Mon parapluie

Initialement publié le 19/05/2015

Ni cis, ni hétér@, je n’ai pas tout pour plaire. J’ai mauvais genre, mon attitude est source de nombreux reproches depuis mon enfance. Je ne pensais vraiment pas à mal. J’ai naïvement cru que ce que je ressentais était normal, que le sentiment d’exclusion venait entièrement de mon incapacité à me faire des ami⋅es. C’est toujours agaçant quand tu reçois le commentaire que ton écriture, ton attitude, ta façon de faire, ne sont pas convenables pour une fille. C’est réducteur et sexiste. Mais pour ma part il y avait plusieurs chocs à différents degrés quand on m’assénait une de ces bêtises. Sur le coup je me disais « oulah, attend, je suis une fille ? ». Ce n’est pourtant pas faute de me le rappeler hein ! Mais ça ne voulait pas imprimer.

Alors ça donne quoi ? Mini Gwenn commençant à penser à sa transition ? Et bien non car je n’étais pas non plus un garçon. L’idée de ressembler à un garçon me semblait ridicule (ils ont les cheveux courts ces gros nuls) et être pris⋅e pour un garçon me vexait. Me rappeler que je suis une fille aux yeux des autres me vexait aussi.

J’aurais mis le temps hein, si vous ne comprenez pas, pour le coup, je ne vous en veux pas… Quoique comme je prends la peine d’expliquer j’aimerais que vous fassiez un effort. Ce qui me vexait, ce n’était pas les différents aspects d’un genre ou d’un autre mais la binarité. La supposition que j’étais soit l’un soit l’autre. Même avec les adultes les plus ouverts il y avait une injonction à faire un choix tranché. Puisque j’agissais en garçon manqué, pourquoi refusais-je d’avoir les cheveux courts et pourquoi étais-je aussi naze en sports ?

Non seulement ce choix est crétin mais en plus cela ne m’aurait pas apporter autant de bonnes choses que promises. Même en me conformant aux codes genrés des garçons j’aurais continué à subir des pressions pour être féminine ainsi que des brimades. En commençant une transition j… hahaha aucune chance que ça arrive ! Pas avec des parents aussi conventionnels que les miens !

Ça va mieux hein depuis 2008 je ne vis plus chez eux. Mais j’ai quand même bien barboté dans mon genre avant de comprendre où était la confusion. Les « trans non binaires » les « agenre » les « neutrois » les « genderfluid », une faune inconnue s’est présentée devant moi. Bonheur ! Sérieusement ? Genre vous vosu auto-définissez sans avoir à vous réfugier dans des genres binaires et déjà existant ? HAHAHA !

Donc « agenre » est le terme que j’utilise désormais pour qualifier mon genre.

Et au dessus de ça il y a tout mon passé de sans genre fixe, ainsi que ma bisexualité/pansexualité, sans oublier les expériences militantes qui m’ont mené⋅e à quelques une des plus belles rencontres de ma vie. Un mot parapluie existe pour qualifier tout cela : « queer ». Beaucoup de sens pour un mot pourtant léger que je soulève au dessus de ma tête comme un artefact de défense magique efficace contre tous les éléments. L’homophobie, l’essentialisme, le sexisme, le machisme, la violence, la biphobie, la transphobie, ne passent pas à travers. Queer est tendu, solide, solidaire, attaché.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

83 + = 89