Merde, je suis à l’HP

Initialement publié le 04/02/2015

TW : hôpital, violence, humiliation, angoisse, suicide

Il est un cliché répandu que les hôpitaux psychiatriques sont des endroits où on soigne et aide les malades mentaux. Je le vois autrement. Pour moi, l’HP est un endroit où des familles enferment leurs proches qui les dérangent et où l’État range des marginaux dont il ne sait que faire.

Avec l’aide d’un complice de votre famille et d’un médecin qui veut bien donner sa signature, vous pouvez faire enfermer une personne de votre famille qui montre des signes de maladie mentale ou de neuroatypisme. C’est en votre pouvoir. Vous pourrez aussi, par là même, faire enfermer cette personne pour une durée indéterminée, lui couper l’accès aux moyens de communication, faire interdire des visites… vous pourrez même sadiquement lui donner pour tout bagage un slip et une savonnette…

Aux urgences, à partir du moment où le psychiatre de garde a déterminé en environ 1 minute que vous êtes un danger, un protocole implacable se met en place et vous vous verrez privés de vos droits les plus fondamentaux. Vous serez envoyé à l’HP public assigné à votre lieu de résidence, on vous retirera vos effets personnels, on vous attachera… Si vous aviez déjà un traitement (pour la dépression par exemple) ils pourront même se permettre de l’interrompre (oui, même s’il s’agit d’un anti dépresseur qui nécessite un sevrage et non pas une coupure soudaine) et vous forcer à prendre les cachetons qu’ils préfèrent. Bizarrement, peu après les avoir ingérés, le temps, l’espace et votre propre personne deviendront des notions très floues… Jusqu’à ce qu’un psychiatre soit disponible (évitez le week end et les ponts) pour vous faire un diagnostique plus précis et vous donner le privilège de recevoir un traitement adapté et, avec de la chance, être détaché, voire, sortir de l’isolement. C’est quoi l’isolement ? Tu es enfermé dans ta chambre, ni appel ni visites. Tu peux hurler autant que tu veux ton désespoir, les employé⋅es ne viendront pas, iels passeront dans le couloir, levant les yeux au ciel en soufflant « iel va pas la fermer oué ? ». Et pas ou très peu d’effets personnels, c’est toubib qui décide si tu es aptes à bouquiner, jouer à la gameboy ou dessiner. Pour ma part il m’a fallu environ 4 jours pour avoir accès à mes crayons de couleur et du papier, c’est dire…

Et qu’est-ce qu’on fait après ? Une fois qu’on a le droit de sortir de sa chambre et de parler aux gens, d’avoir des visites… bah… on regarde le temps passer. Il n’y a rien à faire ici. Ils n’ont pas le budget d’une clinique ici. T’as de la chance s’il reste des jeux de société ou un ballon. C’est plus facile de faire entrer du cannabis en douce que d’obtenir un loisir quelconque de la part de l’hôpital. Je ne plaisante pas. Parfois y a une sorte de permanence pour écouter les patient⋅es et les distraire… une après-midi par semaine. Le temps dure longtemps… et c’est même pas l’été.

J’vais t’en donner une bonne : s’habiller est un privilège, si si si ! Pour un malade en HP, le droit de s’habiller est un privilège, t’es un p’tit veinard ! D’une, il faut que tes proches ne soient pas des ordures et qu’ils t’aient apporté des habits… de deux, il faut que Toubib ait déclaré que tu es aptes à te vêtir. Sinon, punition pyjama ! Le retour au pyjama est même utilisé comme une punition si tu déconnes avec le règlement. Pour moi il semble évident que quand tu as le moral à zéro, te forcer à passer la journée en pyjama, c’est tirer sur l’ambulance, m’enfin bon… J’ai renoncé à chercher ce qu’il y avait de thérapeutique dans leurs méthodes.

Je ne me souvenais pas comment j’étais arrivé⋅e dans cette pièce. Tout était flou… le temps n’avait plus de sens ni de rythme et ma vue avait baissé… j’ai appris plus tard que 15 jours de vue floue était un effet secondaire des médocs qu’on m’avait forcé⋅e à prendre… Je portais des vêtements en papier mal ajustés et un bracelet numéroté… Je cherchais à mettre mes cheveux en arrière mais je n’avais plus mon élastique… Je me suis assise… au sol, j’ai raté la chaise. Un autre patient me parle. Je ne me souviens plus de ce que nous avons dis. Je n’avais plus de mémoire immédiate. Plus tard un mouvement de foule m’a poussé⋅e vers la distribution des médicaments puis vers la cafétéria. J’ai mangé… je suis retourné⋅e dans ma chambre… j’ai vomis… et puis… il fallait que l’après midi se passe. Je n’avais pas encore droit aux visites. Le placard contenant toutes mes affaires était verrouillé… j’ai fait le lit une fois, trois fois, 10 fois… je me suis douché⋅e une fois, trois fois, 10 fois… J’ai commencé à y voir plus clair. J’ai trouvé des magasines dans une salle commune… que des âneries : magasines féminins, magasines donnant des conseils pour gérer son capital et son patrimoine et l’Équipe d’il y a deux ans…

Les jours ont passé.

Je ne vais pas mieux.

