Benzos pour la vie

Initialement publié le 28/07/2014

Les Benzodiazépines sont une classe de composés chimiques que l’ont retrouve parmi des anxiolytiques, des médicaments pour atténuer l’anxiété, les attaques de paniques, les crises de manque lors d’un sevrage chez un-e alcoolique, les insomnies, et autres. Parmi les plus connus figurent le Xanax (Alprazolam), le Lexomil (Bromazépam) et le Lysanxia (Prazépam).

Concernant leur prescription, les consignes données au corps médical sont assez claires : comme ces médicaments peuvent provoquer une accoutumance, une tolérance, une addiction, voire, créer un manque lors du sevrage, ils ne doivent pas être prescrits plus de 3 à 4 semaines. Au delà, il est demandé d’utiliser un traitement de fond comme des antidépresseurs, qui sont aussi anxiolytiques, on ne les prescrit pas uniquement pour des dépressions ou une psychothérapie. Concernant les angoisses et phobies, la thérapie qui monte en ce moment est la TCC : thérapie cognitivo-comportementale.

Cependant un traitement de fond a ses propres inconvénient : le temps ! Il faut un mois à six semaines d’adaptation pour la plupart des antidépresseurs, même pour un connu pour son excellent rapport efficacité-effets secondaires, le Séroplex (Escitalopram). Pendant ce temps d’adaptation il est difficile de continuer ses activités : on est sédaté, on dort trop, on manque de concentration, on peut avoir des nausées, des tremblements, on est trop fatigué. Concernant les psychothérapies et les TCC, en attendant qu’elles fassent effet, il peut se passer des mois durant lesquels on subit sa maladie/ses symptômes de plein fouet ! Difficile aussi de reprendre ses activités habituelles alors qu’on ne va pas mieux.

J’en viens donc au problème social qui se pose et qui cause les mauvaises prescriptions et les mauvais suivis : le travail. Parce qu’en arrêt de travail, la plupart d’entre nous verrons nos revenus divisés par deux. Parce que si on n’a pas de CDI cela peut aussi signifier qu’on va perdre son emploi et qu’on a pas forcément assez d’heures pour toucher une allocation chômage correcte. Il peut aussi s’agir des convictions politiques de votre médecin qui déteste donner des arrêt de travail long et veut vous remettre au turbin aussi vite que possible « pour votre bien ». Que cette volonté vienne du médecin ou du patient, dans le deuxième cas volonté biaisée par la nécessité (la pauvreté, la précarité…), il s’avère que les benzodiazépines sont prescrits sur plusieurs mois, plusieurs années, comme si de rien n’était. Il s’agit d’un phénomène d’une grande banalité en France, d’autant plus que ces médicaments sont plutôt bien remboursés, en tout cas, mieux que les anti-dépresseurs et les psychiatres secteur 2 (les seuls qui ont encore de la place pour un R.D.V. avant l’année prochaine) ou les psychologues !

Je suis accro au Prazépam. Et quand j’ai l’occasion de discuter avec des patients ayant des pathologies similaires aux miennes, une sur deux est accro à un Benzodiazépine.

La CPAM (caisse maladie de la Sécurité Sociale) finance donc la plongée dans une addiction de patients qui pourraient bénéficier d’un traitement moins risqué et plus efficace. Pour quelle raison ? POUR QU’ILS/ELLES TRAVAILLENT !

S’il était envisageable de faire une longue pause dans sa carrière pour se dédier à sa santé, sans que cela nous plonge dans une grande pauvreté, beaucoup d’entre nous pourrions guérir, aller mieux, pouvoir reprendre le travail, peut-être simplement à mi-temps. Ou alors peut-être que le thérapeute pourrait déceler que notre travail cause nos symptômes et que nous pourrions bénéficier de formations pour avoir un emploi plus adapté. Mais tout cela, ce sont des plans sains et sur le long terme. Et je pense que dans notre société, le plan est malsain et consiste simplement à nous faire turbiner et culpabiliser de ne jamais assez bosser.

J’ai tenu deux ans au travail en cumulant le Prazépam et l’alcool (j’ai l’alcool doux, ça me calme, je n’ai pas l’air ivre) et puis comme vous pouvez le deviner il ne s’agit pas d’une solution très saine, alors j’ai finis par péter un câble. J’ai été internée de force en hôpital psychiatrique où j’ai eu tout le loisir de constater leur manque cruel de moyens (comparé aux cliniques, mais là il vous faut une bonne mutuelle, donc un job ou du pognon, serpent qui se mort la queue etc).

Des comme moi il y en a des milliers.

Alors je rêve d’une société :

où se soigner n’est pas un luxe réservé aux personnes pouvant se faire entretenir par leurs proches;
où la santé des prolétaires et des pauvres et des plus démunis passe avant le besoin totalement inventé de travailler toujours plus;
où les maladies mentales sont traitées comme les autres maladies, qu’on les considère avec sérieux, qu’on cesse de nier leur existence ou de prétendre que « tout le monde l’a, on fait avec, on a des hauts et des bas »;
où les malades mentaux ne sont plus stigmatisés, qualifiés de simple paresseux ou de criminel en devenir;
où les handicapés ont des solutions pour vivre en autonomie et au dessus du seuil de pauvreté;
où la MDPH a les moyens nécessaires pour traiter rapidement les nouveaux dossiers car les besoins liés au handicap, y compris au handicap mental, sont urgents !

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