Les habitudes que j’ai du perdre en revenant d’Argentine

De février à juillet 2011, j’ai séjourné en Argentine, dans la ville de Santa Fe. C’était dans le cadre d’un échange universitaire. J’ai raté mon semestre et mon année pour certaines raisons que je ne suis pas d’humeur à évoquer maintenant. Je vais lister les habitudes que j’ai du perdre en revenant d’Argentine. Cette idée m’a été inspirée par The Economiss sur twitter qui listait les habitudes qu’elle devrait perdre en revenant d’Inde.

 

Vous trouverez des récits sur mon séjour qui vous aideront à comprendre cette liste dans la rubrique Voyage du blog. :)

  • Prendre le taxi pour traverser la ville et le payer moins cher qu’un ticket de métro français
  • Que le chauffeur du taxi ne parte que quand il m’a bien vue rentrer chez moi en sécurité, qu’il m’aide avec mes bagages
  • Le demi-lit dans le bus en tarif normal, avec plateau-repas, couverture, toilettes et DVD, le vrai lit en première classe
  • Les trajets de 17 heures (ce qui explique les bus :P)
  • Les empanadas bien dodus à emporte qu’on peut trouver partout
  • Demander « végétarien » pour un plat au fromage et à l’œuf, et faire croire au cuisinier choqué que j’ai une grave maladie m’empêchant de manger de la viande
  • Les mecs qui me voyant courir après un autre en gueulant « voleur voleur ! », se mettent à le poursuivre en voiture pour m’aider, c’est pas tous les jours qu’on vit une scène de film d’action !
  • Les gens qui adorent apprendre une autre langue, essaient d’apprendre la tienne, aiment t’enseigner la leur
  • les flics qui font gentiment « coucou » et nous jettent une pièce quand j’étais assise sur le terre-plein du boulevard avec mes potes artistes de rue en train de tirer sur un pétard
  • les gros hot-dog à 5 pesos
  • la pâtisseries et glaciers à tous les coins de rue, vendant des VRAIS gâteaux (et pas ces merdes d’amas de génoise et de crème qu’ils font en France) et ouverts jusqu’à 22h ou minuit
  • LA SIESTA ! (snif bouuuuh ça me maaaanque)
  • les profs protestants contre le nouveau planning car y a cours pendant la siesta
  • Trouver un peu partout des gens pour partager un maté
  • Pouvoir siroter mon maté en public car je sais qu’il y a des distributeurs d’eau chaude partout, et que les commerçants solidaires m’en donneront sur mon chemin si je demande gentiment
  • Pouvoir siroter mon maté en public car les gens ne croient pas que je fume une mixture étrange de drogués
  • Que les gens n’essaient pas de gratter ma place dans une file d’attente
  • Les fonctionnaires et administrations arrangeantes, souples, faisant tout leur possible pour me faciliter la tâche, justement parce que je suis étrangère
  • Les auberges abordables pour voyager
  • Les piscines dans les auberges bon marché dans le nord du pays…
  • Les cris des oiseaux tropicaux
  • Les gros chiens dans la rue, qui font peur, mais sont doux comme des agneaux
  • Les trottoirs propres car chacun nettoie chaque jour sur son palier et que les chiens errants font popo dans le caniveau (sinon y sprend un coup de jet d’eau)
  • La circulation en ville sans feux, les bastons de regard pour savoir si on peut traverser,
  • Les manifestants qui chantent tout le temps (j’ai d’abord cru à une fanfarre)
  • Les Mafalda affichées partout
  • Les BD Maitena dans toutes les librairies
  • Me sentir comme une mafieuse avec mes grosses sommes en espèce sur moi pour payer le loyer
  • Les kiosko ♥
  • Boire une bière avec une paille dans la bouteille en pleine rue (¡ Con esta calor todas las cervesas estan ricas !)
  • LA SALLE D’ARCADE GIGANTESQUE !
Posted in Clown, Voyages | 6 Comments

Aucune excuse

Je ne vais pas faire un long descriptif de ce qu’est la culture du viol. Ça a déjà été fait, par exemple chez Crêpe Georgette, Mélange Instable ou encore Daria Marx. Ici je vais vous raconter une petite histoire. Je vous recommande de lire un des trois textes plus haut si vous voulez comprendre l’intérêt de cette histoire si vous ne savez rien de la culture du viol.

J’étais en colocation avec deux hommes fêtards et très sociables. Comme j’étudiais et travaillais beaucoup, je participais rarement à leurs soirées. Cependant, un samedi où je ne travaillais pas, eu lieu une soirée mémorable, pleine de gens très drôles et de bonnes choses à manger et boire. Très vite tout le monde s’est mis à l’aise et on a beaucoup parlé de cul. Comme d’habitude je n’étais pas en reste sur le sujet.

