Archives pour la catégorie Psy-Validisme

Cette catégorie rassemble les écrits en lien avec mon activité militante, pédagogique et journalistique de lutte contre la psychophobie et le validisme.

Merde… je suis à l’HP… TW HP suicide médocs drogue alcool SH TCA

TW : hôpital, violence, humiliation, angoisse, suicide

Il est un cliché répandu que les hôpitaux psychiatriques sont des endroits où on soigne et aide les malades mentaux. Je le vois autrement. Pour moi, l’HP est un endroit où des familles enferment leurs proches qui les dérangent et où l’État range des marginaux dont il ne sait que faire.

Avec l’aide d’un complice de votre famille et d’un médecin qui veut bien donner sa signature, vous pouvez faire enfermer une personne de votre famille qui montre des signes de maladie mentale ou de neuroatypisme. C’est en votre pouvoir. Vous pourrez aussi, par là même, faire enfermer cette personne pour une durée indéterminée, lui couper l’accès aux moyens de communication, faire interdire des visites… vous pourrez même sadiquement lui donner pour tout bagage un slip et une savonnette… Continuer la lecture de Merde… je suis à l’HP… TW HP suicide médocs drogue alcool SH TCA

Liste non exhaustive des sottises entendues ou lues au sujet de mes maladies mentales et neuroatypismes et de celleux de mes proches – Contributions bienvenues

On excuse bien des choses au nom de l’ignorance… on excuse même l’oppression et les propos blessant au nom de l’ignorance. Donc pour les pauvres brebis égarées, voici une liste des sottises à ne pas dire au sujet des maladies mentales.

Pour les autres, la liste pourra toujours vous faire rire (jaune) et les contributions seront bienvenues !

Je vais tout genrer au féminin par défaut parce que j’ai envie. 🙂

Dépressions et Troubles Bipolaires (Types 1 et 2)

  • Oh tu sais, on a tous des hauts et des bas…
  • Mais mets toi un coup de pied au cul !
  • Il faut que tu sortes, voit du monde, ça te fera du bien, moi ça me fait toujours du bien !
  • Tu devrais faire du sport !
  • YOGA !
  • Tu devrais prendre un peu sur toi.
  • Il y a des gens VRAIMENT malheureux dans le monde tu sais QUI ONT DES RAISONS !
  • Caprice…
  • Ma mère connaît une femme qui fait des élixirs à bases de produits naturels qui recentrent ton chi et te délivrent des toxines…
  • Les médicaments ça résout rien tu devrais arrêter !
  • Pourquoi tu ne prends pas de médicaments ? Tu ne fais aucun effort !
  • Souris, tu seras heureuse !
  • Pourquoi tu ne fais pas des choses que tu aimes pour te sentir mieux ?
  • Le suicide, c’est de la lâcheté !
  • Si tu as des envies suicidaires il faut qu’on t’envoies à l’HP, c’est pour ton bien !
  • Mais pourquoi tu ne veux pas aller à l’HP ? Ils t’aideraient tu sais !
  • Ha bah tient tu as bonne mine aujourd’hui, tu vois que c’était rien du tout !
  • (à une personne en phase maniaque ou hypomaniaque) Tu en fais des tonnes… Tu devrais te reposer !
  • Une bonne nuit de sommeil voilà ce qu’il te faut, et ne pas dormir en journée !
  • Tu dors bien trop !
  • Tu ne dors pas assez !
  • Il te faut une bonne alimentation équilibrée, te préparer de bons petits plats.
  • Tu as grossis…
  • Comme tu as mincis, la chance !
  • Tu fais semblant, la dépression c’est une invention des paresseuses…
  • Waw, tu as eu un arrêt de travail aussi long, la chance, les vacances !

TCA (Troubles du Comportement Alimentaire)

  • YOGA !
  • Tu devrais vraiment devenir vegan vraiment c’est une cause au dessus de tout le reste tu ne devrais pas manger ce yaourt/ce poulet oh non quel monstre tu fais !
  • Tu es juste grosses car tu n’as aucune volonté…
  • Hey, mange un sandwich !
  • Boulimique, toi ? pfffrt attention whore, t’es même pas grosse
  • Anorexique, toi ? Pfffrt, attention whore, t’es même pas mince
  • Régime…
  • Mais va courir ! (à une personne dont les genoux hurlent de douleur à cause du surpoids…)
  • Si tu refuses de te nourrir, c’est ta responsabilité, tu te laisses mourir
  • Woah comme tu as minci, félicitations (oups en fait elle est anorexique)
  • Tiens je t’ai fais un gros sandwich raclette, jambon, cornichon, salami pour te requinquer ! (prépare le seau à vomis aussi ducon)
  • Un peu de volonté merde !
  • T’as bouffé tout ça ? Tu n’as pas honte ?
  • Et voilà, maintenant tu vomis, quel gachis, tu n’as pas honte?

