Une lettre qui j’espère sera lue par la petite mama Noëlle

Chère mama Noëlle

 

Je ne fais pas souvent appel à tes services. Je suis plutôt débrouillarde dans la vie tu ne trouves pas ? Cette année, j’ai même pu me payer une Nintendo 3DS et j’ai presque pas vendu ma cul pour l’avoir. Y a pas à tortiller du cul pour chier droit : je gère !

 

Quand j’étais petite, au coin du radiateur, mes grands-parents nous contaient une drôle d’histoire, au sujet d’une créature légendaire : le CDI. Croyant à d’éternelles fadaises d’adultes qui se la racontent devant des enfants naïfs, j’ai longtemps cru que jamais je n’obtiendrais une chose pareille. Mais cet été : ça alors ! J’ai signé un CDI de mes propres mains.

 

Il ne me reste plus qu’à obtenir un pavillon en lotissement résidentiel, un adorable labrador et un mariage fertile pour gagner ce que les vrais adultes, responsables et tout, appellent le « bonheur ». Et là je vais avoir besoin d’un petit coup de main.

 

Pas pour le pavillon, je préférerais une maison en pierre au milieu de la forêt avec plein de neige et de hiboux et de coucous et de hiboux et de coucous et de hiboux et coucouhiboucoucouhiboucoucou♪ … Avec un poêle à bois et un gros fauteuil moelleux et une bibliothèque géante… et l’accès à internet en haut débit bien entendu.

 

Pas pour le labrador, j’ai déjà mes chats : Sudo et Raghnarok. Sudo est un peu neuneu et Raghnarok a tout le temps l’air grognon, mais ce sont de super chats ! Lundi dernier, y en a même un qui a pissé sur ma couette, qu’est-ce qu’on s’est marré ! Alors comme ils ont eux aussi le sens de l’humour, je les aient oublié sous la douche, ils ne m’en ont probablement pas voulu.

 

Pas pour la fertilité non plus, je crains que si mon génome se répande, la planète soit foutue pour de bon !

 

Par contre, pour la vie conjugale, j’aurais besoin d’un sacré coup de pouce !

 

Vois-tu mama Noëlle je suis bisexuelle ou comme disent certains « à voile et à vapeur ». Mais depuis quelques temps, les messieurs me semblent bien fades je dois le reconnaître.

 

Alors je voudrais une petite copine, une petite chérie, une amie amante amoureuse, une moitié, ou un tiers, ou un quart. Une nana qui me laissera gaga. Je ne suis pas compliquée, mama Noëlle, mon cahier des charges sera succin et raisonnable.

  • Il faudrait qu’elle soit rousse, ou bien blonde, ou bien châtain, ou bien brune, et si elle a une couleur fantaisie, ça me convient aussi. J’aime bien les cheveux moi dans la vie, si elle n’a pas de cheveux ce n’est pas grave, je tresserai ses poils aux aisselles, ce sera rigolo;
  • Qu’elle me fasse des gratins de patates quand je suis triste, car les patates, c’est très important, il faut en saisir toute l’ampleur. Quand je ne serai pas triste, je lui ferai des gratins de patates, comme ça nous vivrons heureuses et nous mangerons beaucoup de gratins de patates. Les patates rissolées ça compte aussi;
  • Qu’elle soit OK pour que je mette des paillettes un peu partout jusqu’à arriver à chier argenté. Ça aura un succès fou à la foire, on deviendra riches;
  • Qu’elle aime les livres, au point de tolérer l’encombrement de ma collection de romans, essais, bandes-dessinées, revues, journaux, prospectus, nouvelles et cahiers. Se servir de piles de livres comme de meubles me semble tout à fait banal, alors prépare la psychologiquement;
  • Que ça ne lui fasse pas peur quand je la regarde fixement tel le chat en plein baston de regard, c’est un signe d’affection chez moi;
  • Qu’elle veuille bien me gratter entre les oreilles et sous le menton et me frotter le bidon;
  • Qu’elle veuille bien faire de même avec mes chats;
  • Si en plus elle a aussi des chats, ce sera trop chouette;
  • Qu’elle soit d’accord pour qu’on joue en secrètement en alliance à Risk pour enfin régner sur le monde et épater nos ami-es;
  • Qu’elle m’aide à passer les missions difficiles sur les Final Fantasy;
  • Qu’elle échange des Pokémons avec moi;
  • Qu’elle ne soit pas du genre à mettre un Aspicot niveau 2 sur la plate-forme d’échanges miracles, je ne fréquente pas ce genre de personnes;
  • Qu’elle promette de ne jamais, jamais, jeter sa bague de fiançailles, si je lui en donne une un jour, dans le feu de la Montagne du Destin;
  • Qu’elle partage mon ambition d’un jour chevaucher un Hippogriffe;
  • Qu’elle soit d’accord pour ponctuellement considérer un gâteau au chocolat comme un repas complet;
  • Qu’on s’écrive des lettres d’amour avec des pâtes alphabet;
  • Qu’elle soit en petite tenue le matin au réveil, ça m’aide à ouvrir les yeux;
  • Qu’on fasse des forts en couvertures et coussins;
  • Qu’elle préfère les bonbons rouges et roses, parce que moi je préfère les jaunes et les verts, comme ça on pourra manger des bonbons en équipe soudée;
  • Qu’elle apprécie les batailles de boule de neige;
  • Si elle n’apprécie pas les batailles de galets sur la plage de Banyuls/mer, je comprendrai tout à fait, c’est une tradition familiale obscure et je ne voudrais obliger personne;
  • Qu’elle n’ai pas trop peur de mon papa, en vrai il ne mord pas, il est très gentil, et il fait vachement bien les gâteaux;
  • Qu’elle soit super impressionnée par mes talents inutiles, comme monter les blancs en neige à la main(en effet chez moi on n’a pas le droit d’utiliser un batteur électrique avant sa majorité), ou plier mes doigts à l’envers, ou parler japonais dans mon sommeil alors que je ne sais pas parler japonais.

 

Tu sais quoi mama Noëlle ? Cette histoire de liste, finalement, c’est surtout pour plaisanter et faire un peu ma pénible. Mais en vrai, j’voudrais juste une chérie tendre, bienveillante, qui aie vraiment envie qu’on fasse un bout de chemin ensemble. Une qui préfère réparer à jeter, si tu vois ce que je veux dire. Mais tu le sais très bien, hein, mama Noëlle, papa Noël et toi avez plein d’XP en vie de couple depuis le temps ! Enfin, je dis « couple », moi, si on est plus que deux, ça me convient très bien.
Au fait, comment va votre fille ?

Bisous,

 

Biaise.

 

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Le privilège bourgeois

Je viens de retoucher cette article, pour étudier le privilège bourgeois sous plusieurs axes. Ce sera plus pertinent.