 

Les heures ont passé, nous avions tous bus et étions fatigués. Tout le monde est resté sur place pour dormir. Alors que j’étais nue dans mon lit, m’apprêtant à dormir, un homme est venu frapper à la porte. Je lui dis qu’il peut entrer, il me demande s’il peut dormir dans mon lit (deux places) car il ne reste plus un seul canapé ou matelas de libre. J’accepte, lui demandant tout de même d’enlever ses chaussures car il semble assez éméché pour oublier. Il se couche et réalise que je suis nue. Il avait déjà passé une partie de la soirée à me draguer vaguement mais je n’étais pas intéressée.

 

Il m’a alors dis qu’il voulait me toucher, qu’il voulait faire l’amour avec moi et a commencé à me caresser doucement les cheveux. J’ai poussé sa main, ai sourit, et lui ai répondu que je ne voulais pas. J’ai dis précisément : « Non, je n’ai pas envie de coucher avec toi, je veux juste dormir. Je suis nue car je dors, c’est tout. ». Il sembla déçu, puis il se coucha et roupilla dix bonnes heures.

 

Je ne le revis jamais, il ne me revit jamais, chacun vit sa vie et nous n’avons rien divisé par zéro ce soir là.

 

Je résume : un homme ivre a rejoins une femme nue qui lui plaisait et lui avait parlé de cul dans son lit, avec l’accord de cette femme. Il a voulu baiser, elle a dit non, il a donc dormi sans la toucher.

 

Ça devrait pouvoir se passer ainsi naturellement. Pourtant, à chaque fois que je raconte cette histoire, les gens semblent très surpris. D’autres louent les qualités de ce héros, car il est vachement sympa de ne rien avoir tenté.

« Ohlala moi à sa place j’aurais…

- Tu aurais essayé de me violer ?

- Hein ? Non ! Mais enfin tu vois quoi, essayer de forcer un peu les choses, y avait trop moyen là !

- Mais j’avais dis non, c’est pour cela qu’il  n’a rien fait

- Mais c’est un couillon, non ça veut dire oui il fallait insister…

- Il est juste « pas un criminel ».  »

On en est là… ce mec est limite un héros pour ne pas avoir tenté de commettre un crime.

Posted in Féminismes | 4 Comments

On est chez nous ici.

Oui.

 

On est chez nous ici.

 

Oui, inconnu se pavanant dans une rame du Métro B, en direction de la gare d’Oullin, Lyon, France. Je suis d’accord avec toi. Nous sommes chez nous, ici. Mais visiblement toi et moi ne mettons pas le même sens derrière ces mêmes mots.

 

J’étais assise sur un banc de la rame presque vide. Un samedi au milieu de la mâtinée. Assise face à moi une femme habillée chaudement n’avait qu’un seul gant et de très beaux cheveux. À ma droite deux grands jeunes hommes restés debout discutaient. À ma gauche se trouvaient trois personnes que je ne voyais pas bien. J’avais rendez-vous pour un don de plaquettes. Je pensais à ce que j’allais prendre en premier pour mon casse-croûte post-don gratuit, quand une réalité que je ne comprends que trop bien est entrée dans la rame: un homme d’une quarantaine d’année, pauvrement vêtu, équipé d’un accordéon, l’air fatigué. Il n’a pas récité un de ces couplets précisant qu’il cherche de l’argent et qu’il en a besoin. De toutes façons, nous avions bien compris. Les autres passagers ont pu apprécier son talent de musicien durant quelques minutes. Ses mélodies couvraient l’affreux sifflement de la ligne, l’air était guilleret.

Quand le son de l’accordéon s’arrêta, il sorti de sa poche un petit gobelet qu’il tendis vers la passagère la plus proche de lui. Il fut arrêté à la moitié de son geste par un cri ferme et puissant:

LA MENDICITÉ EST INTERDITE DANS LE MÉTRO !

J’ai d’abord cru qu’un employé trop zélé venait de s’exprimer au micro. Mais il s’agissait d’un homme à ma gauche. Grand, ses yeux bleus fusillant le musicien mendiant, les mains sur les hanches et les jambes écartées façon cow-boy. Il a secoué la tête pour dégager une mèche de ses blonds cheveux puis a recommencé à ouvrir désastreusement la bouche:

Ouaip je te parle ! La mendicité est interdite dans le métro : tu dégages !

Sur ces mots l’aryen sourit d’une oreille à l’autre et montra la direction de la sortie avec son pouce d’un grand geste. Le musicien mendiant sorti précipitamment, avant que je trouve comment le défendre. J’étais encore un peu hébétée quand les portes se sont refermées.

Des regards pesant et des mines consternées se tournèrent vers l’aryen. Quand il commença à palper la tension présente, il tenta de se justifier :

Quoi ? Bah quoi ? C’est vrai ça, y en a marre !

