Archives pour la catégorie Psy-Validisme

Cette catégorie rassemble les écrits en lien avec mon activité militante, pédagogique et journalistique de lutte contre la psychophobie et le validisme.

Alors, t’es triggered ?

CW réseaux sociaux, internet, isolement, disputes, harcèlement en ligne, mention de nourriture

Si comme moi vous socialisez beaucoup via internet, vous avez déjà vu passer des parodies et des blagues au sujet des trigger warnings (TW) ou content warnings (CW). On pourrait croire que c’est réservé à quelques bastions de trolls, mais ce n’est hélas pas le cas. Dès que le ton monte, les TW ironiques et les sarcasmes à ce sujet arrivent.

Histoire d’un faux débat

Les trigger warning, littéralement « alerte de déclencheur », sont un outil qui sert à prévenir d’un contenu potentiellement choquant dans un média (texte, vidéo…). On dit « trigger » ou « déclencheur » car ce contenu pourrait déclencher des symptômes chez une personne souffrant de certaines maladies mentales, tels que des flashback, une crise d’angoisse, de la tachycardie, un mutisme, ou une dépersonnalisation. Les maladies concernées les plus connues sont le Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT), le Trouble Anxieux Généralisé (TAG) ou les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). On parle aussi de content warning quand le contenu ne sera pas choquant mais que sa nature pourrait tout de même déclencher les symptômes sus-nommés. Par exemple, parler de nourriture, de recettes de cuisine, ou mentionner un gros festin, peut atteindre les personnes souffrant d’un TCA. La mention de certaines activités en apparence anodines, comme les sports d’hiver ou un trajet en voiture peuvent aussi renvoyer au traumatisme d’une personne souffrant de SSPT.

Alors n’importe quoi peut être déclencheur ? Oui, n’importe quoi. D’où l’intérêt de noter les sujets abordés dans un contenu que l’on publie. Une pratique déjà courante que ce soit dans les bibliothèques, pour faciliter le classement, ou sur les réseaux sociaux et les blogs, avec les tag (#), pour faciliter la recherche et l’archivage.

Rien de très nouveau alors ? Quand des militants ont commencé à défendre l’intérêt des TW et CW pour l’accessibilité (c’est à dire accessibilité aux personnes malades/handicapées), des réactions très vives et épidermiques ont fait surface. Certains parlaient de censures, d’autres se plaignaient qu’en procédant de la sorte on dorlote trop les gens et qu’on les coupe des dures réalités du monde extérieur. Taguer ses textes et classer les médias par sujet ne dérangeait personne, et était même très apprécié, quand soudain des malades mentaux⋅ales on expliqué que c’était particulièrement important pour elleux. Et là, catastrophe, il fallait absolument faire barrage ! Aider les malades mentaux⋅ales ? Et puis quoi encore !

Dorloter ?

Des experts du dimanche ont bien entendu fait leur apparition pour expliquer qu’en réalité les TW et CW seraient nocifs pour les malades, car ceci nous couperait de la dure réalité, de la vraie vie qui pique et qui brûle. De longs textes ont lancé quelques a priori faux et simplistes sur ce qu’on appelle « exposure therapy », d’autres ont parlé d’isolement, de trop rester chez soi…

Concernant l’exposure therapy, il s’agit de soigner une phobie ou un stress post traumatique en exposant læ patient⋅e à ce qui læ terrifie. Mais les plus paresseux des éditorialistes en herbe ont oublié de potasser le manuel. Une exposure therapy ne consiste pas à jeter une personne qui a peur de l’eau dans le grand bain. L’exposition se fait progressivement et début à doses très légères. Il se passe plusieurs jours entre chaque exposition. Les expositions sont encadrées par des thérapeutes, des soignants, si besoin une personne capable de te soigner si tu as un malaise. Le tout dans un cadre rassurant, où tu sais pouvoir facilement te mettre à l’abri si tu craques. C’est aussi accompagner d’exercices à faire chez soi, mais toujours dans l’idée de progresser lentement et régulièrement. Quel rapport entre une telle thérapie et des provocations qui apparaissent par hasard quand tu ne t’y attend pas ? Sans compter que l’exposure therapy ne fonctionne pas pour tout le monde. Parfois on passe à autre chose afin d’obtenir de meilleurs résultats. Alors qui êtes vous pour imposer vos petites expériences à de parfaits inconnus ? Croyez le ou non, les malades ne sont pas vos cobayes.

