pas un bloc

Je ne ressens plus la nécessité de faire partie du monde. Depuis peu je n’ai plus à chercher du travail, je n’ai donc plus à semblant de vouloir ardament être une fourmis ouvrière. À force de fausser mes aspirations il devenait compliqué de les distinguer de mes souhaits réels. Je les aient faussées pour trouver du travail, maintenir un bon niveau dans mes études, essayer de connaître des personnes qui pourraient m’aider à obtenir un emploi intéressant.

J’ai finis par le ressentir comme une plaie ouverte et j’ai mis environ deux ans à la faire cicatriser. J’ai déjà assez de problèmes comme cela avec  ma santé sans devoir ajouter le harcèlement des paires, employeurs, enseignants, clients, etc. Quand on me dit « le client est roi » ce que je comprends est « je ne te vois pas comme un individu mais comme une machine à mon service car je regrette au fond de ne pas être un aristocrate vivant dans un manoir avec une dizaine de domestiques ». C’est malsain, ce qu’on nous demande pour être un bon citoyen, un fonctionnaire éthique, un salarié corporate, un étudiant ou un stagiaire motivé. Échanger sa force de travail contre de l’argent, si cela était suffisant, j’aurais été bien content⋅e. Le travail émotionnel (emotional labour, vous aurez de meilleurs résultats en anglais) et les mensonges conventionnels coûtent bien plus à l’être que les tâches à effectuer mentionnées sur une fiche de poste. En plus de cela sortir du travail ne suffit pas à s’en dépêtrer car il faudra affronter les autres lieux qui ne sont pas le domicile et même les réseaux sociaux où peut-être malgré ton pseudo un supérieur de stalk.

J’avais oublié que je me plaisais et que ce que je sais et veux faire me convenait. Je n’avais pas appris à envoyer paître qui me dit que je me « complait » pour peu que je recherche un peu de tranquillité. La tranquillité, pour moi c’est une première. En ce moment j’ai ma chance, je la saisis. Ça ne plaît pas. Ce qui tombe bien c’est que les jugements ne peuvent plus me nuir. Je sais qu’ils ne peuvent plus avoir de conséquences désormais. Une sphère privée, une vraie, dont je ne sors la plupart du temps que selon ma propre volonté, c’est très difficile à obtenir. J’espère pouvoir conserver cela encore un peu.

6 réflexions sur « pas un bloc »

  1. justement ils ne pensent, là haut, qu’à nous paupériser davantage, puisque l’on s’en accommode encore trop bien à leur goût…parce que la tranquillité est l’interdit suprême du néo libéralisme, elle n’est permise qu’à ceux qui « la méritent » (lol), aka ceux qui POSSEDENT temps et moyens.
    la tranquillité, qu’ils appellent « bonheur » ou « sécurité » selon les jours, doit être un objectif inatteignable pour la plèbe qui se doit de suer sang et eau dans l’espoir de pouvoir se la payer un jour, comme on acceptait naguère une vie de misère dans l’espoir d’un paradis après la mort…à ceci près que maintenant le paradis s’atteint de son vivant, en « méritant » par la possession le droit à la tranquillité, qui n’est plus définie que par le fait d’avoir un ou plusieurs autruis à son service, que ce soit ‘service à la personne’ ou ‘cotisant pour la retraite bien méritée du senior’. ceux qui n’ont pas encore l’âge ou le patrimoine se passent les nerfs sur l’employé qui leur doit bien le sourire puisqu’ils se paient ses services, ce qui est pour eux un aperçu de l’accès à la tranquillité qu’ils convoitent tant.
    tous aspirants bourgeois exploiteurs, oui, tout à fait, parce que la tranquillité ne se définit plus que comme droit à l’exploitation d’autrui.
    si on ne tarde pas à te reprocher ta tranquillité (toute relative et si différente de la leur!) de pauvre ou d’handicapé c’est justement parce qu’inscrite dans cette définition néo libérale, même constituée du minimum de survie et peuplée de douleurs/souffrances/privations, ta tranquillité ne peut se définir que comme… un abus.
    (mais ce n’est pas pour autant qu’on te laissera participer au grand jeu de la chasse à la vraie tranquillité, celle des riches, hein. ha bin non. on veut bien te chier dessus mais on verrouille quand même ta situation pour être sûrs que tu restes bien coincé et que tu ne risques pas de gagner de l’argent^^)

    1. Tu as bien saisis le sens politique du texte (évidemment). C’est vrai que chuis pô riche, mais j’ai de quoi vivre et j’ai un toit sur la tête qui n’est pas le mien mais tout comme, j’ai des animaux dont je m’occupe beaucoup, un jardin où je travaille beaucoup. Mais comme c’est chez moi et comme les fruits du travail profitent à mes amis, moi, les voisins, mes proches, le ressenti est bien différent de quoi je chariai des tonnes de marchandises pour un patron. Même à bêcher une terre dure comme du bois jme sens mieux que dans le plus enviable de mes jobs.
      Les gens qui s’imaginent qu’on ne foutrait plus rien au revenu de base sont soit des patrons soit des gens qui n’ont pas rélféchis assez longtemps. Les patrons ça va leur scier les pattes le jour où on leur expliquera de s’occuper de leurs affaires eux mêmes. Entre demander de l’aide et exploiter les pauvres y a comme une différence. Jme méfie de celui qui ne la saisis pas

  2. Dans la phase, « le client est roi » on ne précise pas qui est le vendeur par rapport à lui.
    Pour moi qui l’a été, j’avais le sentiment d’être un courtisant. En concurrence avec le reste de la cour, mes missions étaient de mal l’informer, de profiter de son ignorance et de l’orienter dans le comportement qui servait mes intérêts financiers.
    Le roi possède de l’argent. Il est légitime pour lui de nourrir des espoirs d’une satisfaction de ses besoins lorsqu’il en fait usage. A moi de jouer avec ces espoirs pour créer une « relation clientèle » durable ou éphémère.
    J’ai des qualités de courtisant et je devais les utiliser pour survivre et faire vivre ceux qui élèvent, tuent, préparent, et cuisinent la volaille avec laquelle notre bon roi va se boucher les artères.
    Être un monarque ne me parait pas un sort enviable. Mais on l’est tous. Ironiquement, l’argent des autres me servait essentiellement à être le client des vendeurs de graisse sucrée pour tenir psychiquement dans ces rapports inhumains.
    La dernière phrase de ce texte me touche dans la conscience qu’a Biaise du caractère éphémère de son répit. Même si des éléments des conquêtes passées sont souvent conservés, puisse-t-il durer.

    Et longue vie aux rois …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: