Ma petite aventure avec le Quotient Intellectuel et la surdouance

Le QI serait censé calculer la capacité à raisonner logiquement d’une personne, sa capacité intellectuelle. On aimerait bien croire que les tests de QI sont des tests objectifs, ce serait rassurant, car l’intelligence est une notion subjective influencée par la culture, l’éducation, la façon de s’exprimer, la confiance en soi et le stress. Cependant, les tests de QI standards ne font rien pour écarter ces nombreux biais. Certaines questions seront très faciles pour qui a déjà vu un problème similaire à l’école, et demanderont une grande capacité de déduction à la personne pour qui c’est une nouveauté, ainsi que plus de temps. Il s’agit alors d’une évaluation du niveau scolaire.

Si vous êtes adeptes de ces tests, vous avez pu avoir des résultats très différents au cours de votre vie. Non seulement vous n’aviez pas la même éducation, mais en plus vous n’étiez pas dans le même état de fatigue et de stress. Comment espérer d’un enfant en difficulté scolaire et testé par des psys et/ou ses parents de ne pas être stressé ? Il sait très bien que les adultes ont des attentes bien précises.

Une intelligence générale ?

Un nombre, un seul, quantifierait notre intelligence. Mais par quelle magie ? Quelle intelligence ? En effet il n’existe aucunes données décrivant l’existence d’une intelligence unique et facile à définir. En revanche, les cogniticiens peuvent étudier différentes formes d’intelligence qu’on va plus ou moins solicité dans différents aspects de nos vies.

Je vous renvoie au facteur CHC décrit ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_de_Cattell-Horn-Carroll S’il est possible d’évaluer la mémoire d’une personne, son niveau de langage, sa capacité d’observation, il est impossible de dégager un facteur « g » général qui indiquerait la qualité de l’intelligence d’une personne dans son intégrité. Comment un test unique, standard, pourrait il évaluer des personnes qui ont des connaissances différentes, une rapidité différente, une mémoire fonctionnant différemment, certaines très habiles à l’écrit, d’autes à l’oral ? Les tests de QI déterminent ils autre chose que la capacité à réussir un test de QI ?

Comme je ne suis pas là pour écrire un mémoire, et qu’en plus d’autres ont déjà étudié la question, je vais plutôt vous conter mes aventures avec le QI, la scolarité, et le rapport à l’autre.

TW : maltraitance et harcèlement scolaire

Petit génie

À mon entrée en maternelle, j’étais ravi⋅e. Ma première priorité était de ne plus être enfermé⋅e chez moi avec ma mère maltraitante. Voici déjà une petite idée de mon rapport à l’école. Je voulais à tout pris réussir à l’école, et partir très très vite dans des écoles très très loin, celles qu’on voit à la télé, avec les salles immenses où 300 personnes écoutent un prof devant un tableau géant plein de formules. Venant d’un milieu modeste, l’école au delà du vilalge, pour moi, c’était une notion floue.

J’ai ingurgité les leçons à toute vitesse et j’ai assez rapidement fais le tour de ce qu’on doit apprendre en maternelle. Couleurs, chiffres, alphabet, d’accord, mais quand est ce qu’on lit ? En revanche, je passais mon temps livre replié⋅e sur moi-même, à dessiner ou empiler des objets dans l’odre croissant et triés par couleurs. Qu’on vienne renverser ma tour, ou mélanger mes feutres, ou pire, qu’un enfant essaie de me parler, et je m’énervais. Je soufflais, prenais mes jouets, et partais m’installer plus loin. Je ne m’asseyais qu’aux tables vides, s’il n’y en avait pas, je m’asseyais par terre. Peut-on faire plus cliché ? Mes institutrices ont bien compris qu’elles avaient affaire à un de ces enfants « particulier », mais attention pas de gros mot, qui doit voir le psy.

Elles ont alors tenté d’en informer mes parents, croyant bien faire… ils ont été furax. Dans ma famille, tout ce qui commence par « psy » est au mieux inutile, au pire insultant. En parlant de me faire voir un psychologue pour enfant, les institutrices ont donné à mes parents l’impression qu’elles me trouvaient bêtes. Mon père est monté sur ses grands chevaux pour brandir ma réussite scolaire incontestable. Ma mère, elle, flippait à l’idée que je parle au gentil docteur de ce qu’il se passe à la maison.

