Mais qu’est ce qu’on peut faire alors ? – Mois de novembre 2015

14 novembre 2015

image représentant des formes géométriques de différentes couleures, abstrait.

Suite aux attentats de cette nuit le gouvernement français a décidé d’enfoncer le clou en continuant sa politique guerrière; Les fachos organisés se sont empressés de diffuser de la propagande islamophobe; et les naïf⋅ves (au mieux) ont commencé à brandir et afficher les drapeaux bleublancrouge.

Cette nuit le peuple a eu une réaction exemplaire. Les personnes qui cherchaient refuge entre deux fusillades on été hébergées, internet a été utilisé pour mettre en relation les personnes proposant d’ouvrir leur porte et les proches des victimes. Sur les réseaux sociaux j’ai vu ressortir des articles expliquant comment gérer une crise d’angoisse, d’autres articles donnant et vérifiant des informations sur les événements, d’autres encore donnant des conseils de sécurité ou de santé.

Nous sommes le lendemain et notre travail commence. Non, nous ne ferons pas de guerre. Ce n’est pas cela notre travail. Ce gouvernement mène la guerre depuis des années, loin de nos yeux donc loin de nos cerveaux, et prétend être choqué par la tournure des événements alors qu’ils ont bien du le voir venir. Un pays ne peux pas éternellement en opprimer d’autres sans craindre un retour de bâton. Pourtant ce n’est pas le peuple qui aurait du être visé, et ce ne sont pas des membres du peuple qui auraient du commettre ces attentants. Eux et nous, c’est la même chose, de la chaire à canon, pas des décideurs, des gens qui sont envoyés devant pour se faire sauter ou tirer dessus. Nous sommes le peuple, et notre devoir populaire doit prendre les devants. Si les drapeaux me font râler c’est parce qu’ils entretiennent un sentiment patriotique créé pour asujettir les peuples et les pousser sur la ligne de front, c’était déjà ainsi au siècle dernier.

Alors quel est ce devoir dont je parle ? Celui de l’éducation populaire et du care. Celui que bien des gens fournissent déjà sans aucune rétribution: se soucier des gens, les rassurer, leur apporter refuge et subsistance, éduquer et informer.

Concrètement ?

  • Donner un nouvel élan à l’éducation populaire, enseigner l’histoire, pas celle de la France, celle des peuples, des sacrifiés, des prolétaires, des miséreux, des mères et des enfants, l’Histoire est toujours politique, prétendre l’objectivité c’est enseigné l’Histoire des dominants.
  • Dans ces mêmes mouvement prendre en main notre culture. Chacun peut enseigner à chacun. Nous avons tous des savoirs et des savoirs faire, nous savons fabriquer, organiser des idées, enseigner, écrire, lire, raconter, construire, à tous les âges, à divers niveaux.
  • Se former sur la gestion en situation de crise. Comment gérer une personne paralysée par le peur ? Une autre qui a une crise d’angoisse ? Comment administrer les premiers soins ? Qui dans le voisinage a un véhicule et peut nous conduire à l’hôpital ou en sûreté ? Qui peut stocker du matériel médical et de la nourriture ? Que ferait maman/mamie/le professeur Mac Gonagall et Mme Pomfresh ? Elles seraient en train de prévoir, anticiper, angoisser, peut-être s’en faire un peu trop ? En tout cas elles prendraient les choses en main pour nous protéger et protéger les personnes autour d’elles.

Hier, cette nuit, ce fut grand, le peuple a répondu là où l’État avait un train de retard ou était à côté de la plaque. Les médias ont entretenus la panique et manqué de pudeur envers les victimes au lieu de donner des informations utiles et vérifiées. Les ambulances n’ont pas pu suivre et les transports en commun ont fermé. Ce sont des taxis qui ont pris le relai, des gens derrière leur écran avec une connexion à internet, des gens avec un lit d’appoint et un repas à proposer. Continuons.

