durée déterminée

J’aimerais croire aux amitiés nouvelles qui se créent en ce moment même dans mon entourage. Mais ce serait ignorer ce qu’il se passe environ tous les trois ans: disparition des contacts. Ayant subis le harcèlement scolaire et la maltraitance parentale j’ai toujours l’impression qu’on se moque de moi quand on prétend m’aimer, m’apprécier, qu’on ne va pas tarder à révéler le pot au roses en rigolant devant ma mine déconfite. J’ai du apprendre à faire confiance, dans des relations sur plusieurs années j’y parviens. Mais il faut peu de temps pour que la personne à laquelle je me suis ouvert⋅e disparaisse. Soit il n’y a plus de réponses à mes appels, ou alors seulement un salut poli, soit je n’ai plus la possibilité de læ contacter.

Quand je rends service ou me montre gentil⋅le, c’est parce que je pense que c’est ainsi qu’on doit traiter les gens. Prendre soin les uns des autres est indispensable, se battre pour sa paroisse est une nécessité, aider les autres dans leurs luttes et défis autant que possible est un objectif ateignable. Je n’agis pas pour entendre « merci ». Oui c’est bien de dire merci, c’est poli et ça me permet de savoir que mon intervention a été reçue positivement. Mais c’est juste une communication, ce n’est pas le but. Mon but est de bâtir des relations de confiance sur le long termes. Les amis sont censés être des gens sur qui je peux compter et qui peuvent compter sur moi, mais aussi qui savent pouvoir tout me dire sans craindre une réaction épidermique et violente. Ainsi on ne se retrouve pas isolé⋅e à la suite d’un seul faux pas, un malentendu ou un pépin dans la vie. Cela peut paraître utilitariste de ma part, mais je ne comprends pas pourquoi prendre le temps de nous fréquenter et nous entraider si c’est pour faire semblant de ne jamais s’être appréciés deux mois plus tard, ou se retrouver seul⋅e dans ses emmerdes, ou se faire démolir en règles au premier désaccord.

Je vois les liens que j’ai aujourd’hui et ai peur de les briser ou de les voir être brisés. À cause d’une dispute, de l’indifférence, du temps, de la distance ? Parce que j’ai été trop collant⋅e ou pas sufisament ? Ce dernier point, j’ai beaucoup de mal avec.

Nous n’avons peut-être pas eu la même socialisation, les mêmes expériences de jeunesse, probablement pas même. Alors je vais préciser. Je me souviens de chaque câlin, de chaque caresse, de presque tous les mots doux, des instants de rires, des gros délires à point d’heures, des confidences. Je bâtis ma confiance sur ces moments. Je pense que rien ne peux les briser dans mon esprit, que rien ne peux les effacer de ma mémoire. Alors que les disputes, les incompréhensions, les mensonges, je peux passer outre, oublier, pardonner, expliquer, justifier. Après tout une confiance jamais mise à l’épreuve, peut-on encore s’appuyer dessus ? Et donc dans trois ans, serez-vous encore là ? Avec vous envie d’être encore là dans trois ans ? cinq ? dix ? Dites le tout de suite. Si je ne suis qu’une distraction dites le maintenant. J’arrêterai d’essayer. Mais je pense aux amies, aux amoures, à ce que nous avons été et aux petites choses amères et tristes qu’il restait dans leurs derniers mots à mon adresse…

Je suis bipolaire, donc dépressif⋅ve, donc on me répète sans arrêt que je dois me montrer plus positif⋅ve. Je le suis, vraiment, vous ne réalisez pas. À moins qu’on abuse de moi ou me couvre d’insultes de façon répétée il y a peu de chance que je laisse complètement tomber. Et je m’intéresse à de nombreuses techniques et formes d’art pour lesquelles je ne présente aucun talent, mais je continue car c’est bon de fabriquer, tracer et faire. Je ne laisse pas tomber facilement les vivants ni les projets. Et en ce moment la pente est montante: je fais des rencontres. Mais je sens que ça va glisser bientôt. Déjà des personnes qui étaient ravies de me rencontrer et de partager mes projets, mes travaux, mon temps, ont coupé les ponts, ou bien semblent avoir oublié ce que nous avons achevé ensemble, ne me reconnaissent plus. Il faut avouer que je suis moins capable, moins disponible et que je travaille moins qu’il y a quelques années. Ça va mal, j’ai mal, je suis confus⋅e, je n’arrive pas à bout de mes travaux, mais ça va s’arranger. J’ai été pire déjà et je suis bien remonté⋅e et dans de plus mauvaises conditions. Mais on dirait que ce que je faisais il y a 5 ans ne compte plus pour un sou dans ce que je suis aujourd’hui. Serais-je jetable ?

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