Pour ce qui est de parler d’isolement, honnêtement, quand vous voulez ! C’est un sujet très important dans le militantisme autour de l’accessibilité et du handicap. Mais l’usage d’internet est justement un point positif pour nous. Parfois, pas le choix, on ne peux vraiment pas sortir et socialiser à l’extérieur. Et quand tu es malade, les « amis » ne se bousculent pas pour te visiter à domicile. Donc nous sommes nombreux⋅ses à socialiser sur internet. Et c’est pour cela que nous invitons à beaucoup de vigilance, car nous sommes très présents. Et si une personne en vient à se couper de ses réseaux sociaux et sites préférés car les TW ne sont considérés que comme une vaste blague, vous aurez contribué à son isolement et à la détérioration de sa santé.

Plein la gueule

On en prend vraiment plein la gueule. En sortant de chez nous, en allant faire nos courses, en cherchant un travail ou en travaillant, en allant en cours, en visitant notre famille. Les maladies mentales sont encore énormément stigmatisées et nos demandes d’accessibilités passées sous le tapis. Rien à voir avec une impossibilité technique ou financière. Il s’agit d’utiliser les TW, parfois de baisser la lumière ou la musique dans un lieu public, de réglementer l’usage de feux d’artifice… Mais il n’y a pas de volonté. Finalement, le raisonnement, même s’il se déguise en grande envolée verbale, reste simpliste, cruel et étrangement familier… depuis quelques siècles… toujours le même. Votre base, c’est que les malades mentaux devraient s’endurcir et faire avec. Voilà, et vous, depuis votre normalité prétendue, ne devriez pas avoir à faire des efforts pour nous.

Et les efforts que NOUS faisons pour vous alors ? Nous évitons de vous parler de nos moments les plus durs pour ne pas vous faire de peine ou ne pas ruiner l’ambiance. Nous sourions quand nous avons envie de pleurer. Nous allons vous voir dans un lieu public et bruyant car vous n’avez pas envie de venir chez nous, cela vous ennuie, ce n’est pas assez mondain. Nous nous cachons pour prendre nos médicaments pour ne pas vous mettre mal à l’aise. Nous dissimulons nos cicatrices. Nous édulcorons nos symptômes et nos traumatismes. Nous en faisont déjà beaucoup. Et le problème, c’est que plus nous vous dorlotons, plus vous en demandez. Vous voudriez que nos maladies soient plus discrètes, plus jolies. Vous voulez bien en discuter oui, pour satisfaire votre curiosité scientifique… ou voyeuse… mais pas pour nous. Pas pour nous aider. Vous voulez bien être la pour consommer notre travail, mais pas pour échanger, ni pour aider. Ça, qu’on se débrouille. Voilà votre problème à vous, psy-validistes. Persuadés de savoir, d’être éduqué, mais toujours enfermés dans de vieilles logiques cruelles et simplistes.

Je ne ferai pas dans cet article de description choquante de ce qui se passe quand on est « triggered », ça a déjà été fait, et je commence à penser que si les malades ont besoin de ces textes pour trouver des camarades et des interlocuteurs, les valides ne font que les parcourir et pour certain⋅es assouvir leur voyeurisme. Mais que ça ne les convainc pas de changer de comportement. Et c’est pour les valides que j’écris ceci, puisqu’il faut tout vous expliquer par le menu.

Mais c’est une blague !

Si vous faites des blagues là dessus, des TW ironiques, que vous sortez des « alors t’es triggered ? » à quelqu’un parce que vous vous disputez, non seulement vous n’aidez pas, mais en plus vous nous enfoncez.

Vous croyez être à contre courant ? Mais vous êtes DANS le courant. Le courant validiste, le courant psy-validiste, le courant qui dit qu’on « naka faire des efforts enfin », le courant massif qui nous pousse toujours plus loin, plus seuls et plus stigmatisés.