Je continue de prendre en compte les suggestions, merci de les poster en commentaire, car sur twitter, ce sera noyé dans les discussions et je finirai par oublier.

Note accessibilité : si on utilise le clavier pour naviguer sur le blog, après avoir répondu au quizz pour poster un commentaire, on revient au titre, et il faut alors retabuler pour atteindre le champ d’écriture. Je suis vraiment désolée, mais je ne peux pas enlever le quizz pour l’instant et je ne sais pas comment le réparer.

Les nouvelles rencontres sont chose commune pour une jeune citadine. Le travail, les associations, les réseaux sociaux, les sorties m’amènent vers de nouvelles personnes sans arrêt. Bien souvent, ces personnes sont d’une classe sociale supérieure à la mienne, ou alors issues d’une classe sociale supérieure à celle d’où je viens. L’origine est aussi importante car beaucoup se reposent sur les revenus, patrimoines et réseaux de leur parents toute leur vie, même si eux mêmes semblent vivre modestement.

J’ai subi bien des déconvenues à cause de ce fossé qui se présente de manière quotidienne, et que je m’efforce d’enjamber. Mais mon interlocuteur-ice n’a même pas conscience de ce fossé avant que je le mentionne. Premier privilège… celui de ne pas en avoir conscience.

J’ai été extrêmement déçue, dans des milieux militants variés, de voir ramper un mépris de classe à m’en donner la nausée. Puis de constater que j’étais tout bonnement la seule prolétaire présente. Y en avait bien qui en avaient l’air, mais en fait non, c’est juste qu’ils se trouvent cools habillés comme ça. C’est la mode bon, ah bah bon. Y en avait aussi qui avaient de grands projets de retour à la nature en parlant de vivre à la dure par soucis écologiques, mais à 25 ans ils étaient propriétaires d’un terrain vaste, plat et fertile, voire, d’une maison. Donc ce n’est pas du tout la même chose que de naître la dedans, sans être propriétaire de ses terres, ou en devenant enfin proprio à 5 ans de la retraite, de subir son statut sa location géographique, de subir le travail qu’impose la terre pour tenter de gagner sa vie avec, de n’avoir aucun plan de secours si la récolte est mauvaise ou que les animaux tombent malades. Ah, à ce sujet, si vous crachez sur les fermiers en les traitant de crétins parce qu’ils tuent des animaux pour vivre, vérifiez vos privilèges, car le  besoin de tuer des animaux pour vivre ne s’est pas éteins au Moyen-Âge, merci.

Mais je me perds en digression… Je vais établir une liste de privilèges bourgeois. Les commentaires sont là pour la questionner ou la compléter. N’ayez pas peur de poser des « questions idiotes », je sais que vérifier ses privilèges n’est pas un exercice aisé. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas me faire des « bourgeois tears » ;)

À bien noter : si vous possédez TOUS ces privilèges, vous êtes quand même un sacré veinard, la plupart des gens ne se retrouveront que dans une partie. Cela dépendra de cotre CSP et de celle de vos parents mais aussi parfois de votre âge. Si vous me dites « oui mais moi celui là je l’ai pas hein », je vous crois ! Mais en avoir une bonne partie fait de vous une personne privilégiée. Imaginez juste votre vie sans, et vous réaliserez.

Axe financier

Ici il s’agira tout bonnement de revenus et de patrimoine, de ce qu’ils apportent. Bien entendu il existe une multitude de nuances entre pauvre et ultra riche.

  • Le privilège de ne jamais avoir vécu sous le seuil de pauvreté
  • Le privilège de ne même savoir ce que c’est, au juste, « le seuil de pauvreté »
  • Le privilège d’avoir eu des professeurs particuliers en cas de difficultés scolaires, ou pour s’améliorer encore
  • Le privilège de ne pas avoir choisis ses études en fonction de leur coût
  • Le privilège d’avoir travaillé uniquement pour son argent de poche durant ses études, voire, ne pas avoir travaillé du tout (les stages faisant parti du cursus ne comptent pas)
  • Le privilège ne pas s’être demandé, en voyant qu’un stage obligatoire non rémunéré ou  à 300€/mois était nécessaire : « et merde, je vais devoir lâcher mon job pour ça, et de quoi je vais vivre ? Je peux pas valider cette année mais je peux pas non plus me taper le luxe d’un stage ! »
  • Le privilège de ne pas avoir annulé des sorties juste à cause de leur coût, même s’il ne s’agissait que de se retrouver dans un café
  • Le privilège d’être allé régulièrement au café et au restaurant avec sa famille étant jeune, et d’avoir considéré cela comme normal
  • Le privilège de ne pas te sentir coupable quand tu dépenses de l’argent pour ton plaisir
  • Le privilège de manger dehors, de payer des gens pour cuisiner pour toi, de façon régulière (bien sûr la fréquence varie, les plus pauvres nageront entre « jamais » et « deux fois par an », pour ma part, j’ai carrément arrêté d’aller à la cafet de mon lycée car elle était trop chère, donc j’apportais mon sandwich, avec lequel je n’étais pas bienvenue au réfectoire avec les autres élèves)
  • Le privilège d’être propriétaire de son logement
  • Le privilège de pouvoir posséder plusieurs logements
  • Le supra privilège de posséder plusieurs logements, et de ne pas les louer par flemme, ou en attendant que les prix montent, ou parce que « c’est pour les vacances »
  • Le privilège de pouvoir envisager de retourner vivre chez ses parents mais sans travailler, sans leur payer quoique ce soit, sans aider financièrement, mais en se faisant entretenir
  • Le privilège, études ou pas, d’être entretenu, complétement ou partiellement, par ces parents après la majorité (oui je sais « selon la loi blablabla » et bien cette loi est intenable pour bien des familles, et porter plainte contre tes parents ne les aidera pas à trouver de l’argent à la fin d’un arc-en-ciel)
  • Le privilège de ne jamais avoir envisagé de sauter une douche par économie
  • Le privilège de choisir tes vêtements en fonction de tes goûts personnels
  • Le privilège de choisir tes aliments en fonction de tes goûts personnels
  • Le privilège de pouvoir dire « oh c’est un peu cher, mais c’est un investissement, ça vaut le coup » sans imaginer que la personne n’a jamais eu une telle somme à dépenser à ce sujet
  • Le privilège de pouvoir dire « il faut savoir ce qu’on veut, et rogner sur autre chose pour se le payer si besoin », sans imaginer que certains n’ont plus rien sur quoi rogner, à part la bouffe, le logement et l’hygiène, ou, le cas échéant, le bien-être des enfants
  • Le privilège d’avoir un jour envisagé que les pauvres, ils n’ont qu’à ne pas faire d’enfants
  • Le privilège de croire sincèrement qu’un gosse coûte moins chez que ce que rapportent l’allocation
  • Le privilège de n’apprendre le coût de la vie que le jour où tu deviens indépendant
  • Le privilège d’avoir eu toutes les consoles que tu voulais quand tu étais petit et clamer que ceux qui ne les ont pas connues « ce sont pas des vrais »
  • Le privilège de croire que les pauvres sont une minorité (oué oué, y en a, j’étais impressionnée par tant de naïveté)
  • Le privilège de croire qu’à 2000€ par mois net, on a un salaire modeste (coucou, c’est largement au dessus du salaire médian)
  • Le privilège de considérer que la solidarité, ça ne sert à rien d’autre qu’à vous vider les poches
  • Le privilège de pouvoir faire des cadeaux à des gens non-strictement ami-e-s (pour les influencer, leur faire passer un message par exempel via un livre qui fait autorité)
  • Le privilège de ne presque pas connaître la solitude (c’est plus facile d’avoir des ami-e-s quand on peut se payer des sorties…)
  • Le privilège de ne pas devoir vérifier son compte en banque avant d’aller faire des courses (au cas où un imprévu est arrivué, ou un oubli type un chèque encaissé des mois plus tard)
  • Le privilège d’avoir été emmené en vancance par ses parents, tous les ans, à l’étranger. Ou d’avoir été emmener en vacances tout cours, pendant son enfance. Que les vacances ne se résument pas à « aller chez tatie/tonton » ou « aller mes grands parents » en croisant les doigts pour qu’ils habitent dans un endroit cool, d’avoir aussi connu des colonies, des camps de vacances avec plein d’activités avec des gens de ton âge
  • Le privilège d’avoir pu payer pour les voyages scolaires, d’avoir trouvé que les activités tombola/gâteau pour baisser le coût du voyage ça servait à rien, de pas t’être senti minable, à deux dans la salle de classe à faire des révisions, pendant que les autres sont partis
  • le privilège de ne pas avoir angoissé à chaque retour de vacances de Noël en te demandant quels cadeaux tu allais inventer quand on te demanderait ce que tu as eu, toi, pour Noël
  • Le privilège d’avoir pu passer le week end à faire des trucs cools avec tes parents car, ils pouvaient se permettre de pas travailler le week end
  • le privilège d’être allé au ski en famille (ou même entre potes) sans avoir l’impression qu’en une journée tu claquais ton budget vacances de l’année
  • Privilège d’aimer le sport, en tant qu’adulte, d’avoir encore besoin de sport, d’être encore en état d’en pratiquer car ton travail ne détruit pas ton corps, avoir du temps et de l’argent pour cela
  • Le privilège de choisir ce que tu veux au restau, en disant qu’on s’en fout du prix, et dire qu’on va diviser l’addition en part égale sans réaliser que dans le groupe y en a un qui a presque rien bouffé pour économiser