Peut-être attendait-il une ovation, que les gens se lèveraient et clameraient qu’en effet, les mendiants par leur présence sont nuisibles… Je ne sais pas trop. Il semblait chercher l’approbation mais ne la rencontra pas. Alors il continua comme pour lui même, mais en continuant à parler très fort:

ON EST CHEZ NOUS ICI ! Ouaip, on est chez nous ici…  Qu’est-ce qu’il veut lui ?

Il tournait en rond en maugréant. Une passagère jusqu’ici près de lui me rejoignit, s’assit juste à côté de moi. Elle semblait effrayée. La femme en face de moi était au bord des larmes. Pour ma part j’étais partagée entre la rage et le désespoir. Je compris enfin en regardant mieux que la dernière phrase était adressée à un des hommes à ma droite. Les deux se fixèrent longuement. On aurait dit que l’un allait sauter sur l’autre pour le frapper. Arrivant à la station suivante, l’aryen s’approcha de la porte, fixe l’autre homme d’un air goguenard, souriant et pouffant de rire, et lui fit signe de le rejoindre dehors. L’autre ne répliqua pas. Il continua sa conversation et ne prêta plus attention aux provocations.

 

Les portes se refermèrent derrière cet être abjecte.

 

Mais il attendait quoi ? Qu’on vienne se faire cogner en plus pour satisfaire son agressivité ?

 

Il se sentait chez lui, cela ne faisait aucune doute. À tel point que la notion d’espace public semblait lui échapper. Il s’est cru maître des lieux. Il a cru son autorité fondée sur la raison quand il n’inspirait rien d’autre que de la peur. En effet quand un homme grand, costaud, qui semble totalement stupide et en plus de cela très agressif essaie de provoquer une bagarre, je fais tout pour l’éviter. La peur n’a aucune espèce de rapport avec le respect.

 

Nous sommes chez nous ici. Pauvres, mendiant-es, galérien-nes, clandestin-es, SDF. La misère ne retire pas le droit d’apparaître en public. Certes, certaines mesures urbaines visant à éloigner les clochards, la honte dans laquelle médias et politiques tentent de plonger les plus pauvres, veulent nous le faire oublier. Mais que je sois rutilante d’or et d’argent avec de beaux habits, ou tendant la main dans des frusques, je suis la même personne, libre de circuler, d’utiliser l’espace public et de m’y exprimer. La décence devrait vous retenir de geindre quand la musique d’un mendiant ne vous sied guère car il fait des fausses notes, ou quand un clochard semble exténué et affalé sur son trottoir et que cela vous dérange de le voir ainsi. Mais la décence qu’en reste-il…

Quand des gens critiquent les SDF qui s’achètent de l’alcool et voudraient, parce qu’ils lâchent une malheureuse pièce, leur dicter leurs actes comme un patron, où est votre décence ? Et où est elle quand vous clamez que si un homme s’est immolé devant une CAF, c’était pour « jouer les martyres », quel jeu voyez vous là dedans ? Mais que se passe t il dans votre tête quand vous enviez les rmistes en n’ayant aucune espèce d’idée de la façon dont vous pourriez vivre avec un si faible revenu et/ou une dette ? Quand vous hurlez à la fraude des pauvres à la sécurité sociale tout en étant blasés et affirmant que c’est normal et a toujours été comme ça quand un politicien et/ou riche industriel détourne des millions, savez vous seulement ce que coûtent réellement les agissements des plus riches par rapport à ceux des plus pauvres ? Savez vous que des gens ne vont même pas chercher leur RMI car ils auraient trop honte ?

Pardon, j’oubliais « ces gens là n’ont pas de honte ».

Si. Contrairement aux escrocs qui ont toutes les tribunes ouvertes pour se plaindre quand ils sont pris la main dans le sac, nous avons souvent honte dans la misère. Quoique nous fassions ce ne sera jamais assez et nous avons honte. Sur le chemin du travail nous percevons votre regard lourd de jugement et nous avons honte. Quand nous avons beaucoup transpiré sur le chantier et montons dans le bus, face à votre moue dégoûtée nous avons honte. Quand nous attendons notre tour dans une administration pour tenter d’y obtenir un peu d’argent, quand nous tendons la main dans la rue pour acheter le repas du soir, quand un manager excédé nous chasse de ses poubelles pour ne pas que nous y prenions les invendus qu’il vient de jeter…

 

Et moi j’ai honte d’avoir eu honte. CAR JE SUIS CHEZ MOI ICI et ma honte ne se base que sur votre arrogance.

