Universitaire mes fesses

À l’université, dès la licence, il est enseigné comment prendre de la distance par rapport à son sujet. Il y a une chimère à atteindre, celle de l’objectivité. Tout ce qui est observé change de comportement par le simple fait d’être observé, voilà qui rend la tâche complexe. Alors toutes sortes de méthodologies sont mises au point afin de décider quelle est la méthode la plus correcte, la plus juste, qui prend le plus de recul, d’éviter de se baser sur nos sentiments personnels et expériences, ce qui biaiserait le résultat, d’éviter d’influencer le sujet d’étude.

 

Je comprends cette manière de procéder. Mais j’aimerais lancer une bombe à eau : ce n’est pas LA meilleure méthode au dessus des autres. L’académisme, les universitaires, les enseignants-chercheurs, n’ont pas une manière de voire les choses forcément plus juste et supérieure sous prétexte qu’ils utilisent ces méthodes scientifiques. Et je dis cela car ce problème revient sans arrêt dans des milieux militants féministes, de lutte des classes, d’anti-racisme, etc.

 

Non je ne fais pas forcément confiance à une étude car elle a été réalisée selon des méthodes académiquement approuvées. Oui j’accorde parfois plus d’importance au discours d’une personne qui vide son sac sur un vécu très lourd.

Quand nous autres les mal instruits osons commettre des articles, il y  a toujours des universitaires pour critiquer notre manque de recul et notre subjectivité et ça y va. Est-ce que nous on vient commenter vos articles pour expliquer que votre façon d’interroger votre sujet était irrespectueuse ? Nan, car la plupart du temps nous n’avons même pas accès à votre article, il est impossible de laisser une réponse même si on est directement touché par l’article, pas de droit de réponse publiable, ou alors il y a tant de jargon que c’est indéchiffrable.

 

Je remarque que les militants avec le plus gros bagage universitaire ont tendance à prendre plus d’espace, se sentir plus légitime et ne se gênent pas pour rabaisser les autres à leur statut de simple sujet d’études.

 

Que nous soyons des putes, des enfants battus, des survivant-es de crimes, etc., nous ne sommes pas juste là pour vous servir de sujet et vous permettre de vous faire mousser. Nous avons notre mot à dire et nous n’avons que rarement le luxe de pouvoir prendre du recul. Et parce que nous ne pouvons pas prendre ce recul vous le ressentez dans notre article : il y a de la colère, du ressentiment, de l’ambition, du rêve. OK Vous savez ce que je vois dans les vôtres, avec votre super recul ? Je vois de l’indifférence, de l’ignorance, de la naïveté, du mépris.

 

Alors est-ce que votre méthode est forcément meilleure ? Non.

 

Est-ce que nous pourrions songer à travailler ensemble et croiser nos compétences dans un respect mutuel ? Oui. Mais il va falloir commencer par réaliser votre position dominante dans le champ de l’expression, de la médiatisation et de la crédibilité publique.

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