 

Axe culturel

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas bourgeois qu’on n’a pas accès à la culture, mais encore faut il savoir… c’est quoi LA culture ? En tout cas, celle qui vous aidera dans la vie, à l’école, au travail, ce sera la culture « académique », la culture qui est prônée à l’école. Ce ne sera pas l’art de préparer la terre à la culture du potiron, ni les techniques de manutention en usine, ni la bonne manière de mettre l’ambiance à un apéro-pétanque, ni tout savoir sur Jonnhy Halliday. Ce sera plutôt avoir lu les bons livres des grands auteurs, aimer la musque classique et l’opéra, avoir pris latin dès le collège, faire du tennis et non pas du foot, etc. LA culture qui aide à se hisser vers les classes sociales supérieures. Celle qu’on vous présente comme LA culture à l’école et dont peut-être vous avez vu exclues bien des choses que vous trouviez pourtant intéressantes.

  • Le privilège ne pas avoir conscience de son privilège
  • Le privilège d’avoir reçu une éducation familiale en accord avec celle de l’école, ne pas avoir eu à te justifier de vouloir absolument un livre alors que t’en a déjà eu un à Noël, ne pas avoir à insister sur l’utilité de l’école et ta nécessité de continuer après
  • Le privilège d’avoir pu attendre de ses parents qu’ils corrigent tes devoirs, t’aident à les faire, relisent tes dissertations et sachent comment les améliorer, jusqu’au bac, voire, même, qu’ils puissent relire tes devoirs et mémoires pendant tes études, les comprennent et puissent te conseiller
  • Le privilège de ne pas avoir été traité-e de plouc, de bouseux, de crétin, ou d’illettré à cause d’une référence culturelle qui t’es chère et/ou est chère à ta famille.
  • Le privilège de ne pas avoir à grincer des dents en entendant tout ton groupe « d’amis » faire du mépris de classe, et insulter au passage toi et tes proches sans même le réaliser
  • Le privilège de ne pas voir ton niveau de vie et/ou ta profession considérés comme une menace, là où on atterrit quand on n’a pas bien travaillé à l’école (exemple: chez les caissier-ères c’est super courant, les parents qui sortent « tu vois où tu vas finir si tu ne travailles pas bien à l’école ?  » devant tout le monde.)
  • Le privilège de croire encore à l’âge adulte qu’il suffit de bien travailler à l’école pour réussir. Les enfants de prolo y croient parfois car leurs parents veulent les en convaincre, pour les motiver, et puis le temps fait son œuvre…
  • Le privilège de crier à la haine de classe quand une personne pauvre remarque que vous êtes aisé et qu’il se trouve que vous ne l’assumez pas
  • Le privilège de crier à la haine de classe quand vous devenez oppressants et qu’on vous réplique que vous êtes en train de faire du tord à quelqu’un, de causer de la peine
  • Le privilège de ne sincèrement pas comprendre pourquoi s’exprimer uniquement en anglais dans un travail collaboratif comprenant surtout des français est excluant, et de considérer que les autres n’ont qu’à apprendre / le privilège de trouver que traduire des documents, c’est une perte de temps
  • Le privilège d’avoir reçu des conseils d’orientations avisés de personnes de ta famille
  • Le privilège de considérer que la ruralité, c’est juste une minorité, de trouver principalement des référence à la vie citadine dans les fictions, de voir les politiciens s’intéresser principalement aux problèmes des citadins, et de ne pas équarquiller les yeux en en entendant un clamer que de nos jour on peut se passer de voiture
  • Le privilège de ne pas voir ta culture considérée comme de la sottise, réservée aux imbéciles
  • Le privilège de ne pas avoir su avant l’université qu’il y a d’autres classes, d’autres milieux
  • Le privilège de se sentir globalement représenté par la culture académique, de t’y retrouver, de te sentir valorisé à travers elle
  • Le privilège de lire Germinal sans te dire « ça aurait été ma place il y a un siècle »
  • Le privilège de faire partie de ceux qui rigolent quand le prof d’éco parle de cette théorie selon laquelle il faut liquider les pauvres pour avoir une bonne économie
  • Privilège de connaître le solfège, de savoir jouer d’un instrument. Instrument susceptible d’être encombrant genre piano ou harpe.
  • Privilège d’avoir été orienté vers les bons sports et les bonnes activités extra-scolaires quand tu étais enfant, celles valorisantes

À continuer…

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Mon super privilège féminin au travail ou Comment mon cul ne m’a pas obtenu des postes

Quand on leurs parle de féminisme, les profanes pensent aux inégalités salariales et aux violences conjugales. Le second sujet étant glissant à aborder, mettant bien des mecs mal à l’aise, les profanes se mettront généralement à me parler du travail en relativisant, en m’expliquant que je dois prendre de la hauteur, du recul, etc (on en recule jamais assez pour ses oppresseurs, et c’est toujours eux qui sont plus haut), car j’aurais des tas d’avantages, étant une femme.