15 novembre 2015

image représentant des formes géométriques de différentes couleures, abstrait.L’armée française a bombarsé Rakka, en Syrie, avec des Rafales, en collaboration avec les USA, afin de détruire un poste de commandement et un camp d’entraînement de l’EI/Daesh/ISIS. Je ne peux trouver aucune informations sur les dégâts réalisés sur cette ville en dehors des deux cibles. Ce n’est pas la première fois qu’on nous parle de « frappes chirurgicales » pour découvrir sur le tard d’énormes pertes civiles. À ce train là les recrutements vont se faire avec une grande facilité de tous les côtés. Daesh avait déjà annoncé son souhait de faire pencher les musulmans occidentaux de leur côté et le gouvernement français fait tout pour que ça arrive, détruisant ce que Daesh qualifiait de zone grise. La France devrait protéger les musulmans qui sont à la fois cible des bombardements (Palestine, Irak, Syrie) et des recrutements. Mais notre gouvernement souhaite la guerre, l’islamophobie est donc volontaire.

16 novembre 2015

six-weavesilk.comImpossible de réaliser une manifestation d’envergure. Impossible de protester dans les rues contre cette guerre que perpétuent nos gouvernants. Les conséquences seront pour les peuples, ils ne prennent aucun risque sur eux.

Je propose que les pancartes que nous aurions voulu porter en public d’un bout à l’autre des villes et des villages, nous les installions à nos fenêtres où elles domineront la rue.

19 novembre 2015

fresque de la republica de la boca
Fresque à la Boca, Argentina.

État d’urgence déclaré.

État d’urgence prolongé à 3 mois.

Constitution modifiée.

Proposition soutenue par Manuel Valls d’ouvrir des camps de déradicalisation pour les suspects sur décision administrative et non pas judiciaire. L’État d’urgence permettant l’assignation à résidence mais pas l’ouverture de camps, ce sera présenté sous forme d’un amendement. L’amendement est voté.

Nouvelle proposition acceptée pour l’État d’urgence: les policiers volontaires pourront porter leur arme en dehors de leur service. Il y a de quoi craindre pour les gamin⋅es racisé⋅es, les musulman⋅es, et délits de sale gueule et mêmes les épouses des flics, quand on connaît la proportion de violences conjugales parmi eux.

Le plan vigipirate déclaré en 1995 devait être temporaire et est toujours en place vingt ans après. En modifiant la consitution comme cela a déjà été fait il est aussi possible de prolonger à l’envie l’État d’urgence. Le mot urgence sera aussi vidé de son sens que le mot « crise », vous savez, la crise qui est en fait un système durant depuis des décennies ?

Les manifestations peuvent être interdites sans justification, par « sécurité » depuis le début de l’État d’urgence. Les rues ne sont plus nôtres et les flics gagnent de nouveaux pouvoirs. La lutte sera interne et solidaire. La lutte ne peux exclure personne car c’est d’une réelle solidarité dont nous avons besoin à présent, pour prévoir, militer mais surtout agir sur le moment pour toutes les personnes déjà en danger.

Les centres de recrutement de l’armée de terre sont bondés… on sait qui ils visent.

Pauvre représentation 2

J’ai commencé à parler de la représentation dans les médias des classes populaires, des prolétaires, du lumpenprolétariat, dans un premier article. J’ai souligné la faible représentation des pauvres ainsi que leur représentation éronnée balayant tout problème politique et les soucis de survie.

Aujourd’hui je vais me pencher sur deux autres clichés du cinéma et de la télévision, mais aussi de la littérature.

