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Aucune excuse

Je ne vais pas faire un long descriptif de ce qu’est la culture du viol. Ça a déjà été fait, par exemple chez Crêpe Georgette, Mélange Instable ou encore Daria Marx. Ici je vais vous raconter une petite histoire. Je vous recommande de lire un des trois textes plus haut si vous voulez comprendre l’intérêt de cette histoire si vous ne savez rien de la culture du viol.

J’étais en colocation avec deux hommes fêtards et très sociables. Comme j’étudiais et travaillais beaucoup, je participais rarement à leurs soirées. Cependant, un samedi où je ne travaillais pas, eu lieu une soirée mémorable, pleine de gens très drôles et de bonnes choses à manger et boire. Très vite tout le monde s’est mis à l’aise et on a beaucoup parlé de cul. Comme d’habitude je n’étais pas en reste sur le sujet.

 

Les heures ont passé, nous avions tous bus et étions fatigués. Tout le monde est resté sur place pour dormir. Alors que j’étais nue dans mon lit, m’apprêtant à dormir, un homme est venu frapper à la porte. Je lui dis qu’il peut entrer, il me demande s’il peut dormir dans mon lit (deux places) car il ne reste plus un seul canapé ou matelas de libre. J’accepte, lui demandant tout de même d’enlever ses chaussures car il semble assez éméché pour oublier. Il se couche et réalise que je suis nue. Il avait déjà passé une partie de la soirée à me draguer vaguement mais je n’étais pas intéressée.

 

Il m’a alors dis qu’il voulait me toucher, qu’il voulait faire l’amour avec moi et a commencé à me caresser doucement les cheveux. J’ai poussé sa main, ai sourit, et lui ai répondu que je ne voulais pas. J’ai dis précisément : « Non, je n’ai pas envie de coucher avec toi, je veux juste dormir. Je suis nue car je dors, c’est tout. ». Il sembla déçu, puis il se coucha et roupilla dix bonnes heures.

 

Je ne le revis jamais, il ne me revit jamais, chacun vit sa vie et nous n’avons rien divisé par zéro ce soir là.

 

Je résume : un homme ivre a rejoins une femme nue qui lui plaisait et lui avait parlé de cul dans son lit, avec l’accord de cette femme. Il a voulu baiser, elle a dit non, il a donc dormi sans la toucher.

 

Ça devrait pouvoir se passer ainsi naturellement. Pourtant, à chaque fois que je raconte cette histoire, les gens semblent très surpris. D’autres louent les qualités de ce héros, car il est vachement sympa de ne rien avoir tenté.

« Ohlala moi à sa place j’aurais…

– Tu aurais essayé de me violer ?

– Hein ? Non ! Mais enfin tu vois quoi, essayer de forcer un peu les choses, y avait trop moyen là !

– Mais j’avais dis non, c’est pour cela qu’il  n’a rien fait

– Mais c’est un couillon, non ça veut dire oui il fallait insister…

– Il est juste « pas un criminel ».  »

On en est là… ce mec est limite un héros pour ne pas avoir tenté de commettre un crime.

Mon super privilège féminin au travail ou Comment mon cul ne m’a pas obtenu des postes

Quand on leurs parle de féminisme, les profanes pensent aux inégalités salariales et aux violences conjugales. Le second sujet étant glissant à aborder, mettant bien des mecs mal à l’aise, les profanes se mettront généralement à me parler du travail en relativisant, en m’expliquant que je dois prendre de la hauteur, du recul, etc (on en recule jamais assez pour ses oppresseurs, et c’est toujours eux qui sont plus haut), car j’aurais des tas d’avantages, étant une femme.

Ha.