Anxiété, phobies, agoraphobie, TAG (Trouble Anxieux généralisé)

  • Tout ça c’est dans ta tête (sans blague)
  • BOUH ! haha je déconne
  • YOGA !
  • Pourquoi tu ne fais pas cette thérapie reconnue comme très efficace (qui te coûtera seulement les 200€ par mois que tu n’as pas
  • Tu sors jamais aussi, on peux pas t’aider !
  • Nan mais vient toi, c’est loin chez toi…
  • Tu veux jamais voir personne aussi c’est ta faute
  • Plus on est de fous plus on ris ! Pourquoi je viendrais passer l’apem seule chez toi ? Viens en ville on sort avec les copines !
  • Ces cachets ça rend accro tu sais (spoiler : oui on sait)
  • Respire, respire !
  • ARRÊTE DE PANIQUER !
  • Pfff, n’importe quoi pour faire son intéressante…
  • Oh mais on peux rien dire avec toi sans que tu fondes en larmes !
  • Mais pourquoi tu peux pas te concentrer 2 minutes sur ce que tu fais ?
  • Tu devrais mieux dormir, ça aiderait ! 🙂

Autismes

  • Imbécile…
  • Comme elle est intelligente, c’est incroyable !
  • Ah, elle ne parle pas ? Je vois… donc… elle n’est pas… intelligente ? (elle n’est pas sourde hein)
  • Regarde moi dans les yeux quand je te parles c’est un minimum de respect !
  • YOGA !
  • Si tu avais un comportement NORMAL aussi les gens ne te fuiraient pas…
  • As tu essayé d’être juste normale ?
  • T’es intelligente pour une autiste
  • T’es belle pour une autiste
  • Alors tu peux genre faire des calculs super compliqués et tout comme dans Rainman ? 😮
  • Tu n’as pas d’émotions en fait, ça doit être pratique… enfin, t’es comme un robot quoi
  • Bah pourquoi t’es pas une génie si t’es autiste ?
  • Ohlala je plains les parents…
  • Beuh, tu ne peux pas être autiste, tu as des amies !

Schizophrénie, schizotypisme, troubles schizoïdes(…)

  • Heu mais heu, tu plaisantes hein ? Les schizo ce sont… des criminelles… tu sais…
  • YOGA !
  • Y a des voix qui te disent de tuer les gens ?
  • J’ai vu Fight Club 10 fois, j’m’y connais en schizophrénie !
  • *tout propos confondant la schizophrénie et le trouble de personnalités multiples*
  • On devrait les enfermer tous, elles sont dangereuses bordel un peu de bon sens !
  • J’aimerais bien être PRÉVENUE quand des schizophrènes sont dans le voisinage ! (hey pourquoi pas leur coudre une étiquette sur les vêtements aussi ce serait pratique)
  • Tu ne te contrôle pas, tu devrais être enfermée, on ne sait jamais POUR TON PROPRE BIEN HEIN
  • Pourquoi tu n’es pas à l’HP ?
  • Mais, tu as un travail ? ET UNE FAMILLE ! On t’as laissée faire !

À suivre…

 

 

Benzo pour la vie

Les Benzodiazépines sont une classe de composés chimiques que l’ont retrouve parmi des anxiolytiques, des médicaments pour atténuer l’anxiété, les attaques de paniques, les crises de manque lors d’un sevrage chez un-e alcoolique, les insomnies, et autres. Parmi les plus connus figurent le Xanax (Alprazolam), le Lexomil (Bromazépam) et le Lysanxia (Prazépam).

Concernant leur prescription, les consignes données au corps médical sont assez claires : comme ces médicaments peuvent provoquer une accoutumance, une tolérance, une addiction, voire, créer un manque lors du sevrage, ils ne doivent pas être prescrits plus de 3 à 4 semaines. Au delà, il est demandé d’utiliser un traitement de fond comme des antidépresseurs, qui sont aussi anxiolytiques, on ne les prescrit pas uniquement pour des dépressions ou une psychothérapie. Concernant les angoisses et phobies, la thérapie qui monte en ce moment est la TCC : thérapie cognitivo-comportementale.