Ha.

Alors je lui demande de développer, et, même pas gêné, il m’explique que je peux jouer de mes charmes pour obtenir un poste/ une augmentation/ une promotion. Même qu’il le sait, hein, parce qu’un ami de son cousin, dans sa boite, et bin y a une employée qui a eu une promotion, et qu’il y a des rumeurs. Bon, s’il y a des rumeurs hein, on n’a plus qu’à s’incliner…

Je suis une femme. Déjà ça part mal. Je suis née dans un milieu populaire, mes parents et une écrasante majorité de ma famille sont prolétaires. Zut. Alors il se trouve que bien que j’ai tenté de suivre des étude, je travaille depuis mes 17 ans. Et mes jobs, il a fallu que j’aille les chercher, et que j’en accepte des pas confortables. Bah oui, pas de piston pour un petit travail de bureau tranquille dans la boite d’un proche, pas non plus de parent fonctionnaire pour me réserver une place dans une des mairies où j’ai tenté le coup pour des postes saisonniers. J’ai commencé en faisant caissière à Carrefour comme maman et avec une peur bleue de rester à ce poste.

Le journaliste

La première fois que ma féminité et mes attraits auraient pu m’obtenir un job, intéressant de surcroît, je dois vous avouer que je ne m’y attendais pas du tout. Pour commencer,je venais d’avoir 18 ans (♪ Et j’étais laide comme une enfant, forte comme une darooooonne ♫) et ne m’étais pas encore bien habituée à ce que des trentenaires me considèrent comme une adulte, une vraie, qui sait faire cracboumhue.

Je déjeunais seule au Resto U, bondé comme d’habitude, entre deux cours, pressée. Un homme plus âgé m’a demandé s’il pouvait rejoindre ma table. OK. Il a beaucoup causé. Il était en doctorat, il s’appelait Jean. Il avait des tas de choses à me dire, il m’a beaucoup parlé de son magasine, un petit mensuel spécialisé qu’il avait monté. À l’époque, je me destinais au journalisme, donc je buvais ses paroles. Comme je dois filer, on échange nos numéros, car il voudrais voir ce que j’écris. En effet je publiais déjà pour un gratuit associatif. Aaah ma naïveté… J’ai vraiment cru un instant, que moi la prolo, parce que je faisais une rencontre heureuse au resto U, j’allais avoir ma chance dans un vrai journal. J’en ris encore.

Il m’a appelée, il n’a pas parlé boulot. Il voulait qu’on se rencontre, qu’on sorte, m’emmener en voiture, aller au cinéma… Il ne parlait plus de journalisme depuis qu’il avait mon numéro. J’ai finis par comprendre et j’ai poliment expliqué que je ne voulais pas d’une relation de couple avec lui, que s’il voulait embaucher pour sa revue j’étais là, mais pas plus. Il a réagit comme si j’avais rompu. Pendant 3 jours j’ai vu une voiture stationner devant mon immeuble, une silhouette attendant immobile à l’intérieur : la sienne. Parfois un mot, parfois des chocolats, posés devant ma porte, alors qu’il n’avait pas le code de l’immeuble.

J’ai commencé à avoir peur. Vraiment. Je n’étais jamais sortie avec lui, ne l’avais jamais touché bien que lui avait essayé de me toucher, m’avait mis sur la cuisse une main que j’avais vivement repoussée. Il m’a suivie et appelée pendant encore une dizaine de jours qui m’ont paru une éternité. Il était plus âgé, je ne le connaissais pas, je venais de la campagne, il me suivait chez moi, il attendait devant chez moi : imaginez comment je me sentais. J’ai longtemps hésité à appeler la police. Peut-être aurais-je du… Bref, je ne devins pas journaliste. Et pourtant, mon cul lui plaisait. Y a que dans les films que le vieil employeur bedonnant embauche la bimbo pour le plaisir des yeux sans rien demander en échange.

Le misogyne

J’ai grandis, j’ai commencé à oublier cette histoire sordide. J’ai vécu d’autres situations sexistes mais pas aussi graves. Entre temps je m’étais lancée dans le support et la maintenance informatique et j’aimais ça. Quand j’ai du interrompre mes études fautes de moyens, j’ai cherché partout du boulot dans ce domaine. J’avais plein d’expérience professionnelles pour mon âge. Au détour d’un chan IRC, un gus rouspète qu’ils ont besoin d’un nouveau dans leur équipe rapidement. Équipe de quoi ? Hotline et maintenance. Chic ! On cause, il appelle son chef d’équipe, j’envoies mon CV avec une belle lettre, il me convoque en entretien. L’entretien se fait devant toute l’équipe. L’endroit me plaît, les collègues sont agréables. Dans le support, tu bosses rarement deux fois sur les mêmes programmes. Du coup ils m’ont montré leur périmètre et m’ont posé deux tickets que j’ai tenté de résoudre avec ce que je savais. Ma démarche était bonne, il ne me manquait qu’une petite formation par leurs soins. Plus tard, j’apprends que j’ai mes chances, mais qu’ils doivent valider ma candidature auprès du directeur.

Le temps passe. Je relance, on me demande de patienter, que le directeur n’a pas encore regardé mon CV. L’échéance approche, on est vendredi et ils ont besoin de quelqu’un pour lundi. Emmerdé, c’est finalement le gars d’IRC qui vient m’expliquer. Le boss en avait rien à foutre de mon CV, il avait déjà pris sa décision. En voyant mon prénom. Mon prénom féminin. Il aurait déclaré «Je le sens pas». En effet cet homme là est misogyne, tout le monde le sais dans le service. Il a toujours clamé qu’il ne voulait pas de femme dans son service, cependant ses subordonnés avaient espéré qu’il serait plus raisonnable… raté.