Alors je lui demande de développer, et, même pas gêné, il m’explique que je peux jouer de mes charmes pour obtenir un poste/ une augmentation/ une promotion. Même qu’il le sait, hein, parce qu’un ami de son cousin, dans sa boite, et bin y a une employée qui a eu une promotion, et qu’il y a des rumeurs. Bon, s’il y a des rumeurs hein, on n’a plus qu’à s’incliner…

Je suis une femme. Déjà ça part mal. Je suis née dans un milieu populaire, mes parents et une écrasante majorité de ma famille sont prolétaires. Zut. Alors il se trouve que bien que j’ai tenté de suivre des étude, je travaille depuis mes 17 ans. Et mes jobs, il a fallu que j’aille les chercher, et que j’en accepte des pas confortables. Bah oui, pas de piston pour un petit travail de bureau tranquille dans la boite d’un proche, pas non plus de parent fonctionnaire pour me réserver une place dans une des mairies où j’ai tenté le coup pour des postes saisonniers. J’ai commencé en faisant caissière à Carrefour comme maman et avec une peur bleue de rester à ce poste.

Le journaliste

La première fois que ma féminité et mes attraits auraient pu m’obtenir un job, intéressant de surcroît, je dois vous avouer que je ne m’y attendais pas du tout. Pour commencer,je venais d’avoir 18 ans (♪ Et j’étais laide comme une enfant, forte comme une darooooonne ♫) et ne m’étais pas encore bien habituée à ce que des trentenaires me considèrent comme une adulte, une vraie, qui sait faire cracboumhue.

Je déjeunais seule au Resto U, bondé comme d’habitude, entre deux cours, pressée. Un homme plus âgé m’a demandé s’il pouvait rejoindre ma table. OK. Il a beaucoup causé. Il était en doctorat, il s’appelait Jean. Il avait des tas de choses à me dire, il m’a beaucoup parlé de son magasine, un petit mensuel spécialisé qu’il avait monté. À l’époque, je me destinais au journalisme, donc je buvais ses paroles. Comme je dois filer, on échange nos numéros, car il voudrais voir ce que j’écris. En effet je publiais déjà pour un gratuit associatif. Aaah ma naïveté… J’ai vraiment cru un instant, que moi la prolo, parce que je faisais une rencontre heureuse au resto U, j’allais avoir ma chance dans un vrai journal. J’en ris encore.

Il m’a appelée, il n’a pas parlé boulot. Il voulait qu’on se rencontre, qu’on sorte, m’emmener en voiture, aller au cinéma… Il ne parlait plus de journalisme depuis qu’il avait mon numéro. J’ai finis par comprendre et j’ai poliment expliqué que je ne voulais pas d’une relation de couple avec lui, que s’il voulait embaucher pour sa revue j’étais là, mais pas plus. Il a réagit comme si j’avais rompu. Pendant 3 jours j’ai vu une voiture stationner devant mon immeuble, une silhouette attendant immobile à l’intérieur : la sienne. Parfois un mot, parfois des chocolats, posés devant ma porte, alors qu’il n’avait pas le code de l’immeuble.

J’ai commencé à avoir peur. Vraiment. Je n’étais jamais sortie avec lui, ne l’avais jamais touché bien que lui avait essayé de me toucher, m’avait mis sur la cuisse une main que j’avais vivement repoussée. Il m’a suivie et appelée pendant encore une dizaine de jours qui m’ont paru une éternité. Il était plus âgé, je ne le connaissais pas, je venais de la campagne, il me suivait chez moi, il attendait devant chez moi : imaginez comment je me sentais. J’ai longtemps hésité à appeler la police. Peut-être aurais-je du… Bref, je ne devins pas journaliste. Et pourtant, mon cul lui plaisait. Y a que dans les films que le vieil employeur bedonnant embauche la bimbo pour le plaisir des yeux sans rien demander en échange.

Le misogyne

J’ai grandis, j’ai commencé à oublier cette histoire sordide. J’ai vécu d’autres situations sexistes mais pas aussi graves. Entre temps je m’étais lancée dans le support et la maintenance informatique et j’aimais ça. Quand j’ai du interrompre mes études fautes de moyens, j’ai cherché partout du boulot dans ce domaine. J’avais plein d’expérience professionnelles pour mon âge. Au détour d’un chan IRC, un gus rouspète qu’ils ont besoin d’un nouveau dans leur équipe rapidement. Équipe de quoi ? Hotline et maintenance. Chic ! On cause, il appelle son chef d’équipe, j’envoies mon CV avec une belle lettre, il me convoque en entretien. L’entretien se fait devant toute l’équipe. L’endroit me plaît, les collègues sont agréables. Dans le support, tu bosses rarement deux fois sur les mêmes programmes. Du coup ils m’ont montré leur périmètre et m’ont posé deux tickets que j’ai tenté de résoudre avec ce que je savais. Ma démarche était bonne, il ne me manquait qu’une petite formation par leurs soins. Plus tard, j’apprends que j’ai mes chances, mais qu’ils doivent valider ma candidature auprès du directeur.