Pauvre petit enfant riche triste et seul

J’aurais du mal à choisir un exemple en particulier, c’est omniprésent: dans des cartoons, des feuilletons, des films, des romans… Certaines célébrité vont aussi reprendre ce cliché pour se plaindre en nous étalant leurs privilèges. Alors que le sujet de l’enfant pauvre est soit romantisé, soit éludé, soit ignoré, les malheureux enfants riches reviennent très souvent. Le principe est que cet enfant, ado, ou jeune adulte immature (et qui peut se permettre de l’être vu qu’il n’a pas à se soucier de son train de vie), est très riche, peut obtenir tout ce qu’il désire, voyager où il veut, mener les études de son choix, se consacrer à sa vocation artistique, à sa passion, mais est en réalité malheureux car ses parents ne sont jamais là. La mère, soit on la tue, soit on en fait une pimbêche tout le temps prise par les soirées mondaines, ou alors, depuis peu, une travailleuse carriériste et sans piité. Le père, ce sera toujours son travail qui le retient ailleur. Quand il n’est pas au bureau c’est en voyage d’affaire et s’il est présent alors ce sera pendu au téléphone. Impossible de lui parler ou de prévoir quoique ce soit en sa compagnie. Donc enfant riche malheureux aimerait avoir une famille, une vraie, et non pas « juste » une nounou/gouvernante/majordome. Après le développement du problème, l’enfant riche va trouver un enfant pauvre auquel expliquer qu’il a bien de la chance d’être pauvre puisque sa famille est présente autour de lui, aimante, souriante, vivante. Ça fait penser à un bourgeois naïf rêvant d’une vie de bohême…

Mais comment se fait il que la famille de l’enfant pauvre soit si présente ? À cause du néfaste cliché selon lequel quand on est pauvre, c’est par manque de labeur. Les parents pauvres ne travailleraient pas ou très peu et pourraient alors passer du temps chez eux en famille. Quiconque ouvre les yeux sur la société qui l’entoure sans se poser des œillères conservatrices saura que ce sont des balivernes. D’autant plus avec des enfants, les salariés pauvres sont légions, les chômeur⋅ses longue durée passent la journée à courir d’une administration à l’autre, chercher du travail, et assurer des missions d’intérim ingrates. Les prolétaires rentrent chez eux érintés, avec la tête qui bourdonne à cause du bruit de l’usine/du chantier/de la circulation/du super marché/de la gare et n’ont presque plus d’énergie à consacrer à leur famille. Quant aux enfant, ils doivent jouer silencieusement, calmement, pour ne pas fatiguer et énerver leurs parents. Ce tableau là est déjà bien plus proche de la réalité. Pourtant c’est systématiquement l’inverse qui est dépeint.

Tenez, prenez Orange Is The New Black, saison 3 (no spoiler), quand Piper se plaint de sa vie, de son enfance, alors qu’elle a grandit dans un manoir avec une gouvernante à son service. Elle essaye, et dans chaque saison d’ailleur, de nous faire avaler qu’elle a subit une enfance malheureuse sous prétexte que sa mère est égoïste et son père infidèle. Les autres personnages n’en peuvent plus de la complainte de Piper ! D’un autre côté, Nicky a vécu une expérience similaire, sauf que sa mère était complètement absente, sauf quand il s’agissait de lui faire la leçon sur la drogue des années après. Sa mère vivait carrément dans une maison différente et Nicky fut élevée par sa nounou. Mais elle ne sert pas la soupe de l’enfant riche malheureuse dans son château, probablement pour cela qu’elle a des amies, elle…

Autre exemple, sur un autre angle. Vous voyez les séries Arnold et Willie et Punky Brewster ? Ce serait bien de voir des feuilletons avec des enfants pauvres comme elleux non ? Ah oui, mais alors dans ces séries ils leur ont collé des parents riches. Là du coup il s’agit de parents ou tuteurs aimant et attentionnés, présents. Mais il s’agit d’enfants pauvres et orphelins sauvés de la misère. Il semblerait que dépeindre les péripéties d’une famille pauvre soit trop demander. Shameless US ? C’est une blague ? Les parents sont absents car négligents, les ont abandonnés, pas à cause de leurs difficultés. La famille pauvre, encore plus mal représentée que les pauvres solos…

Le problème est de taille en réalité, le message passé par ces clichés :

– présente la pauvreté comme un moindre mal dans la vie, donc pas un véritable mal à combattre;

– prétend qu’un pauvre pourrait choisir de devenir riche simplement en travaillant plus;

– met en avant des problèmes de riches qui ont pourtant toutes les ressources nécessaires à leur portée pour assurer le bon traitement de leurs enfants et gérer leur emploi du temps

– clame que dans la vie soit on a une famille soit on a un « vrai » travail, ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Servitude anti-darwin

Les serviteurs, servants, domestiques, employés, majordomes, qui se sacrifient… Les esclaves qui se sacrifient… pour leur maître ! Attention hein, c’est primordial : pas pour leur famille ou leurs collègues, pour leur maître.