Pour chaque pas que nous faisons, vous nous poussez de trois pas en arrière. Vous croyez être tellement « conscient », « woke », éduqué, sensibilisé, que vous pouvez manier l’humour et l’ironie autour de ces sujets, mais vous ne réalisez même pas le mal que vous causez.

Alors reculez, écoutez, et prenez vous en à des gens qui vous causent du tord, au lieu de vous en prendre aux cibles faciles. Je sais, ce sera moins facile d’avoir l’air fort⋅e et brillant⋅e, mais que voulez vous. C’est la dure réalité.

Qui est le fou dangereux ?

« Comment lutter contre les fous si on ne sait pas comment les fous fonctionnent » Bande Annonce de Mind Hunting. Netflix 2017.

« Belgique: un quatrième meurtre pour le « bodybuilder fou » ?  » Le Nouveau Détective 31/07/2017

« Déclaré fou après son second meutre » Le Parisien 23/01/2012

On dirait que les fous vous font peur. Quels fous ? Les malades mentaux, tous ? Non, il y a des favoris : psychotiques et toxicomanes. Les dépressifs aussi parfois. Le diagnostique se publie avec la liste des chefs d’accusations et des morceaux choisis de la garde à vue. Diagnostique parfois express, en 48h, juste après l’arrestations. Parfois le verdict tombe après des années de procès. Chaque situation est unique.

Les malades mentaux qu’on ne va pas infantiliser à outrance sous prétexte de « retard du développement intellectuels », il leur faut une case. Et la case c’est « dangereux ».

Vous ne voudriez pas d’un⋅e baby sitter malade mental pour vos enfants. Si vous deviez embaucher quelqu’un vous ne voudriez pas d’une personne malade mentale. Cela je l’ai appris en travaillant avec l’Association Départementale d’Éducation à la Santé (ADES) du Rhône. Avant une intervention nous faisons passer des questionnaires à nos auditeurs. Et c’est un coup de poing à chaque fois. Voilà, je vais m’adresser à des gens qui me craignent ou me croient capable du pire. Au mieux, qui me considèrent totalement irresponsable.

Nous ne sommes pas tous enfermés et apparament cela pose problème.

Même quand on essaie de casser le mythe du fou dangereux, la psychophobie reste présente, comme dans cette vidéo du psylab https://www.youtube.com/watch?v=76NGwkOmdbE où on distingue clichés et réalités, mais en jetant les alcoliques sous le bus. Est il si difficile de comprendre que l’alcolisme est une maladie rendant dépendant à l’alcool mais qui n’implique pas forcément d’être violent à cause de l’alcool ? N’avez vous jamais rencontré une personne qui devient violente après avoir bu sans être dépendante de la boisson pour autant ? Et enfin pensez vous pouvoir reconnaître une personne alcolique au premier regard ? Non. Alors essayez de distinguer le cliché, votre perception, de la réalité. Vous ne remarquez les gens qui ont un problème d’alcool que quand ils sont violents ou agressifs. Les autres sont des « bons vivants », même si en réalité ils souffrent d’alcolisme, vous ne remarquerez rien. Alors vous croyez savoir que les alcoliques pètent les plombs alors que vous ignorez simplement la présence d’alcoliques autour de vous tant qu’ils ne vous bousculent pas dans votre confort personnel.

Et pour les autres ? Prenons les schizophrènes par exemple, dont la maladie est utilisé à outrance par les journalistes pour qualifier quelque chose d’incensé, ou expliquer un crime. Connaissez vous personnellement un ou une schizophrène ? Si non, combien de fois avez vous entendu parlez d’une personne schizophrène dans la presse de manière péjorative ? Voyez vous le problème d’équilibre que cela pose dans votre perception ? C’est parfois « bipolaire » à la place, mais avec le même mécanisme.

En parlant de bipolarité, je dois forcément mentionner le film Shutter Island avec Léonardo Dicaprio. Le film se déroule dans un hôpital psychiatrique carcéral. Un des personnages commet un double meurtre, sans motif. Puis un personnage explique que la meurtière était bipolaire. Et c’est le SEUL motif qui sera avancé pour son crime. Le tout dans un film qui pourtant donne une image humanisante des malades mentaux criminels qui sont au centre du film.