Le temps passe. Je relance, on me demande de patienter, que le directeur n’a pas encore regardé mon CV. L’échéance approche, on est vendredi et ils ont besoin de quelqu’un pour lundi. Emmerdé, c’est finalement le gars d’IRC qui vient m’expliquer. Le boss en avait rien à foutre de mon CV, il avait déjà pris sa décision. En voyant mon prénom. Mon prénom féminin. Il aurait déclaré «Je le sens pas». En effet cet homme là est misogyne, tout le monde le sais dans le service. Il a toujours clamé qu’il ne voulait pas de femme dans son service, cependant ses subordonnés avaient espéré qu’il serait plus raisonnable… raté.

Je vais resituer les choses : il n’a pas lu mon CV, il n’a pas lu ma lettre, il n’a pas assisté à mon entretien et à mes essais. Il a juste compris que j’étais une femme et déclaré «je ne le sens pas». Rien à foutre de ma dignité, des droits humains, de l’égalité, monsieur a ses principes. Rien à foutre du travail de recrutement effectué par ses collègues (alors qu’il aurait du le faire lui même). Ah ça ! Ça se savait hein ! Monsieur machin il n’aime pas les femmes au travail, voilà. C’est un directeur alors on ne dit rien, on ne remet pas en cause, on fait comme si c’était pas grave, limite comique ! Jusqu’au jour où il cause une discrimination à l’embauche. Trop tard pour le remettre en cause. J’étais en recherche d’emploi mais je n’avais pas de droit au chômage (aaah, les études…), je n’avais pas de revenu, il me fallait un job rapidement, je n’ai pas pris le temps de porter plainte. Allez savoir pourquoi, un sentiment écrasant m’envahissait, me disait «de toute façon tu ne peux rien contre lui». J’apprendrai plus tard qu’on appelle ce sentiment : oppression.

Deux histoires courtes

Je rentrais tout juste d’Argentine, endettée bien sûr, le moment où j’ai compris que je ne pouvais plus continuer mes études (en + j’avais besoin de redoubler ma L3, une année de galère de plus, osscour !). En rentrant je suis allée visiter mes amis, j’ai passé trop peu de temps avec Robin à Tours (je vis à Lyon)parce que «faut que je rechoppe un job et un appart rapidos, je t’aime, je reviens bientôt». Je ne suis pas revenue bientôt parce qu’il est allé très mal à nouveau et qu’il a fallu être patients touts les deux. Si j’avais su pour quoi je l’avais laissé à ce moment là, j’aurais tout envoyé valser, j’aurais fait faire les 500 bornes à mes affaires pour refaire ma vie dans sa ville, mais on en n’étai pas là, on croyait qu’on se retrouverait sous peu de toute façon. J’allais travailler dans un Pizza Hut. Je voulais faire les livraisons. Mais pas possible, on embauche qu’en cuisine là. Ah OK. Je commence et peu après un nouveau arrive dans la boite : un livreur. Je demande une explication : «ah oui mais en livraison on ne prends que des hommes, tu comprends, les agressions…». Il apparaissait qu’un homme ne se fait jamais agresser, ah bon autant pour moi. Et c’est vrai qu’avec mon casque et la tenue de motard j’aurais eu l’air tellement féminine…

Bref, à la cuisine avec toutes les femmes, dans des cadences infernales, pendant que les mecs entre deux courses rigolaient, traînaient, parlaient de leurs exploits et venaient nous taquiner. J’aimais pas qu’ils me taquinent, j’étais un peu sèche. Les collègues allaient tous se retrouver certains soirs pour une pétanque et boire des coups mais je refusais. J’avais tenté de reprendre les cours en parallèle et ça me prenait beaucoup de temps. Alors dès que j’avais du temps libre, j’étais pendue aux lèvres de Robin et j’essayais de bouger pour aller le voir. Il ne lui restait que quelques mois, mais je ne le savais pas encore. J’ai été renvoyée. Mes collègues avaient parlé sur moi, parlé de moi, à la cheffe. Je n’ai pas eu de motif clair et précis sur mes fautes. Mais apparemment, je n’étais pas appréciée, car je n’étais pas devenue la copine, que je ne venais pas aux soirées, que je n’aimais pas quand les mecs me parlaient mal. Oh la vilaine.

