disparaît simplement sans aucune explication dans le scénario. Au mieux quelqu’un dira « ce n’est pas un problème ». Il y en a des bons samaritains dans cet hôpital ! Ça ferait vraiment trop mal à la production de reconnaître qu’en fait, ces patients sont censés se soigner au sirop pour la toux puis mourir. Combinaison 1 et 3 : un personnage SDF qui depuis le début semble cacher quelque chose. J’ai eu un soupçon d’espoir en voyant les personnages sembler remettre en questions leurs jugements classistes sur le personnage. Mais finalement, le type était un tueur en série, et cannibal en plus. Rien que ça, hahahaha ! Non mais vraiment, ça commence à faire beaucoup, chers scénaristes, il va falloir lever le pied…

Dans d’autres titres, le cas 2 sera bien plus évident. Prenez des personnages qui n’ont aucune source de revenu connus, ils vont vaguement dire qu’il faudrait qu’ils trouvent un travail, mais ça n’a pas l’air tellement vital. Va savoir comment, ils vivent dans un appart très chouette plein de meubles neufs, ils sortent en soirées, font des week-ends entre amis, planifient des voyages. Des fois en riant l’un d’eux s’exclame « haha je n’ai plus d’argent tant pis ! » mais il n’est pas expulsé de son logement, il a encore de quoi faire les courses, et ne travaillera que quand il aura trouvé un chouette job qui lui convient.

Tout ça après tout ce ne sont que des histoires. Mais ce n’est guère mieux dans l’enseignement de l’Histoire. À croire que ce pays a été construits par des aristocrates à perruque qui faisaient sortir la nourriture de leur chapeau magique ! On va vous gonflez, les enfants, jusqu’à plus soif, avec la vie et l’œuvre des plus grands opresseurs de l’histoire ! Tyrans, chefs de guerre, dictateurs, pire a été son comportement, meilleure est sa représenation ! Les paysans ? Trois lignes. Les soldats en ligne de front ? Au mieux une mention rapide du prof pour verser la larmichette de circonstance. Les colonisés : c’est à croire que les colons étaient tous seuls dans les colonies dit ! Les pauvres c’est le cul de jatte en bas de la gravure, les noirs ce sont des esclaves en slip. Le reste, ne demande pas, inconnu au bataillon, n’a pas voix au chapitre ! Les gagnants écrivent l’histoire.

 

4 réflexions sur “ Pauvre représentation ”

  1. Nan mais tu comprends pas.
    Le couple de SDF n’aurait jamais pu faire jouer ses relations comme Cuddy/House afin d’obtenir pour le gosse une place au super jardin d’enfants pour progéniture de riches. Du coup ils auraient été obligés de prendre le temps de s’en occuper eux-mêmes et cela aurait gravement nui à leur carrière autant qu’à leur développement personnel (comment s’épanouir sans parties de racketball et ballades en Monster Truck sur un coup de tête ?).
    Il faut de gros moyens pour pouvoir convenablement ne pas s’occuper d’un gosse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: