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L’une rêve, l’autre pas, par Nancy Kress

L'une rêve, l'autre pasL’une rêve, l’autre pas by Nancy Kress
My rating: 5 of 5 stars

Je l’ai dévoré en une nuit, et il entre directement dans mes romans (de SF) favoris. Preuve sur papier qu’on peut faire court et riche.
Tout est en haute qualité et détaillé sans être redondant. On a une famille, des personnages secondaires qui se croisent, de nouvelles technologies mais aussi les dérives idéologiques qui sont nées avec elles. Des icônes, des stars, des espoirs, des craintes, des crises médiatiques: le temps de 150 pages nous entrons entière dans son univers.
Pour Nancy Kress, il est ironique qu’il y ai si peu d’enfants en SF, car ils représentent notre avenir. Et la protection de l’enfance trouve une place de choix dans L’Une Rêve, l’Autre Pas.
Jetez vous dessus sans attendre !

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Les Dames du Lac par Marion Zimmer Bradley

Les Dames du lacLes Dames du lac by Marion Zimmer Bradley
My rating: 3 of 5 stars

Si on aime se perdre dans les mille et unes écritures de la Légende Arthurienne, c’est un livre à lire. On baigne dans l’univers, on est vraiment entrainé dans le décor et dans les sentiments des personnages célèbres (Morgane, Lancelot…) ou moins (Kévin le barde). J’ai pris plaisir à me plonger dans la peau des personnages principaux et secondaires, activité rendue aisée par le style de l’auteure.
En revanche il y a beaucoup d’occasions manquées dans ce livre. On est censés découvrir la légende via ses grandes figures féminines, mais Guenièvre et Viviane restent hélas assez limitées à des stéréotypes. Guenièvre passe directement de la timidité pétrie d’angoisse au chantage affectif et aux grosses larmes, face à un Arthur plutôt niais. Viviane voit son attitude autoritaire et de contrôle se retourner contre elle mais ne se remet à aucun instant en question, et continue de s’enfoncer. Assez agaçant… Morgane en revanche évolue énormément et continue de nous surprendre.

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Va, chasse la grisaille par Éliane Lanovaz

Va, chasse la grisailleVa, chasse la grisaille by Éliane Lanovaz
My rating: 4 of 5 stars

Va petite gélule, chasse la grisaille. Isabelle aime les rituels. Rituel de la petite formule magique en prenant son anti-dépresseur, rituel du thé, petites habitudes et gros réconforts. Isabelle voudrait que son médicament la remplisse de couleurs et la guérisse de sa dé-pre-ssion. Mais naturellement la petite gélule ne peut pas tout faire.
Alors il y a Thomas, Frédérick, Lys et les autres. Tous ces êtres un peu cassés, très fatigués, et qui fonctionnent mieux ensemble. Ils voudraient se réparer les uns les autres mais ont malgré tout du mal à s’épargner eux même.

Ce roman suit la vie de plusieurs personnages, mais aussi de leur dynamique en tant que groupe. Nous pénétrons dans une micro-communauté atypique. Parfois ils nous exaspèrent, mais c’est aussi parce que nous nous retrouvons un peu en eux; avec les angoisses, la dépression qui colle, les habitudes qui virent à la manie…

Ce livre est pour nous les dépressif⋅ves, les traumatisé⋅es, les obcessif⋅ves, les angoissé⋅es. Pour vous qui savez ce que c’est de se réveiller et d’être incapable d’écarter les draps ou de prendre une douche. Pour vous qui culpabilisez encore de choses qui n’étaient absolument pas de votre faute. Pour vous autistes qui avez du attendre un quart de siècle pour avoir un diagnostique et un début d’explication.

Le style de l’auteure est particulier, unique, parfois désarçonnant. On s’y attache très vite. On sourit en lisant une formulation, on se dit « haha, y a que toi pour écrire ça de cette manière ». Et puis il y a les références, les petits clins d’œil. Quand on arrive à la dernière page on se dit que c’était court mais pourtant, c’était un long voyage.

Je n’ai pas dévoré ce livre, je l’ai lu lentement. Il me plaisait mais j’avais souvent du mal à enchainer. Je pense que j’étais facilement perturbé⋅e par le changement de point de vue qui n’est pas toujours très clair. C’est ce qui m’a le plus dérangé dans ce livre. Mais ça valait le coup. Le dénouement fut pour moi comme recevoir des amis à dîner et apprendre des tas de bonnes nouvelles.