 

Si seulement nous n’avions à lutter que contre les riches hostiles… mais il y a aussi ceux qui veulent policer jusqu’à nos moyens de survie pour jouer à qui est le meilleur militant. Je ris encore en pensant à ces petits cons qui ont claqué la porte de leur foyer bourgeois, ont passé 6 mois au squat en rentrant chez leurs vieux quand ils avaient trop froid et en se payant vêtements neufs, bières et loisirs à l’envie, et viennent m’expliquer que c’est pas bien de travailler pour un patron et de louer un logement à un propriétaire. Que j’engraisse l’ennemi. Ça veut la ramener et ça n’a aucune idée de ce qu’on vit : allez vous faire foutre. Dans votre squat, bien des gens ne sont pas là par choix. Et quand je faisais les poubelles, ce n’était pas pour être écolo. Compris ?

 

Depuis que je vis en ville, je rencontre rarement des prolétaires, mêmes dans les milieux « militants ». Parce que ces milieux sont intellectuels et non pas prolétaires, bien qu’ils aient allègrement exploité l’imagerie prolétaire.

 

Sifflez, huez, vous savez que je dis vrai.

 

Savez vous ce que j’ai ressenti lors de ma première fois à une réunion se proclamant « anarchiste » dans un petit bar en ville ? Dans le mille : de la honte. J’étais pas assez intello, j’avais pas assez de temps libre pour participer à tous vos projets car je devais bosser, j’avais pas vos références et vous me répondiez du « QUOI tu connais PAS ah mais c’est LA BAAAAASE » quand je posais une question.

 

Connement j’avais cru trouver les miens ici, mais j’étais à CSP+land. Ce qu’on avait de plus proche du prolo ici c’était le prof de lycée. Oh ça, y a beaucoup à dire sur les profs…

 

J’en ai marre.

 

Ça fait longtemps que je suis fatiguée d’avoir honte et que je lève la tête. Mais y a toujours un événement comme celui que je récite ici, y a toujours une remarque à la con, y a toujours quelque chose pour me remettre le nez dans ma merde.

 

Mais je sais que si l’odeur de ma sueur vous gêne tant, c’est que vous n’êtes même pas encore habitué à la vôtre. Je sais que mes vêtements abîmés ou le tricot de ma mamie, si je mettais une étiquette « 180€ » dessus avant de les poser sur une étagère design dans une boutique branchée, vous en raffoleriez. Je sais que toi là, l’anar en carton qui me fait la morale sur mon loyer et mon salaire, tu vis du pognon de ton père qui vit en exploitant des ouvriers/employés comme mes parents, où même avec une alloc formée avec les sommes qu’on prélève… devine quoi… sur des salaires. Tu vas pas me faire culpabiliser de ne pas avoir trouvé la sortie du système, toi-même t’es encore plus dedans que ce que tu crois. Je ne te reproche pas d’être dans le système mais d’essayer de culpabiliser les pauvres qui n’en trouvent pas la sortie et tâchent surtout de survivre et de s’offrir du bon temps une fois l’an si possible.

 

J’espère avoir été claire. Je ne céderai jamais plus un millimètre de terrain à la honte.

 

 

 

Posted in Fléaux sociaux | 14 Comments

Une lettre qui j’espère sera lue par la petite mama Noëlle

Chère mama Noëlle

 

Je ne fais pas souvent appel à tes services. Je suis plutôt débrouillarde dans la vie tu ne trouves pas ? Cette année, j’ai même pu me payer une Nintendo 3DS et j’ai presque pas vendu ma cul pour l’avoir. Y a pas à tortiller du cul pour chier droit : je gère !

 

Quand j’étais petite, au coin du radiateur, mes grands-parents nous contaient une drôle d’histoire, au sujet d’une créature légendaire : le CDI. Croyant à d’éternelles fadaises d’adultes qui se la racontent devant des enfants naïfs, j’ai longtemps cru que jamais je n’obtiendrais une chose pareille. Mais cet été : ça alors ! J’ai signé un CDI de mes propres mains.

 

Il ne me reste plus qu’à obtenir un pavillon en lotissement résidentiel, un adorable labrador et un mariage fertile pour gagner ce que les vrais adultes, responsables et tout, appellent le « bonheur ». Et là je vais avoir besoin d’un petit coup de main.

 

Pas pour le pavillon, je préférerais une maison en pierre au milieu de la forêt avec plein de neige et de hiboux et de coucous et de hiboux et de coucous et de hiboux et coucouhiboucoucouhiboucoucou♪ … Avec un poêle à bois et un gros fauteuil moelleux et une bibliothèque géante… et l’accès à internet en haut débit bien entendu.

 

Pas pour le labrador, j’ai déjà mes chats : Sudo et Raghnarok. Sudo est un peu neuneu et Raghnarok a tout le temps l’air grognon, mais ce sont de super chats ! Lundi dernier, y en a même un qui a pissé sur ma couette, qu’est-ce qu’on s’est marré ! Alors comme ils ont eux aussi le sens de l’humour, je les aient oublié sous la douche, ils ne m’en ont probablement pas voulu.