Et puis, cette fois je fais vraiment court, promis, à mon arrivée à Lyon, j’ai tenté de devenir serveuse. Après tous y avait plein de bars entre ma fac et mon domicile, ça aurait été pratique. Peu de bars embauchaient, je n’avais pas été assez rapide. Et puis il y a eu ce bistrot, où le patron est venu, m’a reluquée de haut en bas, en commençant aux genoux et en s’arrêtant au cou. Il n’a pas regardé mon visage, j’insiste. J’avais 17 ans, 1m65, 70 kilos, des petits seins. Il a maugréé en fixant mes seins «Non ce sera pas possible, t’as pas le profil»

J’ai 22 ans. J’ai déjà subi quatre discriminations à l’embauche à cause de mon genre. Et encore, ce ne sont que celles pour lesquelles je suis sûre qu’il s’agissait bien de cela. D’autres employeurs sont plus habiles. Vivement que j’atteigne l’âge où on considère que je DOIS avoir des enfants, je vais avoir encore des tas de trucs à vous raconter !

La légendaire discrétion des dominants

Soit réaliste, soit raisonnable, n’en demande pas trop, tu devrais accepter de faire profil bas, tu sais un peu de consensus, vous autres vous manquez de discrétions, encore une manifestation ça n’arrête jamais, tu veux pas passer à autre chose, tu es agressif-ve, tu manques de discrétion, grandis un peu, c’est comme ça, on n’est pas dans le monde des bisounours.
Tout cela vous est étrangement familier?
Félicitations ! ☻/

Femme, homo, bi, transgenre, intersexué-e-s, noir-e, arabe, handicapé-e, malade, musulman-e, juif-ve, [religion de votre choix qui ne soit pas chrétienne], gros-sse, prolétaire, libertin-e, pute, polyamoureux-ses, végétarien-ne, vegan. Vous en êtes ?

C’est bizarre, aussi différentes puissent êtres toutes les personnes appartenant à une ou plusieurs des catégories citées, nous avons probablement ce point en commun pour la plupart d’entre nous. L’injonction à la discrétion, au silence et à l’adaptation aux critères des dominants. Oui je dis « des dominants » et pas « de la majorité », car si en France vous enlevez femmes, homo, bi, transgenres, intersexué-es, noir-es, arabes, handicapé-es, malades, musulman-es, juif-ves, [religion de votre choix qui ne soit pas chrétienne], gros-sses, prolétaires, libertin-es, putes, polyamoureux-ses, végétarien-nes, vegans il ne reste plus qu’une petite partie de la population initiale, n’est-ce pas ? C’est pour cela que j’aime bien l’intersectionnalité, cela permet de prendre conscience de notre force… Au fait, j’ai créé un forum à ce sujet, bienvenue ! http://intersectionnalite.forumactif.org/

Les conservateurs, ces victimes silencieuses

Avec les frasques de la manif’ pour tous, on commence à l’oublier, mais les conservateurs se sont longtemps targués d’êtres une majorité silencieuse qu’on ne respecte pas. Pendant les manifestations sur la réforme des retraites par exemple. Il y a aussi les membres de ma famille, de droite, qui se vantent d’être allés travailler pendant mai 68 et d’avoir fermé leur bouche. Parfois ils se plaignent de telle ou telle réforme passée mais si je demande leur réaction à l’époque, ça se limite à gueuler contre son écran de télévision. Qu’à cela ne tienne : ils sont très fiers de ne pas avoir milité. Et c’est le cas de beaucoup de conservateurs en fait…

Les mouvements sociaux, les manifestations, les passages dans les média, semblent être pour eux une pratique honteuse qu’ils ne sauraient se réduire à avoir. À moins bien sûr qu’on essaie de donner les mêmes droits aux familles des homo qu’à celles des hétéro : la c’est l’émeute ! Mais aussi, ’faut les comprendre, avec un gouvernement de gauche, ils ne se sentent plus chez eux. Pester dans les commentaires des 4 vérités, d’Atlantico et du Figaro ne suffit plus, il faut agir !