Je vais resituer les choses : il n’a pas lu mon CV, il n’a pas lu ma lettre, il n’a pas assisté à mon entretien et à mes essais. Il a juste compris que j’étais une femme et déclaré «je ne le sens pas». Rien à foutre de ma dignité, des droits humains, de l’égalité, monsieur a ses principes. Rien à foutre du travail de recrutement effectué par ses collègues (alors qu’il aurait du le faire lui même). Ah ça ! Ça se savait hein ! Monsieur machin il n’aime pas les femmes au travail, voilà. C’est un directeur alors on ne dit rien, on ne remet pas en cause, on fait comme si c’était pas grave, limite comique ! Jusqu’au jour où il cause une discrimination à l’embauche. Trop tard pour le remettre en cause. J’étais en recherche d’emploi mais je n’avais pas de droit au chômage (aaah, les études…), je n’avais pas de revenu, il me fallait un job rapidement, je n’ai pas pris le temps de porter plainte. Allez savoir pourquoi, un sentiment écrasant m’envahissait, me disait «de toute façon tu ne peux rien contre lui». J’apprendrai plus tard qu’on appelle ce sentiment : oppression.

Deux histoires courtes

Je rentrais tout juste d’Argentine, endettée bien sûr, le moment où j’ai compris que je ne pouvais plus continuer mes études (en + j’avais besoin de redoubler ma L3, une année de galère de plus, osscour !). En rentrant je suis allée visiter mes amis, j’ai passé trop peu de temps avec Robin à Tours (je vis à Lyon)parce que «faut que je rechoppe un job et un appart rapidos, je t’aime, je reviens bientôt». Je ne suis pas revenue bientôt parce qu’il est allé très mal à nouveau et qu’il a fallu être patients touts les deux. Si j’avais su pour quoi je l’avais laissé à ce moment là, j’aurais tout envoyé valser, j’aurais fait faire les 500 bornes à mes affaires pour refaire ma vie dans sa ville, mais on en n’étai pas là, on croyait qu’on se retrouverait sous peu de toute façon. J’allais travailler dans un Pizza Hut. Je voulais faire les livraisons. Mais pas possible, on embauche qu’en cuisine là. Ah OK. Je commence et peu après un nouveau arrive dans la boite : un livreur. Je demande une explication : «ah oui mais en livraison on ne prends que des hommes, tu comprends, les agressions…». Il apparaissait qu’un homme ne se fait jamais agresser, ah bon autant pour moi. Et c’est vrai qu’avec mon casque et la tenue de motard j’aurais eu l’air tellement féminine…

Bref, à la cuisine avec toutes les femmes, dans des cadences infernales, pendant que les mecs entre deux courses rigolaient, traînaient, parlaient de leurs exploits et venaient nous taquiner. J’aimais pas qu’ils me taquinent, j’étais un peu sèche. Les collègues allaient tous se retrouver certains soirs pour une pétanque et boire des coups mais je refusais. J’avais tenté de reprendre les cours en parallèle et ça me prenait beaucoup de temps. Alors dès que j’avais du temps libre, j’étais pendue aux lèvres de Robin et j’essayais de bouger pour aller le voir. Il ne lui restait que quelques mois, mais je ne le savais pas encore. J’ai été renvoyée. Mes collègues avaient parlé sur moi, parlé de moi, à la cheffe. Je n’ai pas eu de motif clair et précis sur mes fautes. Mais apparemment, je n’étais pas appréciée, car je n’étais pas devenue la copine, que je ne venais pas aux soirées, que je n’aimais pas quand les mecs me parlaient mal. Oh la vilaine.

Et puis, cette fois je fais vraiment court, promis, à mon arrivée à Lyon, j’ai tenté de devenir serveuse. Après tous y avait plein de bars entre ma fac et mon domicile, ça aurait été pratique. Peu de bars embauchaient, je n’avais pas été assez rapide. Et puis il y a eu ce bistrot, où le patron est venu, m’a reluquée de haut en bas, en commençant aux genoux et en s’arrêtant au cou. Il n’a pas regardé mon visage, j’insiste. J’avais 17 ans, 1m65, 70 kilos, des petits seins. Il a maugréé en fixant mes seins «Non ce sera pas possible, t’as pas le profil»

J’ai 22 ans. J’ai déjà subi quatre discriminations à l’embauche à cause de mon genre. Et encore, ce ne sont que celles pour lesquelles je suis sûre qu’il s’agissait bien de cela. D’autres employeurs sont plus habiles. Vivement que j’atteigne l’âge où on considère que je DOIS avoir des enfants, je vais avoir encore des tas de trucs à vous raconter !

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La légendaire discrétion des dominants

Soit réaliste, soit raisonnable, n’en demande pas trop, tu devrais accepter de faire profil bas, tu sais un peu de consensus, vous autres vous manquez de discrétions, encore une manifestation ça n’arrête jamais, tu veux pas passer à autre chose, tu es agressif-ve, tu manques de discrétion, grandis un peu, c’est comme ça, on n’est pas dans le monde des bisounours.
Tout cela vous est étrangement familier?
Félicitations ! \☻/

Femme, homo, bi, transgenre, intersexué-e-s, noir-e, arabe, handicapé-e, malade, musulman-e, juif-ve, [religion de votre choix qui ne soit pas chrétienne], gros-sse, prolétaire, libertin-e, pute, polyamoureux-ses, végétarien-ne, vegan. Vous en êtes ?

C’est bizarre, aussi différentes puissent êtres toutes les personnes appartenant à une ou plusieurs des catégories citées, nous avons probablement ce point en commun pour la plupart d’entre nous. L’injonction à la discrétion, au silence et à l’adaptation aux critères des dominants. Oui je dis « des dominants » et pas « de la majorité », car si en France vous enlevez femmes, homo, bi, transgenres, intersexué-es, noir-es, arabes, handicapé-es, malades, musulman-es, juif-ves, [religion de votre choix qui ne soit pas chrétienne], gros-sses, prolétaires, libertin-es, putes, polyamoureux-ses, végétarien-nes, vegans il ne reste plus qu’une petite partie de la population initiale, n’est-ce pas ? C’est pour cela que j’aime bien l’intersectionnalité, cela permet de prendre conscience de notre force… Au fait, j’ai créé un forum à ce sujet, bienvenue ! http://intersectionnalite.forumactif.org/

Les conservateurs, ces victimes silencieuses

Avec les frasques de la manif’ pour tous, on commence à l’oublier, mais les conservateurs se sont longtemps targués d’êtres une majorité silencieuse qu’on ne respecte pas. Pendant les manifestations sur la réforme des retraites par exemple. Il y a aussi les membres de ma famille, de droite, qui se vantent d’être allés travailler pendant mai 68 et d’avoir fermé leur bouche. Parfois ils se plaignent de telle ou telle réforme passée mais si je demande leur réaction à l’époque, ça se limite à gueuler contre son écran de télévision. Qu’à cela ne tienne : ils sont très fiers de ne pas avoir milité. Et c’est le cas de beaucoup de conservateurs en fait…

Les mouvements sociaux, les manifestations, les passages dans les média, semblent être pour eux une pratique honteuse qu’ils ne sauraient se réduire à avoir. À moins bien sûr qu’on essaie de donner les mêmes droits aux familles des homo qu’à celles des hétéro : la c’est l’émeute ! Mais aussi, ’faut les comprendre, avec un gouvernement de gauche, ils ne se sentent plus chez eux. Pester dans les commentaires des 4 vérités, d’Atlantico et du Figaro ne suffit plus, il faut agir !