 

Pas pour la fertilité non plus, je crains que si mon génome se répande, la planète soit foutue pour de bon !

 

Par contre, pour la vie conjugale, j’aurais besoin d’un sacré coup de pouce !

 

Vois-tu mama Noëlle je suis bisexuelle ou comme disent certains « à voile et à vapeur ». Mais depuis quelques temps, les messieurs me semblent bien fades je dois le reconnaître.

 

Alors je voudrais une petite copine, une petite chérie, une amie amante amoureuse, une moitié, ou un tiers, ou un quart. Une nana qui me laissera gaga. Je ne suis pas compliquée, mama Noëlle, mon cahier des charges sera succin et raisonnable.

  • Il faudrait qu’elle soit rousse, ou bien blonde, ou bien châtain, ou bien brune, et si elle a une couleur fantaisie, ça me convient aussi. J’aime bien les cheveux moi dans la vie, si elle n’a pas de cheveux ce n’est pas grave, je tresserai ses poils aux aisselles, ce sera rigolo;
  • Qu’elle me fasse des gratins de patates quand je suis triste, car les patates, c’est très important, il faut en saisir toute l’ampleur. Quand je ne serai pas triste, je lui ferai des gratins de patates, comme ça nous vivrons heureuses et nous mangerons beaucoup de gratins de patates. Les patates rissolées ça compte aussi;
  • Qu’elle soit OK pour que je mette des paillettes un peu partout jusqu’à arriver à chier argenté. Ça aura un succès fou à la foire, on deviendra riches;
  • Qu’elle aime les livres, au point de tolérer l’encombrement de ma collection de romans, essais, bandes-dessinées, revues, journaux, prospectus, nouvelles et cahiers. Se servir de piles de livres comme de meubles me semble tout à fait banal, alors prépare la psychologiquement;
  • Que ça ne lui fasse pas peur quand je la regarde fixement tel le chat en plein baston de regard, c’est un signe d’affection chez moi;
  • Qu’elle veuille bien me gratter entre les oreilles et sous le menton et me frotter le bidon;
  • Qu’elle veuille bien faire de même avec mes chats;
  • Si en plus elle a aussi des chats, ce sera trop chouette;
  • Qu’elle soit d’accord pour qu’on joue en secrètement en alliance à Risk pour enfin régner sur le monde et épater nos ami-es;
  • Qu’elle m’aide à passer les missions difficiles sur les Final Fantasy;
  • Qu’elle échange des Pokémons avec moi;
  • Qu’elle ne soit pas du genre à mettre un Aspicot niveau 2 sur la plate-forme d’échanges miracles, je ne fréquente pas ce genre de personnes;
  • Qu’elle promette de ne jamais, jamais, jeter sa bague de fiançailles, si je lui en donne une un jour, dans le feu de la Montagne du Destin;
  • Qu’elle partage mon ambition d’un jour chevaucher un Hippogriffe;
  • Qu’elle soit d’accord pour ponctuellement considérer un gâteau au chocolat comme un repas complet;
  • Qu’on s’écrive des lettres d’amour avec des pâtes alphabet;
  • Qu’elle soit en petite tenue le matin au réveil, ça m’aide à ouvrir les yeux;
  • Qu’on fasse des forts en couvertures et coussins;
  • Qu’elle préfère les bonbons rouges et roses, parce que moi je préfère les jaunes et les verts, comme ça on pourra manger des bonbons en équipe soudée;
  • Qu’elle apprécie les batailles de boule de neige;
  • Si elle n’apprécie pas les batailles de galets sur la plage de Banyuls/mer, je comprendrai tout à fait, c’est une tradition familiale obscure et je ne voudrais obliger personne;
  • Qu’elle n’ai pas trop peur de mon papa, en vrai il ne mord pas, il est très gentil, et il fait vachement bien les gâteaux;
  • Qu’elle soit super impressionnée par mes talents inutiles, comme monter les blancs en neige à la main(en effet chez moi on n’a pas le droit d’utiliser un batteur électrique avant sa majorité), ou plier mes doigts à l’envers, ou parler japonais dans mon sommeil alors que je ne sais pas parler japonais.

 

Tu sais quoi mama Noëlle ? Cette histoire de liste, finalement, c’est surtout pour plaisanter et faire un peu ma pénible. Mais en vrai, j’voudrais juste une chérie tendre, bienveillante, qui aie vraiment envie qu’on fasse un bout de chemin ensemble. Une qui préfère réparer à jeter, si tu vois ce que je veux dire. Mais tu le sais très bien, hein, mama Noëlle, papa Noël et toi avez plein d’XP en vie de couple depuis le temps ! Enfin, je dis « couple », moi, si on est plus que deux, ça me convient très bien.
Au fait, comment va votre fille ?