Et finalement je me dis tant mieux. Oui, tant mieux qu’ils se mettent eux aussi à trouver la rue utile, à considérer qu’il faille manifester lorsqu’on est en désaccord avec le gouvernement. Bon forcément, ils découvrent aussi la violence qui va avec, la répression, les CRS et comme BFM TV nous a fournit un reportage assidu de la manif du 24 mars, des militants de gauche hilares ont pu entendre des réac’ s’imaginer qu’il n’y a que eux qu’on charge, gaze, frappe lorsqu’ils essaient de passer un barage de CRS. S’imaginer que quand ce sont ces salauds de gauchiiiissssss qui défilent les forces de police auraient la fleur au fusil, le sourire et que nous pourrions circuler dans toutes les rues de notre choix. Pourquoi ils imaginent cela ? Parce qu’il n’étaient jamais venu défiler avec les gauchistes, ou les anar, ou les lgbt, ils voyaient juste le reportage du JT de TF1 qui montrait tout le tintamarre et l’agitation de la manif en évitant soigneusement les charges et le gaz. Avant il n’y avait guère que les fachos, à droite, pour agir dans la rue, hélas, avec une violence inouïe, la ville de Lyon en sait quelque chose… Désormais, avec la manif’ pour tous, des réac’ de toutes sensibilités découvrent ce que coûte une mobilisation, ce qu’il se passe dans la rue, ce qu’est le travail des CRS. Je n’en demandais pas tant. S’ils commencent à trouver la rue utile et les CRS emmerdant, on peut naïvement espérer qu’ils vont se calmer sur la surveillance partout, la privatisation de la rue, la répression policière. Non, je rêve ?

Oui je rêve. Car eux se confèrent une légitimité qu’ils n’accorderont jamais aux gauchistes, déviants sexuels, métèques qu’ils détestent tant. Car eux défendent des valeurs dont ils pensent qu’elles ont toujours été, juste parce que ça fait vachement longtemps que ça dure et qu’ils n’ont pas cherché précisément la date d’apparition. T‘façon, la recherche, c’est rien que des fonctionnaires socialistes alors… Rien ne vaut le bon vieux non-argument du «bon sens». Comme ils ne veulent pas chercher, il faut bien qu’ils trouvent leur inspiration quelque part, ce sera donc dans une inspiration transcendantale, ils sauraient la vérité d’instinct depuis leur naissance, rien ce ne les détournera de ce chemin indiquant : LE BON SENS ! Personne ne sait où il mène, mais il a moult adeptes.

Quand on a saisi à quel point ces gens là sont dénués de doute, on comprend mieux leurs réactions et recommandations à l’égard des militants qu’ils jugent mal-avisés.

Pourquoi nous veulent ils plus discrets ?

Quand nous gueulons, ça s’entend. Mais on peut nous ignorer. Quand il y a une grève, on peut laisser le mouvement se fatiguer en une paire de semaine et continuer à agir comme si rien ne s’était passé. Une manif, tant que les média n’y prêtent pas trop attention et qu’elle est froide et facilement dispersée, l’impact sera minime.

Et alors, les réac’ de tout poil vont venir t’expliquer que ta manif, là, c’était bien mignon, mais qu’il faudrait songer à travailler et l’ouvrir un peu moins. Ou alors que la Gay Pride, ça dessert la cause car c’est pas discret et puis vulgaire, mêmes qu’ils ont vu des fesses, des nichons et des ventres alors que c’était même pas sur la plage. Et eux ils connaissent des noirs/arabes/gays/lesbiennes mais qui ont la décence d’être discret alors ça leur va. Ça leur est jamais venu à l’idée que leurs «amis» sont discrets en leur présence simplement par consensus, parce qu’ils sont du genre timides et ne veulent pas se disputer. Ou qu’ils se font discrets, ne se politisent pas, ne vont pas aux manif’, par crainte d’être agressés.