Et finalement je me dis tant mieux. Oui, tant mieux qu’ils se mettent eux aussi à trouver la rue utile, à considérer qu’il faille manifester lorsqu’on est en désaccord avec le gouvernement. Bon forcément, ils découvrent aussi la violence qui va avec, la répression, les CRS et comme BFM TV nous a fournit un reportage assidu de la manif du 24 mars, des militants de gauche hilares ont pu entendre des réac’ s’imaginer qu’il n’y a que eux qu’on charge, gaze, frappe lorsqu’ils essaient de passer un barage de CRS. S’imaginer que quand ce sont ces salauds de gauchiiiissssss qui défilent les forces de police auraient la fleur au fusil, le sourire et que nous pourrions circuler dans toutes les rues de notre choix. Pourquoi ils imaginent cela ? Parce qu’il n’étaient jamais venu défiler avec les gauchistes, ou les anar, ou les lgbt, ils voyaient juste le reportage du JT de TF1 qui montrait tout le tintamarre et l’agitation de la manif en évitant soigneusement les charges et le gaz. Avant il n’y avait guère que les fachos, à droite, pour agir dans la rue, hélas, avec une violence inouïe, la ville de Lyon en sait quelque chose… Désormais, avec la manif’ pour tous, des réac’ de toutes sensibilités découvrent ce que coûte une mobilisation, ce qu’il se passe dans la rue, ce qu’est le travail des CRS. Je n’en demandais pas tant. S’ils commencent à trouver la rue utile et les CRS emmerdant, on peut naïvement espérer qu’ils vont se calmer sur la surveillance partout, la privatisation de la rue, la répression policière. Non, je rêve ?

Oui je rêve. Car eux se confèrent une légitimité qu’ils n’accorderont jamais aux gauchistes, déviants sexuels, métèques qu’ils détestent tant. Car eux défendent des valeurs dont ils pensent qu’elles ont toujours été, juste parce que ça fait vachement longtemps que ça dure et qu’ils n’ont pas cherché précisément la date d’apparition. T‘façon, la recherche, c’est rien que des fonctionnaires socialistes alors… Rien ne vaut le bon vieux non-argument du «bon sens». Comme ils ne veulent pas chercher, il faut bien qu’ils trouvent leur inspiration quelque part, ce sera donc dans une inspiration transcendantale, ils sauraient la vérité d’instinct depuis leur naissance, rien ce ne les détournera de ce chemin indiquant : LE BON SENS ! Personne ne sait où il mène, mais il a moult adeptes.

Quand on a saisi à quel point ces gens là sont dénués de doute, on comprend mieux leurs réactions et recommandations à l’égard des militants qu’ils jugent mal-avisés.

Pourquoi nous veulent ils plus discrets ?

Quand nous gueulons, ça s’entend. Mais on peut nous ignorer. Quand il y a une grève, on peut laisser le mouvement se fatiguer en une paire de semaine et continuer à agir comme si rien ne s’était passé. Une manif, tant que les média n’y prêtent pas trop attention et qu’elle est froide et facilement dispersée, l’impact sera minime.

Et alors, les réac’ de tout poil vont venir t’expliquer que ta manif, là, c’était bien mignon, mais qu’il faudrait songer à travailler et l’ouvrir un peu moins. Ou alors que la Gay Pride, ça dessert la cause car c’est pas discret et puis vulgaire, mêmes qu’ils ont vu des fesses, des nichons et des ventres alors que c’était même pas sur la plage. Et eux ils connaissent des noirs/arabes/gays/lesbiennes mais qui ont la décence d’être discret alors ça leur va. Ça leur est jamais venu à l’idée que leurs «amis» sont discrets en leur présence simplement par consensus, parce qu’ils sont du genre timides et ne veulent pas se disputer. Ou qu’ils se font discrets, ne se politisent pas, ne vont pas aux manif’, par crainte d’être agressés.

J’en déduis que pour être efficace il est nécessaire d’être jugé indiscret par les réac’, sinon cela signifie que nous n’avons eu aucun impact. S’il n’y a rien qui les secoue, ils vont passer, oublier, et ’faut pas compter qu’ils nous respectent plus qu’avant.

Je les vois comme ces vieux beauf instruits qui expliquent qu’ils ne sont pas misogynes puisqu’ils aiment par dessus tout les belles femmes ! Les moches, celles pas à leur goût, qu’elles changent ou qu’elles crèvent, on s’en fout. Je transpose : ils n’ont rien contre nous, rien contre les «minorités» à condition que les personnes en faisant partie soient discrètes et tentent de rentrer dans le moule, de les imiter. L’arabe en costard cravate sera leur égal, mais celui en djellaba un dangereux extrémiste. Une femme qui travail a tout leur respect, mais à condition qu’elle gère seule le ménage, la lessive, la cuisine et les enfants aussi. Vous voyez le principe ? Égalité, OK, mais à conditions que nous suivions leurs coutumes, leurs mœurs, leurs goûts, leur vision globale du monde et de ce que doit être la société.

Et la me reviennent en mémoire des propos que j’ai très souvent vu passer… Parfois au sujet du racisme, ou du féminisme, ou de l’homophobie… C’était durant des conversations, sur des commentaires d’articles sur le net, dans des reportages. Je vous donne le modèle «Alors moi j’avais rien spécialement contre les [insérer minorité ici], mais maintenant que j’ai vu cet acte militant pas très discret et cette personne exprimer sa colère, bah je les déteste tous et je ne ferai rien pour soutenir, là !» Allez, dites, vous aussi vous connaissez ça, n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce qui peut bien faire croire à ces ahuris que nous recherchons en priorité leur complaisance et leur amour ? L’orgueil de paon prêt à fourrer mâtiné de la recherche d’attention d’un chihuahua mal toiletté associé à une grossièreté de phacochère lobotomisé que ne cachent absolument pas de tels propos ! Votre amour ? Vous croyez que nous recherchons votre amour ? Attendez, là, tout va s’expliquer, parce qu’en fait vous avez cru ne devoir le respect et la politesse qu’aux gens que vous aimez ? Et bien on est mal barrés si on vous suit là dessus ! Déjà, commencez par rechercher la tolérance, c’est le minimum qui permet de ne pas être violent avec les personnes différentes de nous. Après, peut-être aurez vous assez évolué pour tenter de ressentir du respect. Et alors le chemin vers l’égalité vous semblera plus clair et le militantisme plus justifié. Mais pour l’amour, on va pas s’affoler hein, vous en faites pas, nous avons nos propres amis, proches, partenaires, nous pourrons vivre sans vous.