Cependant un traitement de fond a ses propres inconvénient : le temps ! Il faut un mois à six semaines d’adaptation pour la plupart des antidépresseurs, même pour un connu pour son excellent rapport efficacité-effets secondaires, le Séroplex (Escitalopram). Pendant ce temps d’adaptation il est difficile de continuer ses activités : on est sédaté, on dort trop, on manque de concentration, on peut avoir des nausées, des tremblements, on est trop fatigué. Concernant les psychothérapies et les TCC, en attendant qu’elles fassent effet, il peut se passer des mois durant lesquels on subit sa maladie/ses symptômes de plein fouet ! Difficile aussi de reprendre ses activités habituelles alors qu’on ne va pas mieux.

J’en viens donc au problème social qui se pose et qui cause les mauvaises prescriptions et les mauvais suivis : le travail. Parce qu’en arrêt de travail, la plupart d’entre nous verrons nos revenus divisés par deux. Parce que si on n’a pas de CDI cela peut aussi signifier qu’on va perdre son emploi et qu’on a pas forcément assez d’heures pour toucher une allocation chômage correcte. Il peut aussi s’agir des convictions politiques de votre médecin qui déteste donner des arrêt de travail long et veut vous remettre au turbin aussi vite que possible « pour votre bien ». Que cette volonté vienne du médecin ou du patient, dans le deuxième cas volonté biaisée par la nécessité (la pauvreté, la précarité…), il s’avère que les benzodiazépines sont prescrits sur plusieurs mois, plusieurs années, comme si de rien n’était. Il s’agit d’un phénomène d’une grande banalité en France, d’autant plus que ces médicaments sont plutôt bien remboursés, en tout cas, mieux que les anti-dépresseurs et les psychiatres secteur 2 (les seuls qui ont encore de la place pour un R.D.V. avant l’année prochaine) ou les psychologues !

Je suis accro au Prazépam. Et quand j’ai l’occasion de discuter avec des patients ayant des pathologies similaires aux miennes, une sur deux est accro à un Benzodiazépine.

La CPAM (caisse maladie de la Sécurité Sociale) finance donc la plongée dans une addiction de patients qui pourraient bénéficier d’un traitement moins risqué et plus efficace. Pour quelle raison  ? POUR QU’ILS/ELLES TRAVAILLENT !

S’il était envisageable de faire une longue pause dans sa carrière pour se dédier à sa santé, sans que cela nous plonge dans une grande pauvreté, beaucoup d’entre nous pourrions guérir, aller mieux, pouvoir reprendre le travail, peut-être simplement à mi-temps. Ou alors peut-être que le thérapeute pourrait déceler que notre travail cause nos symptômes et que nous pourrions bénéficier de formations pour avoir un emploi plus adapté. Mais tout cela, ce sont des plans sains et sur le long terme. Et je pense que dans notre société, le plan est malsain et consiste simplement à nous faire turbiner et culpabiliser de ne jamais assez bosser.

J’ai tenu deux ans au travail en cumulant le Prazépam et l’alcool (j’ai l’alcool doux, ça me calme, je n’ai pas l’air ivre) et puis comme vous pouvez le deviner il ne s’agit pas d’une solution très saine, alors j’ai finis par péter un câble. Violemment. J’ai été internée de force en hôpital psychiatrique où j’ai eu tout le loisir de constater leur manque cruel de moyens (comparé aux cliniques, mais là il vous faut une bonne mutuelle, donc un job ou du pognon, serpent qui se mort la queue etc).

Des comme moi il y en a des milliers.

Alors je rêve d’une société :

  • où se soigner n’est pas un luxe réservé aux personnes pouvant se faire entretenir par leurs proches;
  • où la santé des prolétaires et des pauvres et des plus démunis passe avant le besoin totalement inventé de travailler toujours plus;
  • où les maladies mentales sont traitées comme les autres maladies, qu’on les considère avec sérieux, qu’on cesse de nier leur existence ou de prétendre que « tout le monde l’a, on fait avec, on a des hauts et des bas »;
  • où les malades mentaux ne sont plus stigmatisés, qualifiés de simple paresseux ou de criminel en devenir;
  • où les handicapés ont des solutions pour vivre en autonomie et au dessus du seuil de pauvreté;
  • où la COTOREP a les moyens nécessaires pour traiter rapidement les nouveaux dossiers car les besoins liés au handicap, y compris au handicap mental, sont urgents !

 

Quelques mots sur l’intersexuation (IS)

Récemment un article de qualité est paru sur le sujet.  Un article bien préparé, d’ailleurs l’association où je suis bénévole, Orféo, a été contactée entre autres. logo d'orféo

Il est long certes, mais c’est normal quand on veut parler sans raccourcis d’un sujet aussi méconnu. Je vous invite vivement à le lire avant de continuer la lecture de mon billet.

Je me permets un petit résumé de ce qu’est l’intersexuation. Sachez que vous trouverez moult détails et bilbiographie sur le site d’Orféo indiqué plus haut.