J’en déduis que pour être efficace il est nécessaire d’être jugé indiscret par les réac’, sinon cela signifie que nous n’avons eu aucun impact. S’il n’y a rien qui les secoue, ils vont passer, oublier, et ’faut pas compter qu’ils nous respectent plus qu’avant.

Je les vois comme ces vieux beauf instruits qui expliquent qu’ils ne sont pas misogynes puisqu’ils aiment par dessus tout les belles femmes ! Les moches, celles pas à leur goût, qu’elles changent ou qu’elles crèvent, on s’en fout. Je transpose : ils n’ont rien contre nous, rien contre les «minorités» à condition que les personnes en faisant partie soient discrètes et tentent de rentrer dans le moule, de les imiter. L’arabe en costard cravate sera leur égal, mais celui en djellaba un dangereux extrémiste. Une femme qui travail a tout leur respect, mais à condition qu’elle gère seule le ménage, la lessive, la cuisine et les enfants aussi. Vous voyez le principe ? Égalité, OK, mais à conditions que nous suivions leurs coutumes, leurs mœurs, leurs goûts, leur vision globale du monde et de ce que doit être la société.

Et la me reviennent en mémoire des propos que j’ai très souvent vu passer… Parfois au sujet du racisme, ou du féminisme, ou de l’homophobie… C’était durant des conversations, sur des commentaires d’articles sur le net, dans des reportages. Je vous donne le modèle «Alors moi j’avais rien spécialement contre les [insérer minorité ici], mais maintenant que j’ai vu cet acte militant pas très discret et cette personne exprimer sa colère, bah je les déteste tous et je ne ferai rien pour soutenir, là !» Allez, dites, vous aussi vous connaissez ça, n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce qui peut bien faire croire à ces ahuris que nous recherchons en priorité leur complaisance et leur amour ? L’orgueil de paon prêt à fourrer mâtiné de la recherche d’attention d’un chihuahua mal toiletté associé à une grossièreté de phacochère lobotomisé que ne cachent absolument pas de tels propos ! Votre amour ? Vous croyez que nous recherchons votre amour ? Attendez, là, tout va s’expliquer, parce qu’en fait vous avez cru ne devoir le respect et la politesse qu’aux gens que vous aimez ? Et bien on est mal barrés si on vous suit là dessus ! Déjà, commencez par rechercher la tolérance, c’est le minimum qui permet de ne pas être violent avec les personnes différentes de nous. Après, peut-être aurez vous assez évolué pour tenter de ressentir du respect. Et alors le chemin vers l’égalité vous semblera plus clair et le militantisme plus justifié. Mais pour l’amour, on va pas s’affoler hein, vous en faites pas, nous avons nos propres amis, proches, partenaires, nous pourrons vivre sans vous.

Le pire, c’est quand ce genre de comportements se retrouvent jusqu’à l’intérieur des milieux militants ! Les LGBT qui parfois ne supportent pas les «folles», les femmes qui s’époumonent pour clamer haut et fort qu’elles ne sont pas féministes, afin de complaire aux hommes mal à l’aise devant les militantes, obtenir leurs susucres. Les féministes qui veulent qu’on fasse du militantisme mais sans jamais être agressif. Les homo anti-gay-pride parce que c’est pô discret. Tous ces gens sont pourtant pas totalement crétin, ni profondément méchants, mais eux aussi sont passés par les injonctions au silence, à la discrétions, à l’intégration, à l’assimilation pardon ! Car en France, on n’intègre pas, on assimile ! Et certain-e-s y ont été plus sensibles que d’autres.

Alors c’est quoi la discrétion ?