Bisous,

 

Biaise.

 

Posted in Clown, Dans ma tronche | 2 Comments

Le privilège bourgeois

Je viens de retoucher cette article, pour étudier le privilège bourgeois sous plusieurs axes. Ce sera plus pertinent.

Je continue de prendre en compte les suggestions, merci de les poster en commentaire, car sur twitter, ce sera noyé dans les discussions et je finirai par oublier.

Note accessibilité : si on utilise le clavier pour naviguer sur le blog, après avoir répondu au quizz pour poster un commentaire, on revient au titre, et il faut alors retabuler pour atteindre le champ d’écriture. Je suis vraiment désolée, mais je ne peux pas enlever le quizz pour l’instant et je ne sais pas comment le réparer.

Les nouvelles rencontres sont chose commune pour une jeune citadine. Le travail, les associations, les réseaux sociaux, les sorties m’amènent vers de nouvelles personnes sans arrêt. Bien souvent, ces personnes sont d’une classe sociale supérieure à la mienne, ou alors issues d’une classe sociale supérieure à celle d’où je viens. L’origine est aussi importante car beaucoup se reposent sur les revenus, patrimoines et réseaux de leur parents toute leur vie, même si eux mêmes semblent vivre modestement.

J’ai subi bien des déconvenues à cause de ce fossé qui se présente de manière quotidienne, et que je m’efforce d’enjamber. Mais mon interlocuteur-ice n’a même pas conscience de ce fossé avant que je le mentionne. Premier privilège… celui de ne pas en avoir conscience.

J’ai été extrêmement déçue, dans des milieux militants variés, de voir ramper un mépris de classe à m’en donner la nausée. Puis de constater que j’étais tout bonnement la seule prolétaire présente. Y en avait bien qui en avaient l’air, mais en fait non, c’est juste qu’ils se trouvent cools habillés comme ça. C’est la mode bon, ah bah bon. Y en avait aussi qui avaient de grands projets de retour à la nature en parlant de vivre à la dure par soucis écologiques, mais à 25 ans ils étaient propriétaires d’un terrain vaste, plat et fertile, voire, d’une maison. Donc ce n’est pas du tout la même chose que de naître la dedans, sans être propriétaire de ses terres, ou en devenant enfin proprio à 5 ans de la retraite, de subir son statut sa location géographique, de subir le travail qu’impose la terre pour tenter de gagner sa vie avec, de n’avoir aucun plan de secours si la récolte est mauvaise ou que les animaux tombent malades. Ah, à ce sujet, si vous crachez sur les fermiers en les traitant de crétins parce qu’ils tuent des animaux pour vivre, vérifiez vos privilèges, car le  besoin de tuer des animaux pour vivre ne s’est pas éteins au Moyen-Âge, merci.

Mais je me perds en digression… Je vais établir une liste de privilèges bourgeois. Les commentaires sont là pour la questionner ou la compléter. N’ayez pas peur de poser des « questions idiotes », je sais que vérifier ses privilèges n’est pas un exercice aisé. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas me faire des « bourgeois tears » ;)

À bien noter : si vous possédez TOUS ces privilèges, vous êtes quand même un sacré veinard, la plupart des gens ne se retrouveront que dans une partie. Cela dépendra de cotre CSP et de celle de vos parents mais aussi parfois de votre âge. Si vous me dites « oui mais moi celui là je l’ai pas hein », je vous crois ! Mais en avoir une bonne partie fait de vous une personne privilégiée. Imaginez juste votre vie sans, et vous réaliserez.

Axe financier

Ici il s’agira tout bonnement de revenus et de patrimoine, de ce qu’ils apportent. Bien entendu il existe une multitude de nuances entre pauvre et ultra riche.