Nous pourrons éduquer et informer jusqu’à l’épuisement, mais tant que les médias majoritaires continueront ainsi, nos efforts seront des petits pas hésitants pour traverser la toundra.

Je vous donne une autre piste de réflexion. Fréquement arrivent ce que les journaux appellent des « drames conjugaux/familiaux », mais qui sont en fait des meurtres de femmes et d’enfants réalisés par un homme. Le mari, le père, tue un ou plusieurs membres de sa famille. Les motifs invoqués sont souvent la jalousie, les problèmes financiers, et la dépression. Mais à quel moment allons nous considérer la dépression comme un motif ? C’est un parti pris, mais il est avancé comme une évidence. On oublie que la dépression peut être déclenchée par le stress, et donc être le résultat des problèmes familiaux et financiers et non pas leur cause. On oublie tout ce qu’on sait pour pouvoir mieux stigmatiser. Et que dire de ces nombreux criminels déclarés dépressifs peu après leur crime ? Et bien on oublie l’état des prisons françaises qui plongerait n’importe qui dans une grande détresse psychologique. On oublie le taux de suicide en prison. Parce qu’inverser cause et conséquence fait vendre plus d’articles.

Tout ça pour quoi ? Tout ça pour occulter les réelles causes de meurtres et d’agression : la misogynie, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’appât du gain. Je trouve frappant l’exemple des meurtres conjugaux. Un fléau pour lequel on ommet de parler de profonds problèmes de sexisme dans notre société, pour à la place prétendre qu’il s’agit de dépression. J’attends encore le médecin qui indiquera la fusillade comme un symptôme.

C’est fatigant de ne pas se connaître

« Connais toi toi même », c’est de Socrate, rapporté par Platon, il me semble. « Aime toi toi même » ça je ne sais pas d’où ça sort.

Me connaître moi même, je ne sais pas si j’y arriverai un jour. Et je trouve perverse l’idée qu’il faille forcément faire preuve d’amour propre avant d’aimer les autres. Les personnes souffrant de maladies mentales sont souvent sujettes à la dépression, à des angoisses, sont très exigeantes envers elles même, ce qui n’affecte pas leur capacité à aimer autrui. Et d’ailleurs, je ne pense pas qu’il faille forcément aimer une personne pour bien se comporter avec elle, lui venir en aide. Il y a des gens pour qui je n’éprouvent aucun respect, qui représentent tout ce que je méprise dans le monde, ce n’est pas une raison pour les laisser souffrir sans faire un geste. Quel rapport avec moi ? En quoi suis-je une référence ? Ce serait odieux.

Voici un dessin que j’ai fais hier. Moi tenant un autoportrait absolument pas ressemblant, on dirait vraiment une autre personne sur le dessinJ’ai dessiné ceci avec l’intention de réaliser un autoportrait. Et c’est ce qui m’est venu sur le moment. Je connais ce visage, mais ce n’est pas celui que j’ai vu dans le miroir après avoir dessiné, ce n’est pas non plus celui que j’ai sur cette même photo.

Ce n’est pas grave. Cela m’arrive tout le temps. Je regarde dans le miroir et on me regarde en retour. Je me soucis d’événements qui ne me sont pas arrivés. Je ne reconnais plus mon nom, je ne reconnais plus mon corps, je ne reconnais plus mon odeur. Ces choses là m’arrivent parfois. Cela peut être perturbant, angoissant. Des expériences similaires sont parfois décrites par des psychiatres qui présentent alors cela comme des psychoses, des hallucinations. Dans les fictions ces choses là servent d’alibi pour faire du personnage un meurtrier ou un agresseur, c’est pratique. Ce n’est pourtant pas ce que vous croyez. Je ne vis pas cela en délirant, fiévreux⋅se, balbutiant des inepties. Je ne suis pas non plus convaincu.e d’être possédé⋅e ou d’avoir un double maléfique et je ne vais pas non plus blâmer une autre personnalité pour mes erreurs.

Je suis bien des gens et je vis dans bien des réalités, je ne vois pas pourquoi ces personnes et ces réalités devraient forcément s’exclurent. J’en ai assez que des jaloux de ne pas vivre dans un univers aussi vaste que le mien tentent de me soigner.

J’ai mal aux jambes et aucun médecin ne prend cela au sérieux. Alors soignez donc ça. Le reste je m’en charge.

