Etiquette du handicap

Tout au long de notre vie, et particulièrement durant l’enfance, nous apprenons la politesse. Nous l’apprenons au fil des interactions avec d’autres personnes, nous commettons des erreurs et les corrigeons assez vite pour conserver une vie sociale. Il y a hélas de grands absents de cette socialisation : les personnes handicapées.

Les personnes handicapées sont très souvent victimes de comportements et de paroles déplacées, et difficile de protester face à une assemblée qui n’y voit aucun problème. Les réseaux sociaux permettent de faire remonter ce phénomène et les réactions des personnes valides sont souvent les mêmes :

– incrédulité, ou être persuadé que cela doit être très rare ;

– exprimer une envie de violence envers le malpoli ;

– prétendre que ce n’est pas grave, et que le malpoli voulait juste aider/ comprendre.

Non seulement il y a un problème, mais les personnes qui le perpétuent se persuadent entre elles que ce n’est l’affaire que d’une minorité qui n’a rien à voir avec elles. Or, le problème est répandu, et systémique, et le restera tant que nous ferons face à un problème massif d’inaccessibilité des lieux publiques, institutions et logements aux personnes handicapées.

Pourquoi ce phénomène ?

Vous ne pouvez pas apprendre à bien agir avec des personnes handicapées qui sont exclues de vos écoles, vos fêtes de quartier, vos entreprises, vos commerces, vos rues, vos transports en commun. Vous avez un tel retard que durant certaines interactions, en tant que personne handicapée, on peut avoir l’impression de faire face à quelqu’un qui n’a jamais vu d’autre être humain de sa vie. Le malaise, les gestes, les maladresses, tout indique « terrain inconnu ».

Des personnes handicapées peuvent elles même mal se comporter entre elle par simple habitude d’être mises de côté, pas écoutées, pas considérées. La violence qu’on reçoit au quotidien laisse des traces et nous empêche de nous faire une place dans la société.

Il n’y a rien d’innocent, de léger, à se faire rudoyer car les gens sont ignorants. C’est un des nombreux signes de l’exclusion des personnes handicapées dès le plus jeune âge et à tous les niveaux. Il est parfaitement normal d’être en colère et d’en avoir assez d’expliquer la même chose plusieurs fois par jour.

Aussi, j’utilise le mot « étiquette » pour contrer l’idée que ce serait des besoins spéciaux, ou des aménagement, ou un traitement spécial : c’est vraiment juste de la politesse de base, qui n’est pas assez répandue et devrait l’être. Souvent, il s’agit de se comporter EXACTEMENT comme avec une personne valide : ne pas être envahissant, trop tactile, faire peur, etc.

#EtiquetteHandicap

J’ai lancé sur Twitter le hashtag #EtiquetteHandicap pour inviter des personnes très différentes à faire entendre leurs besoins et protestations à ce sujet. Je vous suggère d’aller le lire, mais je vais aussi vous écrire quelques règles sur ce blog par soucis de pérennité.

  • Ne pas toucher le fauteuil, la canne, l’aide à la mobilité d’une personne à mobilité réduite (PMR). Ne pas la pousser ni la faire avancer sans permission. Ne pas imposer son aide même si la personne est lente. On peux proposer de l’aide et simplement accepter la réponse. Vous n’êtes pas des sauveurs sur un cheval blanc.
  • Ne pas attraper, pousser ou guider sans permission une personne malvoyante. Ne guider qu’avec un commun accord. Habituellement, la personne guidée pose une main sur le bras de la personne qui guide. Il est gênant d’attraper, ou de se faire attraper, cela gêne l’équilibre et la liberté de mouvements. Si vous voyez une personne malvoyante sur le point de se heurter à un obstacle, ne criez pas. Interpellez simplement et poliment la personne, et décrivez avec précision ce qui se trouve devant et à quelle distance : « Monsieur ? S’il vous plaît ? Il y a des travaux devant vous, à environ 2 mètres, il faut passer sur la droite et c’est étroit. »
  • Ne jamais caresser, interpeller, toucher, un chien de service. Ils portent des gilets très voyants et parfois un harnais. Vous interrompez sa tâche, qui est importante. Ne vous inquiétez pas, ces chiens aussi vont jouer au parc et se faire caresser, mais quand c’est l’heure ! Pas en pleine rue.
  • Ne pas s’attrouper autour d’une personne qui fait une crise d’angoisse et ne pas la toucher. Dans la vaste majorité des cas, le toucher aggrave la crise. Agissez seulement si la personne vous a dis quoi faire en amont. Sinon, par défaut, donnez à la personne de l’espace, du calme, de l’eau et demandez si elle a besoin qu’on appelle quelqu’un. N’insistez pas. Distance et écoute. N’appelez pas les secours si elle ne perd pas connaissance. Elle ne pourra probablement pas parler, donc observez ses gestes.
  • Ne demandez pas à quelqu’un d’où vient son handicap, sa cicatrice, ou pourquoi elle utilise telle canne, fauteuil, appareil, etc. Ce n’est pas une conversation légère, c’est intime, et cela devrait venir de la personne concernée. Vous n’avez pas besoin de savoir cela pour « apprendre » et « aider ».
  • Ne comparez pas un handicap à une blessure temporaire qui vous a incommodé il y a longtemps.

 

Je vous dis à bientôt sur le hashtag et les commentaires pour en savoir plus. https://twitter.com/hashtag/EtiquetteHandicap?src=hash 

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