Je suis passé⋅e en CP sans voir le psy-qui-fait-peur. Changement de rythme: il faut rester à sa table toute la journée, et faire uniquement l’activité prévue par l’enseignante toute la journée. L’ordre et le silence me plaisaient, car cela voulait dire les enfants allaient arrêter de venir me tartiner de bave ou de hurler: je parlais bas, par rapport à la plupart des enfants, donc j’avais l’impression de me faire crier dessus assez facilement. En bref, j’étais ravi⋅e de la baisse des occasions de socialisation. En revanche, je travaillais très vite, et j’ai appris à lire sans hésiter en une semaine. J’ai harcelé mon père pour qu’il me lise la totalité des phonèmes du manuel, et c’était terminé. Je savais lire, je pensais alors que je n’aurais plus jamais besoin de me coltiner les discours oraux d’un enseignant puisque tout est dans les livres.

La deuxième semaine de CP commença, et j’étais très irrité⋅e car l’instit parlait à longueur de journée. Comment lire dans des conditions pareilles ? J’ai alors commencé à « bavarder ». Mais je n’avais pas d’ami, donc je parlais seul⋅e. Je récitais tout ce que je savais sur un sujet, comme l’instit. Puis j’étais puni⋅e pour bavardage. Entre deux punitions pour bavardage, les profs essayaient d’expliquer à mes parents que j’avais besoin de me faire des amis. Mais enfin, si je bavarde, c’est bien que j’ai des amis ? 10/10 en lecture, 0/10 en récréation. Un harcèlement scolaire systématique et organisé a commencé et ne m’a pas quitté avant mon entrée au lycée. Je me faisais insulter, frapper, pousser, voler mes affaires, casser mes affaires, déchirer mes habits, baisser ma culotte… J’ai finis par repérer une autre petite fille seule et lui parler. Une grande amitié a commencé. À l’époque, je ne réalisais pas que notre amitié était honteusement asymétrique.

Mais les notes, oh les saintes notes ! Quel ravissement ! des 20/20, des 18… 15 était mon pire résultat possible. J’avais appris à lever la main avant de parler, et les instits n’en demandaient pas plus finalement. Mes monologues sont devenus des « participation » et ça, c’est bien mon petit. C’est 20/20. Le monologue était devenu ma forme de socialisation numéro 1. Monologuer devant quelqu’un, c’était « discuter », il suffisait d’attendre son tour. Peu importe que les gens m’écoutent ou non. Je ne m’en rendais même pas compte. Et pendant ce temps, comme les psy étaient toujours l’engeance de satan pour ma famille, je n’étais toujours pas officiellement autiste.

Durant cette période, les adultes proches de moi aimaient vanter mon intelligence, et me qualifier de surdoué⋅e. Durant ma scolarité, les sauts de classe étaient tombés en disgrâce, c’était mal vu de faire sauter des classes, donc personne n’en prenait le risque. Les instits étaient un peu agacées de ne pas pouvoir m’envoyer plus loin, vu que ma rapidité pouvait déranger la classe. L’une d’elles m’avait complétement pris’ en grippe. Apparament, attendre sans rien faire était devenu la qualité première qu’on attendait de moi. Je navigais dans mon imagination, et il pouvait être difficile de me faire atterrir. Dans ma famille, j’avais appris que si je suis immobile et silencieux⋅se, je suis « sage ». Mais en société, on pouvait me trouver flippant⋅e. Un enfant de 8 ans n’est pas censé passer une heure et demi à fixer les joints d’un carrelage en silence. Personne ne sait que tu établis des modèles mathématiques dans ta tête. Surtout si tu n’as pas assez d’estime de toi pour partager tes divagations.

Alors, étais-je surdoué⋅e ? Avais je un « haut » QI ? Je ne pense pas, honnêtement. Je pense que durant l’école primaire, mes intérêts personnels ont coïncidés avec les intérêts des adultes qui avaient autorité sur moi. Mes loisirs impliquaient beaucoup de lecture et de puzzle, je prenais donc de l’avance en jouant. Faire mes devoirs me ravissait tant qu’on me laissait les faire seul’ et après avoir regardé les dessins animés. Une perturbation dans mon programme en revanche, impliquait une page blanche dans mon cahier. Mon père pouvait passer 2 heures à me crier dessus jusqu’à ce que j’arrive à réduire la fraction, rien à faire. Il m’a même traité d’abruti⋅e, lui qui me pensait surdoué⋅e 2 jours plus tôt. (la fraction était 36/9, qu’on peut réduire en 12/3, puis 4/1, mais pose moi la même question avec quelqu’un qui cri à côté, et après que j’ai eu un imprévu dans la journée, et j’en serai incapable)