Avant le passage du sacrifice, les scénaristes auront pris soin d’amener une scène où læ domestique expliquera être en réalité très heureux⋅se, que faire la poussière en gros c’est sa passion, qu’iel ne sait rien faire d’autre de toute façon, qu’iel maîtrise les bonnes manières ce qui serait une sorte de reconnaissance en soit, et que leur maître les « traite bien » et/ou les a sorti de la misère, de la pauvreté extrême. Maîtres tellement neuneus qu’il leur faut une personne payée, qui va interrompre ses tâches plus importante, pour lui passer son manteau ou apporter son courrier. J’imagine que ces gens là ne tirent pas la chasse.

Pour la suite prenons un évènement : attaque, cambriolage, agression, explosion, catastrophe naturelle. Il est primordial de nous faire pleurer un peu devant notre écran et de nous effrayer. Le protagoniste, qui est naturellement la personne riche, va t il mourir dans d’atroces souffrances ? Non ! Serviteur⋅se Lambda se jette alors à sa place et meurt après avoir eu pour derniers mots ses préoccupations pour la santé et l’aisance de son maître. Je ne sais pas si beaucoup de chiens vont aussi loin en réalité.

Tenez, hier, je me suis infligé⋅e le troisième épidose de Jonathan Strange et Mister Norrell. Eh bien un serviteur (que je ne citerai pas parce que spoiler) meurt après avoir évité à son maître de se prendre un boulet de canon dans la courge. Et ses derniers mots ? Des excuses car il n’a pas pu sauver les précieuses possessions de son maître.

Vraiment ?

Essairaient ils de nous faire croire qu’esclaves et classes populaires ont la servitude dans le sang, savent que leur vie vaut moins, au point d’instinctivement se suicider pour les classes supérieures ?

Ce serait machiavélique un message pareil dans les médias de masse n’est-ce-pas ?

Mon travail, ta thune, vite !

J’ai souvent vu une comparaison faite entre les femmes au foyer et les prostituées, car les deux baiseraient un homme pour de l’argent. Ça choque dit comme ça. Non seulement c’est graveleux et provocateur, mais en plus le fond est complètement à côté de la plaque. Les prostituées ont un revenu, mais l’illégalité de leur situation empêche sa régularité et de s’assurer qu’il soit versé, ainsi qu’un accès à la sécurité sociale (maladie, retraite…). Les femmes au foyer n’ont pas de revenu, absolument aucun. Continuer la lecture de Mon travail, ta thune, vite !

Bienvenue au club !

NON ! Non, non, non et non !

Dr Cox de Scrub se tape la tête avec un bureau de rageC’est vraiment embarassant pour nous deux, arrête, s’il-te-plaît…

(là je viens de faire une longue pause juste pour regarder ce gif animé en ricanant sottement).

Oui donc je te parle à toi, le triste sire tragiquement célèbre. Celui ou celle qui, quand on parle de maladies mentales, ramène sa fraise avec une phrase type « Mais on a tous un grain de follie, nous sommes tous fous à lier, héhé ! 😉 ». L’émoticone qui fait un clin d’œil est importante, elle ajoute du potentiel énervant au personnage. Continuer la lecture de Bienvenue au club !

Difficultés à créer un safe space et proposition d’alternative

Une jeune femme portant de lourdes pierres sur le dos représentant le sexisme, l’homophobie, le racisme, le classisme, et regardant des panneaux indiquant différents lieux militants pointant tous dans des directions différentesSur des forums, des chats, des groupes de réseaux sociaux, dans des lieux de rencontre, beaucoup tentent de créer des safe space. Le principe est de faire en sorte que chacun soit libre de s’exprimer, participer, lire, écouter, sans devoir affronter de pleine face les oppressions quotidiennes. Le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, par exemple, motivent la création de safe space. Dans l’idéal un safe space doit être intersectionnel, sinon il ne sera pas accueillant pour une femme noire, un transexuel handicapé, une lesbienne musulmane, etc. Continuer la lecture de Difficultés à créer un safe space et proposition d’alternative