Et comment suis-je arrivé⋅e ici ? Je vais vous raconter…

J’ai fais des efforts. J’étais malade, un truc sérieux. Mais je devais gagner ma vie. J’étais dans la précarité. J’ai poussé le bouchon. Quand jme suis cru⋅e en sécurité, y a eu le harcèlement moral, le harcèlement sexuel au boulot… Les matins étouffants… les crises d’angoisse… la visite médicale qu’on ne m’a jamais fais passer… Alors…

Un jour… j’ai regardé mon joli foulard rose sous un autre œil. J’étais à environ 45 seconde de me laisser crever du haut de la rambarde de la mezzanine quand mon manager, alerté par une collègue qui avait trouvé que j’avais l’air pas bien, me cherchant partout, m’a trouvé⋅e et arrêté⋅e dans mon geste.

Réunion urgente avec la collègue, le manager et mézigue. Je devais faire le shift du soir alors… Il a laissé ma collègue en baby sitter et j’ai continué à travaillé. J’ai téléphoné à un ami pour qu’il vienne me chercher en voiture. ma collègue était un peu… interloqué⋅e… sur la façon dont tout cela se déroulait. En mode démerde toi. J’ai aussi appelé mon psychiatre qui m’a dit qu’il n’était pas disponible ce soir et que vu que j’avais fais une TS, je devais aller aux urgences. Avec mon ami nous sommes passés par chez moi, prendre quelques affaires au cas où je devrais rester à l’hôpital… puis il m’a conduit aux urgences. Ma petite copine et une autre amie m’ont rejoints… Nous avons passé quelques heures dans la salle d’attente et j’ai commencé à me sentir mieux peu à peu.

Mais il a fallu que ce soit mon tour… J’aurais du le sentir venir, j’aurais du me barrer avant qu’ils lancent le protocole « suicidaire ». Une alcôve et un lit avec une infirmière qui prend des notes à mon sujet. Elle les donne à la psychiatre de garde que nous appelleront Ordure, c’est plus court.

Ordure m’a convoqué⋅e… Elle écrivait un tas de trucs sur son PC pendant que je lui parlais. J’ai essayé de lui expliquer mon geste quand elle faisait « hmm hmm » en tapotant. Elle m’a demandé de confirmer mon adresse et ma date de naissance. Puis j’ai essayé d’aborder un sujet très important à mon sujet : la panique que provoque le fait de me toucher par derrière ou de m’attraper. Mais je n’ai pas eu le temps de le lui dire. Ordure n’avait besoin que de 45 secondes. Elle m’a dit que j’allais être transféré⋅e à l’HP de St Cyr au Mont d’Or. Je connaissais déjà la réputation de cet endroit. J’ai répété non, pas la bas, j’ai cité des cliniques et hôpitaux que je préférais, j’ai demandé à choisir l’établissement, j’ai demandé à passer la nuit ici même juste dans un couloir vite fait. Ordure m’a calmement asséné que ce n’était plus de mon ressort et que je n’avais pas à choisir. Scandalisé⋅e que j’étais moi l’imbécile qui croyait que les droits fondamentaux s’appliquaient encore à ma personne… J’ai dis « bon, ce n’est pas grave, mon ami est venu en voiture, il va me conduire à un autre hôpital ». Sur ces mots, elle a appuyé sur un bouton et appelé en criant des gens. J’ai à peine eu le temps de comprendre. Je cherchais, en marchant, la sortie… et… j’ai senti une masse sur mon dos me peser et des mains comme des crochets me saisir les bras. Une attaque de panique a commencé, celle qu’on aurait pu éviter si ordure avait pris 15 secondes de plus… Je me vois hurler, je vois mes amis arriver en courant en demandant des explications « mais elle allait bien, qu’est-ce que vous lui avez fait ? Lâchez là ! Lâchez là ! ». Je m’entends hurler que je n’irai pas à St Cyr, pitié, lâchez moi… J’ai hurlé, je me suis débattu⋅e⋅… Et pendant qu’iels étaient 5 ou 6 à me saisir de tout côtés iels m’assénaient « cessez de vous débattre ou vous allez vous faire mal ». C’est drôle de retourner la responsabilité… J’ai été traînée au sol jusqu’à un lit. Assis, pas bouger. Plus personne ne me tenais, j’ai repris mes esprits. J’ai vu toute une assemblée devant moi. « Faites nous confiance, ça va aller… couchez vous… ». Encore dans le gaz, je me suis couché⋅e… CLAC CLAC CLAC CLAC ATTACHÉ⋅E ! Vraaaaaam changement de pièce re clac et re clac transfert. FROID la table DUR le contact. On sert encore et encore. Mes 4 membres écartés incapables de me servir… mon visage dégoulinant de larme, de morve et de sueur, je ne pouvais l’essuyer. Je tourne la tête pour voir que je suis attaché⋅e à une table boulonnée au sol de béton dans une sorte de cave sans lumière. Et la porte se referma. Combien de temps a passé ? clac clac clac clac encore un transfert. hop dans l’ambulance. Et voilà je fus transféré⋅e à St Cyr. ils n’avaient plus de lits attachés au sol de disponible alors pour faire bonne mesure, ils ont aussi sanglé mon ventre. J’ai cru plusieurs fois que j’allais m’étouffer avec mon vomis provoqué par l’angoisse et la sangle.

Puis un interne m’a pris en charge… surpris… On lui avait décris une personne violente et dangereuse et il a eu… moi… il a dit qu’il était désolé mais qu’il ne pouvait pas annuler le protocole. Alors j’ai attendu, on m’a drogué⋅e, j’ai dormi sans rêve et sans repos… j’ai attendu… et mon séjour a ainsi commencé.

« C’est pour ton bien »

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