Le pire, c’est quand ce genre de comportements se retrouvent jusqu’à l’intérieur des milieux militants ! Les LGBT qui parfois ne supportent pas les «folles», les femmes qui s’époumonent pour clamer haut et fort qu’elles ne sont pas féministes, afin de complaire aux hommes mal à l’aise devant les militantes, obtenir leurs susucres. Les féministes qui veulent qu’on fasse du militantisme mais sans jamais être agressif. Les homo anti-gay-pride parce que c’est pô discret. Tous ces gens sont pourtant pas totalement crétin, ni profondément méchants, mais eux aussi sont passés par les injonctions au silence, à la discrétions, à l’intégration, à l’assimilation pardon ! Car en France, on n’intègre pas, on assimile ! Et certain-e-s y ont été plus sensibles que d’autres.

Alors c’est quoi la discrétion ?

La discrétion des dominants, c’est d’êtres présents en majorité écrasante en politique dans tous les secteurs, ainsi que dans les corps de métiers de CSP supérieures. C’est aussi d’être sur-représenté parmi les héros de fictions, dans les média, la presse, les reportages. Travaillez, roulez vous des patins, racontez nous tout de vos troubles émotionnels et votre crise de la quarantaine dans toutes les salles de ciné, sur toutes les affiches, dans les livres, à la radio, partout ! N’oubliez pas d’être en toute situation considérés comme le choix par défaut, l’être par défaut. Que tout ce qui n’est pas comme vous fera parti d’une catégorie à part, bien déterminée, marquée. Les chercheurs, les journalistes, les politiciens, les protagonistes, les ingénieurs : c’est vous ! Les délinquants, les militants violents, les crève-la-faim : c’est les autres ! Allez et comme vous tenez absolument à être discret et passe-partout, plaignez vous de subir des stigmatisations et du racisme malgré tous vos privilèges !

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Guide Pratique pour gérer son éducation fasciste

Introduction

a) Le vilain petit canard

Il était une fois, dans une famille blanche, hétérosexuelle, cisgenre, valide, catholique, une petit fille nommée Gwendoline (on ne se moque pas). Elle avait tout pour être heureuse : un grand-père nostalgique de la colonisation, un père raciste, une mère homophobe. Certains membres de sa famille étaient mêmes des cumulards proches de l’idéologie fasciste. Et pourtant, alors que les grands déployaient fièrement leur carte d’électeur pour accomplir leur devoir frontiste, Gwendoline hésitait et se disait que tous ces bienheureux avaient peut-être tord. Elle quitta l’étang, sa famille, son éducation, et partit à l’aventure. Quelle déception pour sa famille après une naissance aussi prometteuse.

Bon c’est bien de rigoler, mais soyons plus claires.

J’ai reçu une éducation stricte. C’est le moins qu’on puisse dire. Violente aussi, mais c’est une autre histoire. J’ai reçu une éducation fasciste. Il y a eu pêle-mêle du racisme (énormément !), de l’islamophobie, de l’antisémitisme, de l’homophobie, de la misogynie, une haine profonde pour les gauchistes et les syndicats, le mépris de la rébellion et j’en passe. Ceux qui me connaissent vont trouver que finalement, malgré ce bagage, je m’en tire bien. Je ne nierai pas que des réflexes haineux et méprisants me chatouillent encore parfois, l’habitude, mais j’ai tôt fait de me raisonner.

Un ami m’a fait remarquer que ce n’était pas si courant, de se débarrasser de la partie haineuse de son éducation comme cela. Il se demandait bien comment j’avais fais. Lui ayant été élevé dans le respect et la culture devait déjà beaucoup bosser pour être un militant vigilant. Mais moi, comment avais-je fait pour mettre un pied à l’étrier du coup ?

b) Ne pas trop en savoir

J’ai toujours considéré que les propos racistes, homophobes, sexistes, antisémites, islamophobes, etc. que j’entends autour de moi sont plus basés sur l’ignorance que sur la haine. Pardon : avant tout sur l’ignorance, qui entraîne une haine bien palpable. Ah oué facile à dire hein. Ça permet de traiter l’autre de benêt plutôt que de monstre sans cœur. C’est plus assumable comme conflit. Et puis cela laisse un peu d’espoir : l’ignorant peut apprendre. Un vrai méchant a une nature de méchant et rien à y faire.

Dans ma famille, on explique aux enfants que l’école est la seule chose importante dans leur vie avant le travail, qu’il faut respecter ses enseignants, obéir au règlement, bien travailler, ramener de bonnes notes. Pourtant parfois, quand je contestais un propos raciste d’un membre de ma famille, j’avais toujours droit au même refrain : «ah ça encore un de tes chers profs gauchistes qui t’as mis ça en tête !». La colère était palpable. Incompréhension ! D’une part, pourquoi mes profs auraient toujours raison excepté quand ils m’encouragent à mieux comprendre et accepter les personnes différentes de moi, à éviter la haine ? D’autre part, pourquoi partaient-ils systématiquement du principe que si je ne suis pas raciste, c’est «à cause» de mes enseignants ? Ils avaient déjà tout compris mes parents, ils m’avaient déjà donné la clé : pour finir raciste, il fallait refuser d’apprendre. Attention, les maths, l’orthographe, l’histoire, il faut les travailler ! Mais si une analyse permet de remettre en doute la légitime haine entre humains de différentes catégories arbitraires, alors je devais la voir comme une odieuse propagande et dénoncer l’enseignant indélicat.

Plantons un peu le décor : je viens d’une famille prolétaire. Père ouvrier à l’usine, mère caissière à mi-temps quand elle a un travail. Beaucoup de chômage, d’intérim, de maladies, de précarités. Mais ce n’était pas la misère intellectuelle pour autant : plein de livres à la maison, mon père sachant causer et écrire joliment. Il a pu m’aider à faire mes devoirs jusqu’au collège inclus, ce qui est déjà une grande chance. Par contre, les livres de la maison, j’en avais vite fais le tour et il était rare d’en acheter de nouveaux. Quand à la médiathèques, j’ai longtemps été tenue injustement à l’écart de la section adulte par crétinisme administratif. C’est au lycée que mes parents ont décidé que je méritais un peu d’argent de poche et que nous avons emménagé plus près d’une ville. Ainsi je m’achetais un livre de poche chaque mois, deux avec de la chance. La médiathèque n’était ouverte que durant les heures de cours des lycéens, et si on voulait y passer rapidement après la classe, cela signifiait qu’on ratait le dernier bus de la journée (18h04). Bref, heureusement qu’il y avait ma collection personnelle. Et magie des magie : internet ! Quand internet a débarqué à la maison, je pillais Webencyclo et assimilés, avant l’apparition de Wikipedia, et la multiplication des sites de vulgarisation scientifiques et journaux en ligne. J’ai commencé à manger de l’internet 3 à 8 heures par jour, oubliant de dormir.