On appelle intersexuée une personne naissant avec une ambiguité sexuelle physique, ou en développant une naturellement au cours de sa vie. Il ne s’agit pas de transexualité, ni de maladie. La plupart des cas sont inoffensifs, la santé n’en souffre pas. On ne dit plus ‘ hermaphrodite ‘ car non seulement le terme renvoi à une image inexacte (l’IS n’a pas 2 séries complètes d’organes sexuels, mâle et femelle, mais une partie des 2) mais aussi car ‘ hermaphrodite ‘ renvoie à certains phantasmes qui n’ont pas leur place quand on veut prendre soin des gens avec respect.

drapeau des ISOrféo dont je fais partie a plusieurs luttes aujourd’hui.

  1. Informer les personnes IS, leurs proches, leurs familles, car l’information sur le sujet est aussi urgente à trouver qu’elle est rare.
  2. Lutter contre les opérations systématiques sur les nourrissons et enfants en bas-âge qui trop souvent imposent à l’individu un sexe définitif qui finalement n’aurait pas du être le sien. En intervenant trop tôt, on méprise le fait que l’enfant deviendra un individu qui saura mieux que quiconque s’il est homme ou femme, s’il veut modifier son corps afin d’affirmer physiquement la distinction ou s’il préfère vivre avec cette ambiguïté.
  3. Lutter contre le tabou.

J’insiste sur ce point car à mes yeux, c’est la source de tous les problèmes rencontrés par les IS. La source des opérations maladroite ou des traitements pris sans réelle information de leur contenu par des ados à qui ont va faire croire qu’il s’agit de vitamines (je n’exagère pas). Du fait que certains ne seront jamais informés de leur état, leur famille et un médecin gérant tout à leur place sans leur demander comment ils se sentent ou alors sans en tenir compte. Du fait qu’il y a eu et peut-être y a t il encore en ce moment des opérations réalisées dans le secret, sans indication sur le dossier médical, ou des actes de naissance tachés et raturés d’une étrange façon. Le tabou entraine aussi la désinformation.

Le problème du manque d’information, c’est qu’en France une opération ou un traitement, sauf urgence vitale, ne doit être administré qu’avec le consentement éclairé du patient ou, s’il ne peut s’exprimer, d’un proche. C’est joli sur le papier mais cela devient une vaste blague lorsque les patients, proches, et même les médecins sont mal ou pas informés. Première illustration : je me suis baladé dans des services néo-nat’ où mes brochures explicatives ont été accueillies avec joie, la responsable s’étant retrouvée très embêtée face à 2 familles alors que son personnel avait du mal à comprendre de quoi il retournait. Dans d’autres établissement cela a été pris comme une bizarrerie, une sorte de militantisme ou encore de l’ingérance, j’avais alors en face une personne fermée qui répétait ‘ ça n’existe pas ou alors c’est rarissime on sait comment réagir ‘. Ah bon ? Deuxième illustration : entendre un gynécologue expérimenté me poser des questions sur le syndrome de Turner, tout heureux de rencontrer quelqu’un d’une association reconnue par l’OII (Organisation Internationale des Intersexués). Lui, médecin spécialiste du sexe ME questionnait, jeune étudiante en politologie, sur un syndrome qu’il devrait connaitre. Et oui il venait de recevoir une personne le présentant et avouait ne pas savoir que lui conseiller et que faire. Et au fil des demi-journées d’information, on en rencontre de + en +, des médecins qui s’avouent pas ou trop peu formés sur ce sujet. Il y a aussi ceux qui me chuchotent en vérifiant que les murs n’aient pas d’oreilles qu’ils aimeraient débattre plus amplement de la question afin de réfléchir aux pratiques à avoir ou pas, mais que certains dans la hiérarchie le prennent mal, sont ‘ de la vieille école ‘.

Nous avons donc le problème suivant : une question sanitaire insoluble du fait d’un tabou qui tient plus de la tradition que de la raison. Des médecins qui se sentent impuissants, d’autres qui ont peur de soulever le problème devant leurs collègues, des familles livrées à elle même ou alors à l’opinion toute personnelle et ne reposant que sur la petite théorie toute personnelle du médecin sur lequel le hasard les aura fait tomber. L’expérience auprès des familles, et notamment une mère ayant eu l’idée de consulter plusieurs médecins différents dans la même courte période, me pousse à bel et bien parler de hasard. On place l’identité et le bien être d’individus au petit hasard la chance. Alors que seul l’écoute et le suivi sur le long terme peuvent apporter une solution bénéfique au/à la premier/ère concerné-e.