Pour les autres

Le collège, ce fut avant tout 4 années de torture intense et incessantes. Le harcèlement scolaire avait pris des proportions incontrôlables, et ma vie de famille était de pire en pire. Je n’avais aucun droit de sortie, par défaut, et n’avait donc qu’à de très rares occasions la possibilité d’échapper à la violence. Ma seule amie était toujours quelqu’un qui était très contente d’avoir une amie obéissante et qui ne prend pas compte de ses propres besoins, et régulièrement elle cessait d’être mon amie pour revenir comme si rien n’était. Je ne pense pas avoir eu une seule relation sociale « normale » tout ce temps. Entre la violence, la manipulation, et ma propre incapacité à comprendre les codes sociaux, ma vie sociale était une blague cruelle.

Steven Universe lisant le livre "how to talk to people"

De la sixième à la troisième, progressivement, mes notes sont allées d’excellentes à moyennes. Ma participation en classe a aussi baissé. Aux réunions parent-prof, je n’avais pas mon mot à dire. Les deux s’accordaient à dire que j’étais « très intelligente » mais que je « me reposais sur mes aquis ». En gros, ils pensaient que je ne travaillaient plus, mais réussissait à garder des résultats corrects par pur talent. Allez savoir de quoi ce talent était fait.

Voici la version courte : je n’ai jamais eu de talent magique qui transforme en petit génie. Je travaillais, beaucoup, et j’ai eu pendant un temps les bons outils à ma disposition. Mais ce n’était plus le cas.

Les livres étaient très important pour que je travaille, vu que je ne sortais pas et n’avais pas beaucoup de socialisation. Enfant, ma bibliothèque était bien garnie. Le livre sur l’espace, celui sur le corps humain, l’encyclopédie junior et les fiches égypte ancienne (aux éditions atlas tu sais, c’était une vraie arnaque) suffisaient pour faire de toi un élève de primaire génial si tu les apprends par cœur. J’étais aussi inscrit’ à la bibliothèque, dont la session enfant était très correcte. Cependant, comme beaucoup de bibliothèques de petits villages, il n’y avait pas vraiment de session adolescent, et du côté des adultes, c’était en majorité de la fiction. Les non-fiction pour enfant étaient très sommaires. Mes parents aimaient se vanter de mon amour de la lecture, mais lisant peu eux mêmes, ne voyaient pas pourquoi je ne pouvais pas me contenter de la bibliothèquedu village. Je ne mettais jamais les pieds dans une librairie, on n’avait pas les moyens de toute façon. Ma grand-mère a eu la lumière de m’offrir les Harry Potter. Mais heureusement que je les lisais en boucle, car par la suite les livres se sont faits rares. J’ai du en revevoir 6 ou 7 sur toute la durée du collège, tous des fictions.

Ensuite, il y avait ma santé. J’étais déjà insomniaque enfant, mais ça s’est agravé à l’adolesence. Pour les autistes, c’est très courant, mais je n’étais pas diagnostiqué⋅e. Aujourd’hui je prends la mélatonine dont j’ai besoin, et je sais dire non quand je suis trop fatigué⋅e pour sortir. À l’époque, ma famille pensait que l’insomnie est un problème de dicipline. Donc, aucune prise en charge, mais des engueulades. Ma courbe de croissance a beaucoup perdu, j’avais constamment des cernes bleues et gonflées, mais on faisait comme si c’était normal. Mes problèmes de dos avaient été pris en charge pendant 3 mois quelque part en 1999, mais on n’en a plus parlé ensuite, c’était censé être résolu, et les douleurs étaient du cinéma. Bref, j’étais dans un état déplorable d’épuisement et de douleur. Quant à ma santé mentale, étant harcelé à l’école sans que personne ne prenne mes plaintes au sérieux, et maltraité⋅e à la maison sans que le reste de ma famille ne me croit, elle était désastreuse. Je n’accordais aucune valeur à ma propre vie, encore moins à ce que je pouvais ressentir, penser, savoir. J’étais de moins en moins « bavard’ ». Je tâchais de disparaître. Parfois le manque de socialisation me faisait souffrir et j’essayais de parler à quelqu’un ou de participer à un projet, mais ça se finissait toujours dans les larmes pour moi et les rires pour les autres.

Je ne vivais pas pour moi même. Je voulais devenir un vrai être humain, à qui on parle, à qui on demande « comment ça va ? ». Il fallait que je prouve ma valeur, mais je n’arrivais même plus à être premièr’ de la classe. Alors que faire ?