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Le Bateau Usine de Tajiki Kobayashi

Le Bateau-usineLe Bateau-usine by Takiji Kobayashi
My rating: 5 of 5 stars

Une base de la littérature prolétaire. Et la tristesse de savoir que la partie « fictive » est terriblement mince.
Ce livre choque, mais ne s’arrête pas là. Il nous ammène à comprendre comment les ouvriers justifient et supportent les pires conditions, le système de pensée et le système économique qui nous enlisent et nous consument.
Lisant le dernier tiers du livre, j’ai eu l’envie soudaine d’écouter le boléro de Ravel. La montée d’une conscience collective, l’organisation de la grève, chaque acte, chaque parole importe.
Longtemps censuré, ce livre est toujours d’actualité.

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Alors, t’es triggered ?

CW réseaux sociaux, internet, isolement, disputes, harcèlement en ligne, mention de nourriture

Si comme moi vous socialisez beaucoup via internet, vous avez déjà vu passer des parodies et des blagues au sujet des trigger warnings (TW) ou content warnings (CW). On pourrait croire que c’est réservé à quelques bastions de trolls, mais ce n’est hélas pas le cas. Dès que le ton monte, les TW ironiques et les sarcasmes à ce sujet arrivent.

Histoire d’un faux débat

Les trigger warning, littéralement « alerte de déclencheur », sont un outil qui sert à prévenir d’un contenu potentiellement choquant dans un média (texte, vidéo…). On dit « trigger » ou « déclencheur » car ce contenu pourrait déclencher des symptômes chez une personne souffrant de certaines maladies mentales, tels que des flashback, une crise d’angoisse, de la tachycardie, un mutisme, ou une dépersonnalisation. Les maladies concernées les plus connues sont le Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT), le Trouble Anxieux Généralisé (TAG) ou les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). On parle aussi de content warning quand le contenu ne sera pas choquant mais que sa nature pourrait tout de même déclencher les symptômes sus-nommés. Par exemple, parler de nourriture, de recettes de cuisine, ou mentionner un gros festin, peut atteindre les personnes souffrant d’un TCA. La mention de certaines activités en apparence anodines, comme les sports d’hiver ou un trajet en voiture peuvent aussi renvoyer au traumatisme d’une personne souffrant de SSPT.

Alors n’importe quoi peut être déclencheur ? Oui, n’importe quoi. D’où l’intérêt de noter les sujets abordés dans un contenu que l’on publie. Une pratique déjà courante que ce soit dans les bibliothèques, pour faciliter le classement, ou sur les réseaux sociaux et les blogs, avec les tag (#), pour faciliter la recherche et l’archivage.

Rien de très nouveau alors ? Quand des militants ont commencé à défendre l’intérêt des TW et CW pour l’accessibilité (c’est à dire accessibilité aux personnes malades/handicapées), des réactions très vives et épidermiques ont fait surface. Certains parlaient de censures, d’autres se plaignaient qu’en procédant de la sorte on dorlote trop les gens et qu’on les coupe des dures réalités du monde extérieur. Taguer ses textes et classer les médias par sujet ne dérangeait personne, et était même très apprécié, quand soudain des malades mentaux⋅ales on expliqué que c’était particulièrement important pour elleux. Et là, catastrophe, il fallait absolument faire barrage ! Aider les malades mentaux⋅ales ? Et puis quoi encore !

Dorloter ?

Des experts du dimanche ont bien entendu fait leur apparition pour expliquer qu’en réalité les TW et CW seraient nocifs pour les malades, car ceci nous couperait de la dure réalité, de la vraie vie qui pique et qui brûle. De longs textes ont lancé quelques a priori faux et simplistes sur ce qu’on appelle « exposure therapy », d’autres ont parlé d’isolement, de trop rester chez soi…

Concernant l’exposure therapy, il s’agit de soigner une phobie ou un stress post traumatique en exposant læ patient⋅e à ce qui læ terrifie. Mais les plus paresseux des éditorialistes en herbe ont oublié de potasser le manuel. Une exposure therapy ne consiste pas à jeter une personne qui a peur de l’eau dans le grand bain. L’exposition se fait progressivement et début à doses très légères. Il se passe plusieurs jours entre chaque exposition. Les expositions sont encadrées par des thérapeutes, des soignants, si besoin une personne capable de te soigner si tu as un malaise. Le tout dans un cadre rassurant, où tu sais pouvoir facilement te mettre à l’abri si tu craques. C’est aussi accompagner d’exercices à faire chez soi, mais toujours dans l’idée de progresser lentement et régulièrement. Quel rapport entre une telle thérapie et des provocations qui apparaissent par hasard quand tu ne t’y attend pas ? Sans compter que l’exposure therapy ne fonctionne pas pour tout le monde. Parfois on passe à autre chose afin d’obtenir de meilleurs résultats. Alors qui êtes vous pour imposer vos petites expériences à de parfaits inconnus ? Croyez le ou non, les malades ne sont pas vos cobayes.

