Hopsiweb : Deuxième Assault

« on vous l’avait bien dit »

Militer pour les droits des personnes psychiatrisées a un côté Cassandre : nous voyons les mesures mises en places, prédisons une issue fatale, et personne ne nous croit. Puis ça arrive.

Résumé des épisodes précédents :

Vous pourrez lire ici le manifeste du Collectif Contre Hopsiweb, sorti quand le décret a été adopté et paru au Journal Officiel  : https://contrehopsyweb.wordpress.com/2018/06/08/premier-article-de-blog/

Et ici un des premiers articles de journal sortis à ce sujet pour avertir des dangers de ce décret : http://www.lavoixdunord.fr/429944/article/2018-08-09/les-patients-internes-sans-consentement-craignent-le-fichage

La modification du décret Hopsiweb

Le Monde parle de cette modification dans un article accessible aux non-abonnés, ce qui est une excellente chose car les textes légaux et les avis de la CNIL ne sont pas facile à déchiffer quand on n’en connait pas le jargon : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/07/radicalisation-et-psychiatrie-les-donnees-de-deux-fichiers-pourront-etre-consultees-par-les-prefets_5459292_3224.html

Le décret Hopsiweb a été modifié en vue de cibler plus intensément les personnes suspectées de « radicalisation », c’est à dire qui *pourraient* devenir des terroristes. Il peut s’agit de personnes dont on juge qu’elles ont voyagé en Syrie au mauvais moment, ou qui sont allées souvent en manifestations, ou qui se sont trop fait remarquées des services de police. Loin de moi l’idée de prétendre que la menace terroriste n ’existe pas, mais les tentatives de « prédire » qui sera un terroriste n’ont donné comme seul résultat que le fichage de personnes musulmanes, de personnes pauvres et précarisées, de personnes en lutte contre des projets de loi menaçant les minorités. Il y a eu également un fichage massif de personnes aidant les réfugiés à se protéger (délit de solidarité ou simple coup de main qui ne tombe pas sous le coup de la loi). Récemment, une avocate venant en aide aux réfugiés tout à fait légalement a pu découvrir en voyageant qu’elle était fichée S.

Avec le nouveau décret, la police peut accéder en même temps aux listes de personnes hospitalisées en psychiatrie contre leur gré et aux listes de personnes « radicalisées ». Or, je rappelle que la préfecture de police a le pouvoir de demander l’hospitalisation forcée en psychiatrie de quelqu’un. C’est un des deux moyens légaux de le faire avec l’Hospitalisation sur Demande de Tiers. Rappelons que ces hospitalisation ne se font pas toujours légalement faute d’avocat pour les patients, et faute de suivi en dessous de 12 jours en hôpital.

L’hôpital psy se voit alors renforcé dans son rôle de deuxième prison, dans laquelle on peut être envoyé sans GAV, sans avocat, et sans aucun moyen de communiquer avant ou pendant.

Pour une personne se trouvant sur une des deux listes, il devient beaucoup plus facile de se retrouver sur la deuxième, dans un sens ou l’autre. La police peut décider de te faire interner préventivement ou de te juger radicaliser en lisant des rapports médicaux qu’elle n’est pas compétente pour comprendre.

Ce n’est plus une question de santé mentale, mais une question de droit pour toute personne résidant en France. Votre droit à protester, manifester de la colère, accéder à des soins, voyager, pratiquer la désobéissance civile, aider les personnes vulnérables, est mis à mal. Et si la GAV ne suffit pas à vous faire arrêter pour un bon moment, il restera toujours l’HP. Avez vous été hospitalisé dans le passé ? La police le saura. Avez vous hébergé des migrants ? Elle le saura aussi. On criminalise et on pathologise la solidarité et la lutte contre l’oppression dans le même temps. La préfecture a toutes les cartes en mains.

Bien sûr, dans leur bouche, il s’agira toujours d’arrêter de dangereux meurtriers en série. Mais depuis le temps, à force de constater qu’ils arrêtent surtout des militants, des hébergeurs, des gens qui fournissent du soutien matériel et juridique, des manifestants, nous sommes en droit de douter de leur objectivité. Quand nous voyons la police ravager des campements de personnes sans abri, réfugiées ou non, nous tenons à garder le droit de protester. Quand nous voyons des manifestants et des passants être mutilés par les CRS et les voltigeurs, nous nous demandons comment se protéger en GAV.

Écoutez les personnes psychiatrisées quand elles alertent sur une privation de liberté. Un jour, vous serez le fou.

 

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