Le docteur qui attend la bonne réponse.

Je me demande pourquoi les psychiatres reçoivent un paiement pour leur travail au lieu de leurs patients. Bon ok je plaisante mais je sérieuxe aussi un peu. C’est vrai que j’ai souvent l’impression d’amuser les psys, de les divertir. Croyez le ou non je ne viens pas les voir pour cela. Si eux pouvaient me faire sourire de temps en temps au lieu de me donner envie de partir vivre en ermite dans la forêt, ce serait une avancée. Au lieu de cela, à chacune des séances avec mes différents psychiatres (en libéral, en institution…), j’ai eu l’impression d’assurer mon numéro de patient⋅e pendant qu’il observait passivement, soulignant quand il est amusé. (oui, tous mes psychiatres ont été des hommes). (des hommes blancs). (des hommes blancs et riches et mariés, c’est vous dire si ils avaient peu de chance de me saisir). (enfin ou tu peux me saisir facilement si par là tu entends me découper, me mettre dans une poêle chaude et huilée, ajouter de l’oignon hâché menu, de l’aïl, du poivre, du thym et un soupçon de sel).

Au début je n’ai pas saisis la raison de cet amusement. Puis j’ai été interné⋅e de force en hôpital psychiatrique. Là tout s’est accéléré, les enjeux ont changé, car je ne suivais plus une thérapie de mon plein gré avec un médecin de mon choix (choix limité mais choix tout de même) dans le but d’améliorer ma santé, mais par obligation avec un clampin sorti de nul part qui passait par là lors de séances de dix minutes maximum. Pour ajouter au malsain : toute possibilité de sortie de cet hôpital était sous condition d’un accord du médecin, du psychiatre, autrement dit le gardien des enfers. Je ne vais pas radoter car j’ai déjà expliquer en long en large et en travers sur au moins deux article comment ça se passe en HP et pourquoi cela m’a traumatisé⋅e, blessé⋅e, énervé⋅e et poussé⋅e au bout de mes limites. Et ohlala vous le savez, vous qui me connaissez, que mes limites jouissent d’une remarquable élasticité… mais un élastique ça peut craquer aussi. Enfin, ça « pète », rien d’étonnant, la grâce n’a jamais été nelson (mon fort, hoho).

En HP les séances étaient toujours rapides. En face de moi le psy allait alors droit au but. En gros « comment ça va ? ». Voilà, si un jour vous êtes en mission d’infiltration et devez vous faire passer pour un psy, ne faites pas comme à la télé, ne faites ni tests ni tentative d’analyse : demandez comment ça va. Ensuite, patientez. Quand vous voulez des sous, dites que c’est intéressant et qu’on va s’arrêter là pour aujourd’hui, puis, si on vous questionne sur vos pratiques, expliquez que c’est normal puisque vous êtes lacanien. Après avoir maugréé que je m’emmerde, que je suis en rogne et que je veux rentrer chez moi, le psy sortait un formulaire dont je ne connaîtrai jamais le contenu et se mettait à répéter les mêmes question à chaque fin de séances. Il écrivait ou cochait en même temps, il devait s’agir d’une sorte de mémo pour voir si j’ai assez de points pour obtenir une sortie. J’ai été un⋅e cancre au départ. Il a pas sourit du tout en cochant des trucs et il m’a dit que je ne pourrais pas sortir tant que je n’aurai pas fournit d’efforts, tant que je continuerais à refuser d’avancer. Avancer dans quelle direction ? Mystère. Des efforts à quel sujet ? Je ne sais pas plus. Après je retournais à ma routine hospitalière et puis paf re coucou docteur on recommence.