Pour ce qui est de parler d’isolement, honnêtement, quand vous voulez ! C’est un sujet très important dans le militantisme autour de l’accessibilité et du handicap. Mais l’usage d’internet est justement un point positif pour nous. Parfois, pas le choix, on ne peux vraiment pas sortir et socialiser à l’extérieur. Et quand tu es malade, les « amis » ne se bousculent pas pour te visiter à domicile. Donc nous sommes nombreux⋅ses à socialiser sur internet. Et c’est pour cela que nous invitons à beaucoup de vigilance, car nous sommes très présents. Et si une personne en vient à se couper de ses réseaux sociaux et sites préférés car les TW ne sont considérés que comme une vaste blague, vous aurez contribué à son isolement et à la détérioration de sa santé.

Plein la gueule

On en prend vraiment plein la gueule. En sortant de chez nous, en allant faire nos courses, en cherchant un travail ou en travaillant, en allant en cours, en visitant notre famille. Les maladies mentales sont encore énormément stigmatisées et nos demandes d’accessibilités passées sous le tapis. Rien à voir avec une impossibilité technique ou financière. Il s’agit d’utiliser les TW, parfois de baisser la lumière ou la musique dans un lieu public, de réglementer l’usage de feux d’artifice… Mais il n’y a pas de volonté. Finalement, le raisonnement, même s’il se déguise en grande envolée verbale, reste simpliste, cruel et étrangement familier… depuis quelques siècles… toujours le même. Votre base, c’est que les malades mentaux devraient s’endurcir et faire avec. Voilà, et vous, depuis votre normalité prétendue, ne devriez pas avoir à faire des efforts pour nous.

Et les efforts que NOUS faisons pour vous alors ? Nous évitons de vous parler de nos moments les plus durs pour ne pas vous faire de peine ou ne pas ruiner l’ambiance. Nous sourions quand nous avons envie de pleurer. Nous allons vous voir dans un lieu public et bruyant car vous n’avez pas envie de venir chez nous, cela vous ennuie, ce n’est pas assez mondain. Nous nous cachons pour prendre nos médicaments pour ne pas vous mettre mal à l’aise. Nous dissimulons nos cicatrices. Nous édulcorons nos symptômes et nos traumatismes. Nous en faisont déjà beaucoup. Et le problème, c’est que plus nous vous dorlotons, plus vous en demandez. Vous voudriez que nos maladies soient plus discrètes, plus jolies. Vous voulez bien en discuter oui, pour satisfaire votre curiosité scientifique… ou voyeuse… mais pas pour nous. Pas pour nous aider. Vous voulez bien être la pour consommer notre travail, mais pas pour échanger, ni pour aider. Ça, qu’on se débrouille. Voilà votre problème à vous, psy-validistes. Persuadés de savoir, d’être éduqué, mais toujours enfermés dans de vieilles logiques cruelles et simplistes.

Je ne ferai pas dans cet article de description choquante de ce qui se passe quand on est « triggered », ça a déjà été fait, et je commence à penser que si les malades ont besoin de ces textes pour trouver des camarades et des interlocuteurs, les valides ne font que les parcourir et pour certain⋅es assouvir leur voyeurisme. Mais que ça ne les convainc pas de changer de comportement. Et c’est pour les valides que j’écris ceci, puisqu’il faut tout vous expliquer par le menu.

Mais c’est une blague !

Si vous faites des blagues là dessus, des TW ironiques, que vous sortez des « alors t’es triggered ? » à quelqu’un parce que vous vous disputez, non seulement vous n’aidez pas, mais en plus vous nous enfoncez.

Vous croyez être à contre courant ? Mais vous êtes DANS le courant. Le courant validiste, le courant psy-validiste, le courant qui dit qu’on « naka faire des efforts enfin », le courant massif qui nous pousse toujours plus loin, plus seuls et plus stigmatisés.

Pour chaque pas que nous faisons, vous nous poussez de trois pas en arrière. Vous croyez être tellement « conscient », « woke », éduqué, sensibilisé, que vous pouvez manier l’humour et l’ironie autour de ces sujets, mais vous ne réalisez même pas le mal que vous causez.

Alors reculez, écoutez, et prenez vous en à des gens qui vous causent du tord, au lieu de vous en prendre aux cibles faciles. Je sais, ce sera moins facile d’avoir l’air fort⋅e et brillant⋅e, mais que voulez vous. C’est la dure réalité.