La discrétion des dominants, c’est d’êtres présents en majorité écrasante en politique dans tous les secteurs, ainsi que dans les corps de métiers de CSP supérieures. C’est aussi d’être sur-représenté parmi les héros de fictions, dans les média, la presse, les reportages. Travaillez, roulez vous des patins, racontez nous tout de vos troubles émotionnels et votre crise de la quarantaine dans toutes les salles de ciné, sur toutes les affiches, dans les livres, à la radio, partout ! N’oubliez pas d’être en toute situation considérés comme le choix par défaut, l’être par défaut. Que tout ce qui n’est pas comme vous fera parti d’une catégorie à part, bien déterminée, marquée. Les chercheurs, les journalistes, les politiciens, les protagonistes, les ingénieurs : c’est vous ! Les délinquants, les militants violents, les crève-la-faim : c’est les autres ! Allez et comme vous tenez absolument à être discret et passe-partout, plaignez vous de subir des stigmatisations et du racisme malgré tous vos privilèges !

« ‘faut pas voir le mal partout hein ! » et «On ne peut plus rien dire !» Les sœurs la terreur du débat sur le sexisme.

1- Souligner le sexisme d’une situation ne signifie pas qu’on vous accuse d’être le grand Satan.

2 hommes très surpris
2 hommes découvrant qu’une opinion différente n’est pas une attaque personnelle.

2- Vous pouvez bien dire ce que vous voulez, on ne vous interdit pas d’exprimer votre machisme. D’ailleurs vous ne vous en privez pas.

Non mais je précise, hein, car ça n’a pas l’air clair quand je discute sur le sexisme avec différentes personnes. Bien souvent, quand on pointe du sexisme, les réactions sont des réactions de défense. L’interlocuteur se sent soudain personnellement mis en cause, accusé, surtout si on est en désaccord depuis le début de la discussion. On le traiterait de vilain sexiste qui cause tous les maux de la société incluant la fonte des glaces et la disparition des bigouden.

Non, non.

Bien souvent, dans les conversations tournant autour du genre, du féminisme, du sexisme, il est intéressant de repérer tous les recoins où le sexisme arrive à se glisser. Et je vous assure qu’avant même de savoir comment lutter contre et quelles sont les conséquence, repérer et pointer le sexisme dans différentes situations est un gros travail d’observation, d’analyse, de remise en question.  Et ce n’est pas si simple.

La plupart du temps, quand j’estime une situation/un comportement sexiste, je réalise que j’ai participé/participe à cela. Nous sommes nés et avons grandis dans une société profondément sexiste, où la nature de ton sexe passionne tes proches alors que tu n’es encore qu’un embryon de deux millimètres. Tout ça pour choisir la couleur du pyjama, on ne veut pas t’accorder l’intimité de tes parties génitales, c’est grillé et largement diffusé avant même ta naissance.

Et alors là, florilège de réactions quand on montre que telle ou telle chose est sexiste : « oh mais on ne peux plus rien faire alors ! » « mais c’est la dictature ! » « on va quand même pas nous reprocher ça ! ».

Oui, nous sommes sexistes. Nous faisons des actes, nous prononçons des paroles sexistes. Même en faisant attention, ça nous arrive super souvent ! Mais ce n’est pas ça qui pose problème en fait. Bien malin qui a grandit dans un contexte sans aucun sexisme. Le problème c’est la personne consciente de l’existence d’une discrimination, mais qui va tout faire pour la conserver parce que « c’est comme ça », « on ne peut rien y changer  » (sans même avoir essayé), « c’est du bon sens », « ça a toujours été ainsi », « c’est la tradition », « c’est bien normal ».

Nicky Larson recevant un gros coup de marteau sur la tête
Féministe légèrement irritée par la célèbre réaction « on ne peut plus rien dire »

Vous voyez, le problème, c’est quand on réalise l’existence d’une discrimination et qu’on détermine qu’on ne va rien y changer. Cela signifie que vous considérez que l’égalité entre humains, c’est en option. Et croyez le ou non il y a beaucoup de personnes que cela dérange. Nous savons bien que vous avez toujours fait comme cela. Ce n’est pas vous que nous pointons du doigt : c’est le sexisme. Après choisissez votre attitude…

Vous êtes libres. C’est assez terrible, vous êtes libres d’un tas de choses honnêtement.  Mais si vous vous dressez contre l’égalité, vous aurez des ennemis, ne soyez pas surpris. Inutile d’hurler à la censure. Il y a des actes qui causent beaucoup de souffrances, idem pour les paroles, parfois, ça tue. Qu’en face, les gens réagissent, cela vous semble donc si insolite ?