Je ne correspondais plus à l’idéal de l’enfant sage et génial. J’étais un’ ado avec des problèmes, des notes moyennes et se plaignait. On a continué de parler de surdouance, mais pour me faire des reproches. Puisque j’étais surdoué⋅e, pourquoi n’avais je pas de meilleures notes ? Les élèves en difficulté, les profs les prenaient à part pour des explications, et les félicitaient quand leurs notes s’amélioraient dgun demi-point. Quand je m’améliorais, on me disait « ah tu t’es réveillée enfin ! », et quand je rechutais « il faut travailler hein ! ». Je travaillais, beaucoup ! En cours, peu écoutaient autant que moi. Je ne faisais pas les 400 coups, je ne dessinais pas, je n’envoyais pas de texto, je bossais. Le plus gros du travail est d’écouter en cours, et en fait on est assez peu à le faire tout au long de la journée. Pour celles et ceux qui ont des amis, c’est plus tentant de socialiser. Ensuite, chez moi, je préparais les cours suivants, lisais mes leçons, faisais tous mes exercices.

Au lycée, je travaillais énormément. Soirs, week-ends, vacances, je voulais m’assurer que j’irais étudier très loin, et longtemps, pour éviter de vivre avec ma famille. Je ne pouvais pas les laisser avoir le moindre prétexte de me garder dans le coin. Les relations avec ma mère étaient pires que jamais et elle disait qu’elle avait hâte que je parte, mais aussi qu’elle voulait que je me marie vite avec un mec riche du coin. Elle voulait se débarasser de ses responsabilités envers moi mais me garder sous son emprise, et sous dépendance.

Plus personne ne me considérait comme une élève surdouée. J’étais moyen⋅ne sur toute la ligne. J’avais un mal de chien à comprendre ce que les enseignants attendaient de moi, et ils étaient bien décidé à ne surtout pas le dire. Mes parents n’ont pas fait le lycée, donc ils n’étaient pas plus avancés mais attendaient tout de même que je réussisse sur toute la ligne. En revanche, le lycée m’ayant fait changer de ville, j’avais laissé le harcèlement derrière moi. Il y avait bien quelques personnes qui ne pouvaient pas me piffrer, mais c’était risible. J’ai commencé à m’exprimer de façon exagérée presque tout le temps. Je parlais fort, riais fort, je faisais tout le temps des blagues. C’était comme ça que je voyais les gens « qui ont des amis ». Mon imitation était des plus maladroites. Mais au moins, j’avais quelques potes parmi les gros nerds qui récitent du Naheulbeuk à la pause midi et débattent sur le contenu du manuel d’économie. Dans cette ville, j’avais accès à une librairie (la bibliothèque en revanche fermait avant que je sorte du lycée), j’ai pu me défouler en lisant, mais ça n’aidait pas beaucoup pour la scolarité vu que je ne savais pas comment m’y prendre. Par exemple, je croyais qu’il fallait lire les classiques de la littérature en entier et se faire son propre avis (c’est ce qu’on dit!), alors qu’il faut surtout connaître par cœur l’analyse de l’œuvre approuvée par ton prof.

Pendant tout ce temps, j’ai en fait peu changé. J’étais en manque de socialisation, autiste, en manque de sommeil, et je travaillais énormément. Mais la qualification de génie n’a dépendu que d’une chose : que je demande à mes enseignants le moins d’efforts possibles. Donc la première étape, était d’être un génie à leurs yeux, puis d’être un génie qui ne fais pas d’efforts (mais au moins je ne leur demandais rien), puis d’être moyen⋅ne et en plus super pénible avec mes questions après les cours.

La douance, le haut QI, c’est une arnaque. On trime comme pas permis, et voilà que ce serait un talent codé dans notre cerveau pour la vie ? Alors pourquoi peut on redescendre du statut de surdoué ? Il faut croire que le travail personnel et l’environnement jouent un rôle. Et pourquoi y a t il autant de surdoués dans les classes sociales supérieures ? Lâchez les tests standards, et mettez vous à la socio.

Ma capacité à répondre à un test de QI est bonne, mais je n’ai jamais été surdoué. J’ai répondu à des attentes données à un moment donné, et on m’a jugé 15 ans sur cette coïncidence. Ce dont j’ai manqué, ce n’était pas de points de QI, mais de confiance en moi, de rapports d’égal à égal, de bonnnes références et de méthodologie.

L’intelligence n’est pas si simple à mesurer. Un prof qui vous qualifie de bête est juste un prof super paresseux. Un prof qui vous qualifie de génie ? Il est probablement tout aussi paresseux.

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