  • Le privilège de ne jamais avoir vécu sous le seuil de pauvreté
  • Le privilège de ne même savoir ce que c’est, au juste, « le seuil de pauvreté »
  • Le privilège d’avoir eu des professeurs particuliers en cas de difficultés scolaires, ou pour s’améliorer encore
  • Le privilège de ne pas avoir choisis ses études en fonction de leur coût
  • Le privilège d’avoir travaillé uniquement pour son argent de poche durant ses études, voire, ne pas avoir travaillé du tout (les stages faisant parti du cursus ne comptent pas)
  • Le privilège ne pas s’être demandé, en voyant qu’un stage obligatoire non rémunéré ou  à 300€/mois était nécessaire : « et merde, je vais devoir lâcher mon job pour ça, et de quoi je vais vivre ? Je peux pas valider cette année mais je peux pas non plus me taper le luxe d’un stage ! »
  • Le privilège de ne pas avoir annulé des sorties juste à cause de leur coût, même s’il ne s’agissait que de se retrouver dans un café
  • Le privilège d’être allé régulièrement au café et au restaurant avec sa famille étant jeune, et d’avoir considéré cela comme normal
  • Le privilège de ne pas te sentir coupable quand tu dépenses de l’argent pour ton plaisir
  • Le privilège de manger dehors, de payer des gens pour cuisiner pour toi, de façon régulière (bien sûr la fréquence varie, les plus pauvres nageront entre « jamais » et « deux fois par an », pour ma part, j’ai carrément arrêté d’aller à la cafet de mon lycée car elle était trop chère, donc j’apportais mon sandwich, avec lequel je n’étais pas bienvenue au réfectoire avec les autres élèves)
  • Le privilège d’être propriétaire de son logement
  • Le privilège de pouvoir posséder plusieurs logements
  • Le supra privilège de posséder plusieurs logements, et de ne pas les louer par flemme, ou en attendant que les prix montent, ou parce que « c’est pour les vacances »
  • Le privilège de pouvoir envisager de retourner vivre chez ses parents mais sans travailler, sans leur payer quoique ce soit, sans aider financièrement, mais en se faisant entretenir
  • Le privilège, études ou pas, d’être entretenu, complétement ou partiellement, par ces parents après la majorité (oui je sais « selon la loi blablabla » et bien cette loi est intenable pour bien des familles, et porter plainte contre tes parents ne les aidera pas à trouver de l’argent à la fin d’un arc-en-ciel)
  • Le privilège de ne jamais avoir envisagé de sauter une douche par économie
  • Le privilège de choisir tes vêtements en fonction de tes goûts personnels
  • Le privilège de choisir tes aliments en fonction de tes goûts personnels
  • Le privilège de pouvoir dire « oh c’est un peu cher, mais c’est un investissement, ça vaut le coup » sans imaginer que la personne n’a jamais eu une telle somme à dépenser à ce sujet
  • Le privilège de pouvoir dire « il faut savoir ce qu’on veut, et rogner sur autre chose pour se le payer si besoin », sans imaginer que certains n’ont plus rien sur quoi rogner, à part la bouffe, le logement et l’hygiène, ou, le cas échéant, le bien-être des enfants
  • Le privilège d’avoir un jour envisagé que les pauvres, ils n’ont qu’à ne pas faire d’enfants
  • Le privilège de croire sincèrement qu’un gosse coûte moins chez que ce que rapportent l’allocation
  • Le privilège de n’apprendre le coût de la vie que le jour où tu deviens indépendant
  • Le privilège d’avoir eu toutes les consoles que tu voulais quand tu étais petit et clamer que ceux qui ne les ont pas connues « ce sont pas des vrais »
  • Le privilège de croire que les pauvres sont une minorité (oué oué, y en a, j’étais impressionnée par tant de naïveté)
  • Le privilège de croire qu’à 2000€ par mois net, on a un salaire modeste (coucou, c’est largement au dessus du salaire médian)
  • Le privilège de considérer que la solidarité, ça ne sert à rien d’autre qu’à vous vider les poches
  • Le privilège de pouvoir faire des cadeaux à des gens non-strictement ami-e-s (pour les influencer, leur faire passer un message par exempel via un livre qui fait autorité)
  • Le privilège de ne presque pas connaître la solitude (c’est plus facile d’avoir des ami-e-s quand on peut se payer des sorties…)
  • Le privilège de ne pas devoir vérifier son compte en banque avant d’aller faire des courses (au cas où un imprévu est arrivué, ou un oubli type un chèque encaissé des mois plus tard)
  • Le privilège d’avoir été emmené en vancance par ses parents, tous les ans, à l’étranger. Ou d’avoir été emmener en vacances tout cours, pendant son enfance. Que les vacances ne se résument pas à « aller chez tatie/tonton » ou « aller mes grands parents » en croisant les doigts pour qu’ils habitent dans un endroit cool, d’avoir aussi connu des colonies, des camps de vacances avec plein d’activités avec des gens de ton âge
  • Le privilège d’avoir pu payer pour les voyages scolaires, d’avoir trouvé que les activités tombola/gâteau pour baisser le coût du voyage ça servait à rien, de pas t’être senti minable, à deux dans la salle de classe à faire des révisions, pendant que les autres sont partis
  • le privilège de ne pas avoir angoissé à chaque retour de vacances de Noël en te demandant quels cadeaux tu allais inventer quand on te demanderait ce que tu as eu, toi, pour Noël
  • Le privilège d’avoir pu passer le week end à faire des trucs cools avec tes parents car, ils pouvaient se permettre de pas travailler le week end
  • le privilège d’être allé au ski en famille (ou même entre potes) sans avoir l’impression qu’en une journée tu claquais ton budget vacances de l’année
  • Privilège d’aimer le sport, en tant qu’adulte, d’avoir encore besoin de sport, d’être encore en état d’en pratiquer car ton travail ne détruit pas ton corps, avoir du temps et de l’argent pour cela
  • Le privilège de choisir ce que tu veux au restau, en disant qu’on s’en fout du prix, et dire qu’on va diviser l’addition en part égale sans réaliser que dans le groupe y en a un qui a presque rien bouffé pour économiser

