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Promenade urbaine

Pré-requis

Harcèlement de rue.

Anecdote

En 2008, je me suis installé⋅e à Lyon pour suivre des études et trouver du travail. J’ai déménagé pour un village tranquille en 2015. Depuis, j’ai repris une habitude que j’avais oublié apprécier: marcher la nuit.

Souffrant d’insomnies, me promener tranquillement la nuit autour de chez moi est une des meilleures manières de gérer l’excès d’énergie et l’anxiété. Quand je vivais chez mes parents cependant il était hors de question que je sorte au milieu de la nuit. Puis en arrivant en ville ce sont les hommes, simples passants, parfaits inconnus, qui m’ont privé⋅e peu à peu de cette activité.

Parfois je voulais marcher pour me détendre après une longue journée de travail et d’apprentissage, parfois aller acheter quelquechose à l’épicerie de nuit. Dans tous les cas, les citadins décidaient de mériter leur réputation et j’étais harcelé⋅e. J’ai commencé à m’estimer heureux⋅se quand ils ne me suivaient pas jusque chez moi, c’était une bonne soirée ! J’ai appris à distinguer dans mon quartier les grandes gueules des hommes vraiments dangereux et violents. Les premiers restent pesants et effrayants mais avec l’habitude on finit par arriver à passer outre. Et puis il y a les parfaits inconnus, quelle surprise réservent ils ?

[TW viol]

Certains étaient parfaitement conscient de ce qu’ils inspiraient. En commençant à me coller, ils sussuraient « tu as peur que je te viole hein » et se mettaient à accéléler, puis riaient de me voir essayer de les éviter. D’autre posaient carrément leurs mains sur moi pour me palper avant de commenter mon corps et l’état de leur érection.

[fin TW]

Quand on a juste l’intention d’acheter un paquet de biscuits, ou de faire un tour de pâté de maison, pourquoi devrions nous nous attendre à ce genre de choses et s’y préparer ? C’est tellement systématique qu’on finit par avoir moins peur, et c’est toujours là qu’un homme se montre plus insistant et plus violent que les autres. Comme pour nous rappeler que la terreur est bien là.

Quand ma dépression s’est agravée, mon agoraphobie a pris le dessus sur ma vie et j’ai évité toute sortie au maximum. Mais même les rares fois où je mettais le nez dehors, cela arrivait. Aucun répit, jamais. J’étais très malade, amaigri⋅e, fatigué⋅e, chaque pas me coûtait, en général je transportais des courses assez lourdes vu que je ne sortais pas en faire assez souvent. Mais il ne faut attendre aucun égards de ce genres d’hommes. Canon, bien habillée, du caca dans les yeux, fiévreux, ou la cheville cassée, toutes les configurations leurs conviennent. Car il ne s’agit pas de séduction, il s’agit de s’imposer.

Puis j’ai déménagé. Dans mon village, il n’y a pas vraiment d’activité de nuit. On dîne à la pizzeria puis à 22h30 tout le monde est parti ou rentré. Les jeunes motorisés partent s’amuser dans des villages ou petites villes plus festives, ou trainer au macdo local. Les autres restent chez eux et se font chier.

Le calme relatif de la campagne m’a permis de sortir beaucoup plus souvent et de reprendre le contrôle malgré mon agoraphobie. J’ai recommencé à me promener et traîner sans autre raison que faire de l’exercice ou regarder le paysage.

J’ai un chien. Pas le genre intimidant, plutôt le genre vieille pantoufle. J’ai des rates dont une a besoin de plus d’activité que la moyenne. Donc Toto en laisse et Montserrat sur l’épaule, protégée par ma capuche ou mon écharpe, je sors me promener à 23h, minuit, 3 h du mat même plus tard/tôt selon le degré d’insomnie…

J’ai mis un moment à comprendre ce qu’il se passait, pourquoi je sortais presque tous les soirs. Pourquoi c’était si différent.

Les hommes n’étaient pas là. Ils étaient parti ailleur, faire une tournée des bars ou zoner au fast food. Faire des roues arrières sur la départementale peut-être. En tout cas ils ne trouvaient pas très intéressant de zoner dans les ruelles résidentielles d’un village dénué de vie nocturne.

Honnêtement, on pourrait même laisser un enfant, une petite fille même une préado de 12 ans sortir jouer dehors à 22H.

Rappel s’il en faut: c’est une question de pouvoir, de partage de l’espace public.

Le harcèlement de rue limite nos vies et nos expériences, empêche nos rencontres, bloquent notre développement.

Pour moi ça a commencé à 13 ans, dès que je quittais mon quartier pour longer les zones commerciales plus peuplées. La ruralité n’empêche pas les hommes de trouver des territoires. Même les automobilistes et routiers participaient. Autant vous dire que la plupart des parents ne laissaient pas sortir leur fille.

Et leurs fils ? oh, ils pouvaient sortir, ce sont même eux qui posaient le problème. Ils n’auraient pas touché à leur propre sœur bien sûr, mais les autres ? Libre service.

On devrait abolir les mecs un jour, non ?

Mon travail, ta thune, vite !