Au fur et à mesure j’ai décelé ce qui lui plaisait, ce qui me faisait gagner des points. Soit il souriait, soit il me regardait. Avec le dernier psy que j’ai eu la bas, celui que j’ai le + fréquenter, qu’il me regarde était vraiment un signe. Le reste du temps il regardait ses papiers ou son écran pendant que je parlais. Alors je me suis trouvé⋅e une vocation : faire sourire le psy. Ainsi j’ai obtenu de sortir de l’hôpital, qu’on arrête enfin de s’obstiner  me prescrire de l’Abilify car personne ne semblait me croire quand j’expliquais à quel point cela me rendait malade, qu’on se décide enfin à reconnaître par écrit que oui, même pour la sécu, le trouble bipolaire étant incurable, ce serait sympa de me classer en ALD pour éviter des procédures inadaptées et ne plus dépendre de ma mutuelle pour le traitement et même, ô espoir, ô Graal, ô sagesse des célestes étoilés, du Tercian. (attention les enfants je ne dis pas que le tercian ça poutre et tout, je dis que ça me convient particulièrement bien, surtout depuis que j’ai arrêté les benzo).

Jouer le jeu… être corporate… les bonnes manière… Je déteste cela. Jouer la comédie est un art, une merveille. Le théâtre, le cinéma, les contes, les jeux de rôle : on joue la comédie pour l’art et le plaisir et pour raconter des histoires, dévoiler des idées. Mais jouer la comédie en permanence en tant que mode de vie, voilà la raison pour laquelle je suis considéré⋅e comme « asocial⋅e ». Mon évitement des groupes de gens et des sorties, ma façon de m’habiller adaptée à mes problèmes sensoriels, mon langage considéré loufoque et que je dois sans cesse surveiller et modifier pour me faire comprendre… mes gestes, mon langage non verbal, mon attitude, mes expressions et jusqu’à ma façon de me coiffer. Jouer la comédie au travail, dans la rue et même chez moi s’il y a des gens ou durant mes hobbies si ceux ci doivent impliquer la présence d’autres personne, est en grande partie ce qui a signé ma fin sociale. Je n’avais plus l’énergie et imaginer ma frustration de voir toutes mes cuillères disparaître dans ce gouffre au lieu d’être attribuées à des tâches utiles, intéressantes, enrichissantes… Mais après avoir craqué pour de bon et léché mes plaies, c’est à nouveau jouer la comédie qui m’a sorti⋅e du pétrin.

Oui docteur je vous respecte (ça va pas non on se connait pas et tu n’as jamais rien fait de respectable que je sache moi)

Oui docteur je respecte votre autorité (basée sur quoi ?)

Oui docteur les médicaments c’est super bien (tu dis ça car tu es de ceux qui ne font pas de psycho-thérapie, c’est un peu faible…)

Oui docteur l’hôpital veut mon bien (objection ! )

Oui docteur si on ne m’attache pas régulièrement je risque d’être dangereux⋅se (mais pitié arrête de dire des âneries même ton interne sait que je n’aurais jamais du être ligoté⋅e de la sorte !)

Oui docteur je viendrai vous voir au CMP (et je l’ai fais, ne prenons pas de risques).

Ah bah il a été tout content. Je ne sais pas si c’est mon QI un peu trop supérieur à la moyenne pour avoir une vie tranquille, ou mon autisme, mais j’ai trouvé cela tellement enfantin que j’ai douté que ce soit possible, je me suis dis qu’il ne pouvait pas être si bête et qu’il me piégeais. Pour tester ma bonne foi. Mais non. Ce mec a littéralement attendu que je lui donne les bonnes réponses à son formulaire que tout le monde peut deviner en peu de temps par élimination, tout bonnement. Fait plaisir au docteur, soit polie avec avec le curé et brosse toi les dents ma chérie. <3

Et puis je suis sorti⋅e et depuis je recherche un médecin à qui je puisse dire la vérité sans qu’il ne le prenne pour une attaque personnelle.

Je cherche…

 

 

Bienvenue au club !

NON ! Non, non, non et non !

Dr Cox de Scrub se tape la tête avec un bureau de rageC’est vraiment embarassant pour nous deux, arrête, s’il-te-plaît…

(là je viens de faire une longue pause juste pour regarder ce gif animé en ricanant sottement).

Oui donc je te parle à toi, le triste sire tragiquement célèbre. Celui ou celle qui, quand on parle de maladies mentales, ramène sa fraise avec une phrase type « Mais on a tous un grain de follie, nous sommes tous fous à lier, héhé ! 😉 ». L’émoticone qui fait un clin d’œil est importante, elle ajoute du potentiel énervant au personnage. Continuer la lecture de Bienvenue au club !