 

Axe culturel

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas bourgeois qu’on n’a pas accès à la culture, mais encore faut il savoir… c’est quoi LA culture ? En tout cas, celle qui vous aidera dans la vie, à l’école, au travail, ce sera la culture « académique », la culture qui est prônée à l’école. Ce ne sera pas l’art de préparer la terre à la culture du potiron, ni les techniques de manutention en usine, ni la bonne manière de mettre l’ambiance à un apéro-pétanque, ni tout savoir sur Jonnhy Halliday. Ce sera plutôt avoir lu les bons livres des grands auteurs, aimer la musque classique et l’opéra, avoir pris latin dès le collège, faire du tennis et non pas du foot, etc. LA culture qui aide à se hisser vers les classes sociales supérieures. Celle qu’on vous présente comme LA culture à l’école et dont peut-être vous avez vu exclues bien des choses que vous trouviez pourtant intéressantes.

  • Le privilège ne pas avoir conscience de son privilège
  • Le privilège d’avoir reçu une éducation familiale en accord avec celle de l’école, ne pas avoir eu à te justifier de vouloir absolument un livre alors que t’en a déjà eu un à Noël, ne pas avoir à insister sur l’utilité de l’école et ta nécessité de continuer après
  • Le privilège d’avoir pu attendre de ses parents qu’ils corrigent tes devoirs, t’aident à les faire, relisent tes dissertations et sachent comment les améliorer, jusqu’au bac, voire, même, qu’ils puissent relire tes devoirs et mémoires pendant tes études, les comprennent et puissent te conseiller
  • Le privilège de ne pas avoir été traité-e de plouc, de bouseux, de crétin, ou d’illettré à cause d’une référence culturelle qui t’es chère et/ou est chère à ta famille.
  • Le privilège de ne pas avoir à grincer des dents en entendant tout ton groupe « d’amis » faire du mépris de classe, et insulter au passage toi et tes proches sans même le réaliser
  • Le privilège de ne pas voir ton niveau de vie et/ou ta profession considérés comme une menace, là où on atterrit quand on n’a pas bien travaillé à l’école (exemple: chez les caissier-ères c’est super courant, les parents qui sortent « tu vois où tu vas finir si tu ne travailles pas bien à l’école ?  » devant tout le monde.)
  • Le privilège de croire encore à l’âge adulte qu’il suffit de bien travailler à l’école pour réussir. Les enfants de prolo y croient parfois car leurs parents veulent les en convaincre, pour les motiver, et puis le temps fait son œuvre…
  • Le privilège de crier à la haine de classe quand une personne pauvre remarque que vous êtes aisé et qu’il se trouve que vous ne l’assumez pas
  • Le privilège de crier à la haine de classe quand vous devenez oppressants et qu’on vous réplique que vous êtes en train de faire du tord à quelqu’un, de causer de la peine
  • Le privilège de ne sincèrement pas comprendre pourquoi s’exprimer uniquement en anglais dans un travail collaboratif comprenant surtout des français est excluant, et de considérer que les autres n’ont qu’à apprendre / le privilège de trouver que traduire des documents, c’est une perte de temps
  • Le privilège d’avoir reçu des conseils d’orientations avisés de personnes de ta famille
  • Le privilège de considérer que la ruralité, c’est juste une minorité, de trouver principalement des référence à la vie citadine dans les fictions, de voir les politiciens s’intéresser principalement aux problèmes des citadins, et de ne pas équarquiller les yeux en en entendant un clamer que de nos jour on peut se passer de voiture
  • Le privilège de ne pas voir ta culture considérée comme de la sottise, réservée aux imbéciles
  • Le privilège de ne pas avoir su avant l’université qu’il y a d’autres classes, d’autres milieux
  • Le privilège de se sentir globalement représenté par la culture académique, de t’y retrouver, de te sentir valorisé à travers elle
  • Le privilège de lire Germinal sans te dire « ça aurait été ma place il y a un siècle »
  • Le privilège de faire partie de ceux qui rigolent quand le prof d’éco parle de cette théorie selon laquelle il faut liquider les pauvres pour avoir une bonne économie
  • Privilège de connaître le solfège, de savoir jouer d’un instrument. Instrument susceptible d’être encombrant genre piano ou harpe.
  • Privilège d’avoir été orienté vers les bons sports et les bonnes activités extra-scolaires quand tu étais enfant, celles valorisantes

À continuer…

Posted in Fléaux sociaux | 76 Comments