Plus j’achetais de livres, plus j’allais sur internet, et plus mes parents trouvaient que je commençais à ressembler à une dangereuse anarcho-syndicaliste. J’en savais trop !

Si je n’avais pas eu la chance d’accéder à ces multiples sources d’informations, que me serait-il resté ? Les discours, ou plutôt monologues familiaux sur la vie, l’Homme, l’Histoire, la France, le JT de TF1 commenté en live ( le live tweet selon papa) et l’école. Et pour le peu de subversion qu’on nous laissait entrevoir à l’école, autant vous dire que ce serait ma famille qui l’aurait emportée largement. Vous voyez : c’était tout tracé, si seulement je n’avais pas été irrémédiablement curieuse !

I- Changer d’autorité

Quand on était petits, les adultes savaient tout et avaient une réponse à tout, et ils pouvaient nous faire avaler des couleuvres qu’on en redemandait. Comme vous tous, j’ai progressivement appris à critiquer, me méfier, questionner. Seulement voilà, parfois il y avait un gros conflit d’intérêt : je pouvais considérer que ce qu’on vient de me dire est tout à fait véridique et légitime et passer une bonne journée… ou critiquer et finir punie, essuyer une engueulade ou m’en prendre une. J’ai finis par avoir l’autorité coincée en travers de l’intellect. Il arrivait toujours un moment de ma réflexion où mon obéissance m’empêchait d’aller plus loin. Presque un réflexe. Il devenait douloureux de considérer qu’ils puissent avoir tous tord : ça ferait autant de baffes dans ma poire, d’insultes, de propos condescendants.

Un jour j’ai menacé physiquement ma mère. J’ai refusé de m’en prendre une pour la première fois de ma vie. J’ai mis le temps hein, j’avais 16 ans. J’avais commencé la boxe française et développais quelques réflexes. Je ne sais plus comment cette dispute là avait commencé. Je me souviens d’une chose : j’ai découverts que ce type d’autorité bête et violente, j’en étais aussi capable. Que je pouvais aussi gueuler, m’énerver, rendre les coups. Que de toutes façons depuis le temps que ça parlait de me virer de la maison, ils n’en seraient pas chiches et quand bien même : tant mieux !

J’ai enlevé leur autorité mal placée de ma tête pour la leur foutre au cul (oui je suis sur ma deuxième nuit blanche, je perds en poésie). Voilà qui est fait, la barrière mentale, psychologique, est levée !

II- Fact Checking

Bravo, à présent vous êtes capable de pratiquer la remise en question jusqu’au bout. Dans l’introduction de cet article j’ai déjà expliqué comment j’avais varié mes ressources intellectuelles. Passons à la mise en pratique.

Dans la propagande fasciste que je subissais au quotidien, le fonctionnement était terriblement basique. Mais hey, soyez indulgents, j’avais été élevée là dedans, bain total. Que ce soit par écrit via les fameux mails transférés douze fois dix puissance trente-douze-mille fois avec une mise en page atroce (et parfois même, comble de l’horreur, des .ppt) ou par oral lors d’un trop long repas, ou par oral devant la télé, ils ne faisaient qu’énumérer des faits avec beaucoup d’aplomb. Une fois l’énumération terminée, on était comme assommés par tant d’informations révoltantes. Et c’était asséné avec une telle assurance que j’étais persuadée qu’avant de l’ouvrir, ils avaient vérifié ! Naïve hein !

Tenter de démonter leur argumentaire était peine perdue. Ces gens là coupent la parole, n’écoutent pas, gueulent, repartent en boucle sur le même propos que tu étais en train de discuter comme si tu n’avais rien dit. Leur idéologie ne bougera pas. Hors de question. Tu ne leur enlèveras pas leur raison de se battre : tu n’as plus qu’à les désarmer ! Brave facho peut répéter inlassablement les mêmes arguments et exemples des années durant, cela te permettra de les mémoriser, les chercher, les vérifier, trouver une preuve qu’ils sont faux. Un exemple particulier fait souvent office d’argument chez le facho, ce sera d’autant plus facile. Il s’agira d’un chiffre, d’un événement historique, de l’aspect d’un bâtiment, du contenu d’un texte de loi, de la conclusion d’une affaire criminelle, etc. À l’oral, contente toi de démonter un exemple de temps en temps, disons toutes les deux phrases. Cela va vider le propos du facho de toute son venin. À l’écrit, tu peux te fendre d’un long listing de fact checking sans pitié qui sera du plus bel effet.

III- Masochisme

Bah oui forcément, t’as pas passé une heure à démolir l’argumentaire-fleuve de pappy et il répond simplement que tu es jeune et con et enchaine sur un autre sujet sans transition. Dommage hein, tu vas pas le changer. Mais ce n’est pas seulement pour lui que tu as fais ça, mais aussi pour toi, en démolissant ses arguments, tu défais ton éducation fasciste : félitications !

Oui, ça pique un peu, c’est normal. Oui, c’est long. Oui, c’est fatigant. Oui, c’est compliqué. Oui, ta famille t’en veux. Oui, tu doutes. Ah en même temps si tu veux juste rejoindre faf-land vas y hein c’est plus facile ! Mais pour devenir aux yeux de ta famille un dangereux subversif aux ordres du complot judéo-maçonnique financé par le lobby gay et dirigé en amont par les végétariens, il faut des sacrifices !

IV- Pêle-Mêle

À toi qui a reçu une éducation similaire à la mienne, je compatis. Voici quelques idées pour te donner des pistes de réflexions et sortir de la logique douloureuse de ton éducation : tu mérites de vivre même si tu ne sers à rien, on travaille pour vivre mais on ne vit pas pour travailler, il n’est jamais trop tard pour changer, le monde est grand et tu peux t’y déplacer à volonté, seule la mort est la fin, et encore, juste la fin de ton corps personnel. Maintenant, passe à table, et bon courage pour écouter les grandes thèses sur les noirélézarabes, les colonies, les juifs, les pédé… Et si vraiment l’ambiance est étouffante, part réfléchir au grand air. Ils t’en voudront au début, et puis tu leur manqueras.

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