J’ai souvent vu une comparaison faite entre les femmes au foyer et les prostituées, car les deux baiseraient un homme pour de l’argent. Ça choque dit comme ça. Non seulement c’est graveleux et provocateur, mais en plus le fond est complètement à côté de la plaque. Les prostituées ont un revenu, mais l’illégalité de leur situation empêche sa régularité et de s’assurer qu’il soit versé, ainsi qu’un accès à la sécurité sociale (maladie, retraite…). Les femmes au foyer n’ont pas de revenu, absolument aucun. Continuer la lecture de Mon travail, ta thune, vite !

Service !

Fatoumata, 25 ans, 4 ans d’études dans la communication, célibataire, sans enfants.

« Service utilisateur bonjour, Fatoumata à votre service

– Que… HA NON ÇA NE VA PAS RECOMMENCER HEIN ! , en apparté, Oui chérie c’est encore un de ces call-center délocalisés en Afrique là… Je voudrais parler à un responsable, mon mobile ne fonctionne plus !

– …, elle coupe le micro quelques secondes pour tchiper, ça la détend, puis reprend, Oui monsieur vous êtes bien au service utilisateur pour les mobiles, et notre call center est situé à Asnières, Île de France. Avant de vous passer à un supérieur, je dois noter votre incident.

– Ça marche plus

– … Quelle est la nature de votre incident ? Est-ce l’écran ? La batterie, la connexion à internet ?

– C’est tout là ! J’appuie là et ça fait rien ! Continuer la lecture de Service !

Question de point de vue :)

Ce soir, sur un chan IRC que je fréquente…

[18:17] <Lui> PUTAIN
[18:17] <Lui> Ce soir y’a une super soirée (10€, OB, et des filles partout), et personne n’est motivé. 🙁
[18:17] <Lui> Je suis tristesse et déséspérance.
[18:18] <Moi> bah si, les filles
[18:18] <Moi> elles vont bien s’amuser sans vous 🙂
[18:21] <Lui> Ben non.
[18:21] <Lui> Une soirée unisexe c’est pas drôle.
[18:22] <Lui> (et c’est une fille qui m’a proposé :p)
[18:22] <Lui> (c’est une soirée d’une autre école)
[18:27] <Moi> [18:21] « <Lui> Une soirée unisexe c’est pas drôle. »
[18:27] * Moi sourit doucement
[18:27] <Moi> pauvre homme persuadé de son indispensabilité 🙂

J’en pleurerais d’amusement. 😉

Universitaire mes fesses

À l’université, dès la licence, il est enseigné comment prendre de la distance par rapport à son sujet. Il y a une chimère à atteindre, celle de l’objectivité. Tout ce qui est observé change de comportement par le simple fait d’être observé, voilà qui rend la tâche complexe. Alors toutes sortes de méthodologies sont mises au point afin de décider quelle est la méthode la plus correcte, la plus juste, qui prend le plus de recul, d’éviter de se baser sur nos sentiments personnels et expériences, ce qui biaiserait le résultat, d’éviter d’influencer le sujet d’étude.

 

Je comprends cette manière de procéder. Mais j’aimerais lancer une bombe à eau : ce n’est pas LA meilleure méthode au dessus des autres. L’académisme, les universitaires, les enseignants-chercheurs, n’ont pas une manière de voire les choses forcément plus juste et supérieure sous prétexte qu’ils utilisent ces méthodes scientifiques. Et je dis cela car ce problème revient sans arrêt dans des milieux militants féministes, de lutte des classes, d’anti-racisme, etc.

 

Non je ne fais pas forcément confiance à une étude car elle a été réalisée selon des méthodes académiquement approuvées. Oui j’accorde parfois plus d’importance au discours d’une personne qui vide son sac sur un vécu très lourd.

Quand nous autres les mal instruits osons commettre des articles, il y  a toujours des universitaires pour critiquer notre manque de recul et notre subjectivité et ça y va. Est-ce que nous on vient commenter vos articles pour expliquer que votre façon d’interroger votre sujet était irrespectueuse ? Nan, car la plupart du temps nous n’avons même pas accès à votre article, il est impossible de laisser une réponse même si on est directement touché par l’article, pas de droit de réponse publiable, ou alors il y a tant de jargon que c’est indéchiffrable.

 

Je remarque que les militants avec le plus gros bagage universitaire ont tendance à prendre plus d’espace, se sentir plus légitime et ne se gênent pas pour rabaisser les autres à leur statut de simple sujet d’études.

 

Que nous soyons des putes, des enfants battus, des survivant-es de crimes, etc., nous ne sommes pas juste là pour vous servir de sujet et vous permettre de vous faire mousser. Nous avons notre mot à dire et nous n’avons que rarement le luxe de pouvoir prendre du recul. Et parce que nous ne pouvons pas prendre ce recul vous le ressentez dans notre article : il y a de la colère, du ressentiment, de l’ambition, du rêve. OK Vous savez ce que je vois dans les vôtres, avec votre super recul ? Je vois de l’indifférence, de l’ignorance, de la naïveté, du mépris.

 

Alors est-ce que votre méthode est forcément meilleure ? Non.

 

Est-ce que nous pourrions songer à travailler ensemble et croiser nos compétences dans un respect mutuel ? Oui. Mais il va falloir commencer par réaliser votre position dominante dans le champ de l’expression, de la médiatisation et de la crédibilité publique.